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Notre-Dame de Paris : l’histoire d’une résurrection

© AFP

Caroline Becker - Publié le 15/04/21

Deux ans après l’incendie de Notre-Dame, Aleteia revient sur les grands moments qui ont marqué la cathédrale. De l’incendie, à la restauration en passant par les temps forts spirituels, ces deux années ont été riches pour Notre-Dame qui, jour après jour, montre au monde entier sa capacité à renaître de ses cendres.

C’était le 15 avril 2019 au soir. À 18h20, l’alarme de Notre-Dame de Paris retentit alors que les paroissiens assistent à la messe du Lundi saint. Quelques minutes plus tard, les Parisiens voient émerger de la fumée de la toiture. Notre-Dame brûle. Les heures qui suivent, personne ne les a oubliées. Le choc, la charpente qui brûle, le courage des pompiers, le sauvetage des œuvres d’art, des reliques, du Saint-Sacrement, la flèche qui tombe et l’émotion qui s’empare du monde entier. Hélène Bodenez, qui assistait à la messe du Lundi saint, racontait à Aleteia les premières minutes de cette nuit effroyable. 

Mais ce soir-là c’est aussi un grand élan de foi qui s’est élevé vers le Ciel. On se rappelle des prières récitées à l’unisson par les Parisiens à genoux ou encore de la grande veillée de prière organisée à Saint-Michel. Le Pape, dans un message réconfortant adressé à Mgr Aupetit, archevêque de Paris, assurait, lui aussi, de sa prière à tous les fidèles, les Parisiens et les Français. Comme un signe d’espérance, qui prouve que la vie l’emporte toujours sur la mort, la vision de la grande croix dorée de Notre-Dame qui continuait à briller derrière les poussières de l’incendie a également marqué les esprits. Une image inoubliable, véritable signe d’espérance et de foi.

« Cette cathédrale nous la rebâtirons »

Ce soir-là, c’est aussi une promesse. Celle d’Emmanuel Macron qui s’engageait, dès les premières heures de l’incendie, à reconstruire la cathédrale dans un délai de cinq ans. « Je vous le dis très solennellement ce soir, cette cathédrale nous la rebâtirons, tous ensemble ». Des mots qui retentissent encore, deux ans après, dans le cœur des Français. Au même moment, le Président annonçait officiellement le lancement d’une grande souscription nationale au profit de la reconstruction de la cathédrale. Un appel qui a fait l’unanimité. Passé la stupeur de l’incendie, un élan de générosité incroyable a soulevé le pays et le monde entier. Dès le lendemain, plus d’un milliard d’euros, promis ou récoltés par des mécènes français, étrangers et des particuliers avaient été comptabilisés. Deux ans après, les dons affluent toujours. Du jamais vu en France.

L’incendie de Notre-Dame, c’est aussi la vision glaçante des premières images de l’intérieur de la cathédrale. À cette vision apocalyptique des cendres encore fumantes se mêlaient cependant la joie et la fierté de découvrir les héros de cette soirée mémorable. Les pompiers bien sûr, dont le courage a été formidablement relaté dans un documentaire détaillé, mais aussi le visage de celui qui a sauvé ce qui fait le cœur de la foi des fidèles. Le père Jean-Marc Fournier, aumônier des sapeurs-pompiers de Paris, a pénétré dans Notre-Dame pour sauver la couronne d’épines et le Saint-Sacrement. À l’issue de la messe de Pâques célébrée en l’église Saint-Eustache, le dimanche 21 avril, Mgr Aupetit avait remis aux pompiers de Paris une bible liturgique qu’ils avaient sauvé des flammes. « Cette Parole de Dieu, vous l’avez sauvée », avait-il déclaré en s’adressant au général Jean-Claude Gallet, général de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). 

Ces images d’espérance, c’est finalement ce que l’on retiendra au lendemain de l’incendie. Une cathédrale abîmée mais debout, des croyants ébranlés mais renforcés, des Français choqués mais solidaires. Les multiples initiatives qui ont fleuri quelques jours après le drame en témoignent. « Je suis vraiment triste mais ce matin c’est une grande joie de voir que la structure reste. On a réussi ! », témoignait Régis auprès d’Aleteia, comme de nombreux autres passants remplis de joie face à une cathédrale qui résiste. 

