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[HOMÉLIE] L’heure de Jésus, c’est aujourd’hui

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Matthieu Ricquier-Didio - publié le 16/03/24

Le Frère Matthieu, chanoine prémontré de l’abbaye de Mondaye, commente les lectures du 5e dimanche de carême (Jr 31, 31-34 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33). Jésus annonce son "heure", une heure d’angoisse et de gloire, qui marque le début d’un temps nouveau. Cette heure est aussi la nôtre quand nous mourrons à nous-mêmes pour atteindre la vraie vie.

Ce passage d’évangile est un peu compliqué à saisir aujourd’hui, parce que ces versets de saint Jean se situent après l’entrée triomphale à Jérusalem de Jésus acclamé par la foule au cri des “Hosanna Ô Fils de David !”. L’ambiance est plutôt à la joie, à l’espoir et à la fête, la foule vient à peine de se séparer de ses palmes qu’on parle déjà de la gloire et de la croix. Si chronologiquement c’est simple dans une lecture suivie de l’Évangile, cela l’est peut-être moins pour nous qui cette année n’avons pas encore célébré la fête des Rameaux. 

Le temps favorable

Jésus a accompli tout au long de cet évangile des signes, selon la terminologie johannique. Un signe, c’est ce en quoi il faut voir plus que ce qu’il montre : il est question de désigner quelque chose ou quelqu’un. Ainsi l’évangéliste proclame-t-il que les “faits miraculeux” n’ont pas leur finalité en eux-mêmes, qu’il ne faut pas s’arrêter à eux, il faut regarder un peu plus loin, ce vers quoi ils pointent. Les six évènements, les six signes sont en attente de leur accomplissement dans le septième, celui du passage de la mort à la vie que Jésus s’apprête à accomplir. L’évangile de ce jour nous introduit à “l’heure” de cet ultime signe qui donne leur sens à tous les autres. Mais une “heure” où est mise en avant toute l’humanité du Christ dans ses sentiments et son angoisse face à son abandon filial au Père dans les jours qui précèdent sa passion, dans les jours qui précèdent son “heure”. 

“La voici donc venue cette heure où le Fils de l’homme va être glorifié” (Jn 20, 33). Jésus a souvent évoqué cette heure, déjà à Cana en réponse à la question de sa mère (Jn 2, 4). Jean l’évoque par deux fois, lorsque Jésus enseigne dans le Temple : “Ils cherchèrent à l’arrêter, mais son heure n’était pas encore venue” (Jn 7, 30), et encore après qu’il eut déclaré qu’il était la lumière du monde (Jn 8, 20). Après sa rencontre avec Jésus au bord du puits, la Samaritaine comprendra ce qu’il voulait dire en déclarant : “L’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité” (Jn 4, 23). Le terme même d’heure désigne non pas un temps chronologique, il ne s’agit pas d’avancer ou de retarder sa montre, il s’agit d’un temps favorable dans lequel le salut s’accomplit. Au début de l’évangile, l’heure n’est pas encore arrivée, mais dans le passage d’aujourd’hui, voilà qu’elle est là. Le suspense va enfin être levé grâce à la question des païens qui veulent voir Jésus. C’est l’évènement de la Passion qui marque définitivement son arrivée. Mais cette heure ne relève pas d’un chronométrage, puisque l’heure une fois arrivée, marque le début d’un temps qui s’actualise en permanence et qui prolonge ses effets en faveur de tous ceux qui adhèrent à la Parole de Dieu. 

Une heure d’angoisse et de gloire

Les Grecs qui sont en fait des païens, sont montés à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâque, mais en plus, ils veulent voir Jésus et leur quête va au-delà d’une bienveillante contemplation. En effet selon saint Jean, le verbe voir est chargé d’une intention théologique et spirituelle. Ces prosélytes tentent de pénétrer le mystère d’un homme de Dieu dont la renommée les intrigue. Mais “voir” Jésus ne s’obtient pas par les recherches tâtonnantes de la raison, même si elles sont nécessaires ; c’est grâce au fruit de la foi dans ses deux dimensions : par notre adhésion à la vérité et notre confiance dans l’amour de Dieu. La présence de ces païens, en ce lieu, à cette “heure”, peut signifier que le salut n’est pas réservé au peuple élu, mais s’étend à toutes les Nations, jusqu’aux extrémités du monde. 

Si pour nous cette “heure” peut nous apparaître comme heureuse “heure” de notre salut, elle n’en est pas moins “heure” d’angoisse : “Voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs” (Mt 26, 45) et paradoxalement, heure de gloire : “L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié” (Jn 12, 22). Tout à la fois dépouillement mais aussi exaltation : deux composantes indissociables du récit de la Transfiguration : “Il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants…” (Mc 9, 2) suivies, quelques lignes plus loin, par une affirmation : “Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir et être méprisé” (Mc 9, 12). Bien qu’avertis à de multiples reprises, les apôtres s’enfuiront, douteront de l’avenir et se cacheront jusqu’au grand vent de la Pentecôte 

La mort à soi-même

Pour nous aider à saisir toute la portée de cette heure enfin arrivée, Jésus emploie cette image : “Si le grain de blé tombé dans la terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il donne beaucoup de fruits” (Jn 12, 24). Au-delà d’une vérité agraire toute banale, d’une simple loi de la nature ou une allégorie sur le thème de la mort et de la résurrection, nous sommes en face d’un mystère concernant le Christ, et cette loi du passage par la mort pour entrer dans la vie est de fait applicable à tout disciple de Jésus. Le détachement vis-à-vis d’une existence limitée à la terre a un caractère radical. Il faut passer par cette mort à soi-même et ce n’est pas une tâche aisée ! L’image est suggestive : le grain de blé se délite au creux de la terre, il semble comme y pourrir, mais cette étape est nécessaire pour que naisse le germe, qu’il grandisse, surgisse du sol et donne l’épi porteur des grains multipliés. La mort corporelle n’est pas la plus redoutable ; la vraie mort tient dans notre fermeture stérile sur nous-mêmes.  

Une alliance nouvelle

Le Christ nous révèle le sens de sa mort. Il ne s’agit pas d’une destruction, mais de semailles. Devant lui, devant nous, s’ouvre un passage de ce monde au Père (Jn 13, 1),  une Pâque nouvelle dont la Pâque juive était une préfiguration. À cette “heure”, la prière de Jésus est à la fois humaine et filiale. Le Père répondra à cette obéissance en ressuscitant Jésus et en lui donnant pouvoir de sauver les hommes par l’effusion de l’Esprit ; c’est la Pentecôte qui témoignera de cette fécondité. 

“Élevé de terre j’attirerai tous les hommes à moi ; il signifiait par-là de quelle mort il allait mourir” (Jn 12, 32-33). S’il n’est fait que très rarement mention des états d’âmes du Christ, à quelques jours de sa Passion, la tonalité de ses confidences est proche des bouleversants propos tenus devant les siens au cours de la dernière Cène. La croix est déjà comme son ombre et s’étend derrière lui. La tentation du désert (Mt 4, 11) ressemble à celle du jardin des Oliviers (Mt 4, 32). L’épître aux Hébreux dans la seconde lecture exprime admirablement ce qui habite Jésus : une prière instante pour être sauvé de la mort… mais aussi avec cette soumission exemplaire, cette obéissance parfaite au Père (He 5, 9). La voix qui se fait entendre aujourd’hui est la même que celle qui retentit au moment du baptême ou encore lors de la Transfiguration. Jérémie annonce une alliance nouvelle (Jr 31, 31) dont il perçoit à l’avance la nature et les fruits : une loi inscrite dans le cœur, une relation d’amour entre Dieu et son peuple, le pardon des péchés. À nous de laisser résonner en notre cœur cette voix. 

Images pieuses : les instruments de la Passion du Christ :

Tags:
BibleHoméliePassion du christPrièreSouffrance
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