Le sauvetage de la cathédrale

Après l’émotion vint l’action. À peine deux jours après l’incendie, Edouard Philippe nommait le général Georgelin, ancien chef d’état-major des armées, à la tête d’une mission spéciale pour veiller à l’avancement des travaux de la cathédrale tandis que les premiers travaux de consolidation démarraient huit jours après pour éviter un effondrement de la voûte. La création officielle de l’Établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame de Paris, en décembre 2019, annonçait officiellement les grands travaux qui allaient être menés dans les années à venir. Désireux de restaurer la cathédrale au plus vite, Emmanuel Macron n’a pas lésiné pour accélérer le processus de restauration, quitte à s’affranchir de certaines règles. Un projet de loi pour la reconstruction de Notre-Dame avait ainsi été présenté dès le 24 avril en Conseil des ministres. Un projet qui était loin de faire l’unanimité. Parmi les sujets de discorde, la reconstruction à l’identique ou non de la flèche. Après plusieurs mois de réflexion, Emmanuel Macron annonçait en juillet 2020 que la flèche serait finalement reconstruite à l’identique, oubliant l’idée d’un geste architectural contemporain. Une décision encouragée par la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), réunissant élus, experts et architectes du chantier.

Aujourd’hui les travaux vont bon train grâce aux équipes qui se démênent chaque jour sur le terrain. Après quasiment deux ans de consolidation, et le démontage réussi du grand échafaudage calciné qui pesait sur la voûte, le risque d’effondrement est définitivement écarté. C’est aujourd’hui la grande phase de restauration qui commence pleinement et qui va durer jusqu’en 2024. Le chantier-test effectué sur deux chapelles, qu’Aleteia a pu découvrir en exclusivité en février dernier, permet d’imaginer à quoi ressemblera la cathédrale lors de sa réouverture. En mars, c’est le dessin de la future charpente qui a été validé, tandis qu’en parallèle, les plus beaux chênes de France ont commencé à être sélectionnés pour reconstruire la flèche. Des propriétaires privés de chênes ont d’ailleurs témoigné auprès d’Aleteia de leur fierté de participer à la reconstruction du plus célèbre sanctuaire de France. Ils ont pour l’occasion procédé à des bénédictions exceptionnelles avant que les arbres soient coupés. 

Notre-Dame, un sanctuaire avant tout

À la reconstruction de pierres centenaires s’ajoute celle des pierres vivantes. « Notre-Dame est d’abord un lieu de culte catholique », martelait le général Georgelin dès le début des travaux. Maintenir la dimension spirituelle de Notre-Dame de Paris est tout l’enjeu du diocèse de Paris qui veille, avec détermination, à ce que la restauration de Notre-Dame de Paris ne se résume pas à la restauration d’un lieu culturel et touristique. En témoigne la création de « L’Atelier Notre-Dame » par Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, destiné à réfléchir à l’avenir liturgique de Notre-Dame, supervisé par le père Gilles Drouin. En témoigne aussi la première messe célébrée par Mgr Aupetit à peine deux mois après l’incendie. Symbolique, émouvante, puissante… elle a manifesté au monde que Notre-Dame est, et demeure avant tout, un sanctuaire où s’élève la prière des croyants. « Ce lieu est fait pour célébrer ce qui est le plus important pour nous, le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus et c’est ce que nous avons fait », avait déclaré Mgr Ribadeau-Dumas à la sortie de la messe. Mgr Éric Aumonier, nouveau représentant du diocèse de Paris pour le chantier de la cathédrale Notre-Dame, à la suite de Mgr de Sinety, déclarait récemment à Aleteia : « Continuer à célébrer dans Notre-Dame de Paris, c’est montrer que l’église est toujours vivante. » 

Régulièrement, donc, Mgr Aupetit s’attache à organiser des moments forts dans la cathédrale pour maintenir sa fonction initiale, ce pourquoi elle a été construite. L’année dernière, c’est le Vendredi saint qui y a été célébré. Cette année, c’est le Jeudi saint qui s’y est tenu. Si l’orgue, démonté en vue de sa restauration, ne peut plus accompagner ces instants de recueillement, plusieurs musiciens et chanteurs de renoms n’ont pas hésité à prêter leurs voix pour soutenir la prière. Invité à la vénération du Vendredi saint, le célèbre violoniste Renaud Capuçon en est ressorti bouleversé : « C’est l’un des moments les plus spirituels et les plus humains de toute ma vie. Cette Notre-Dame éventrée devant nous, avec son toit ouvert et des gravats partout… c’est un moment qui me marquera à vie ». Exilée à Saint-Germain l’Auxerrois, la maîtrise de Notre-Dame, n’est jamais très loin non plus quand il s’agit d’accompagner la vie spirituelle de Notre-Dame. Véritable cœur battant de la cathédrale, elle continue de soutenir, par ses voix enchanteresses, la prière de tous les croyants. Car si elle est vidée de ses fidèles, la cathédrale peut toujours compter sur le soutien et la prière des croyants qui suivent avec assiduité l’avancement de sa renaissance. « La première chose que je ferai lors de la réouverture de Notre-Dame, c’est d’aller rendre grâce », confiait Hélène Bodenez il y a quelques jours à Aleteia. Rendez-vous donc en 2024 pour rendre grâce, à l’unisson, au son du Te Deum.

Revivez, en images, la première messe à Notre-Dame de Paris :

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