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“Pour s’engager, nous devons passer de l’espoir à l’espérance”

Hubert de Boisredon

ARMOR GROUP

Hubert de Boisredon.

Agnès Pinard Legry - publié le 19/09/23

PDG d’Armor Group et catholique, Hubert de Boisredon lance dans son dernier ouvrage, "Déserter ou s’engager", un appel à passer de l’espoir à l’espérance, la vraie, celle qui pousse à l’engagement et qui nous rend profondément heureux.

Certains le fuient, d’autres le poursuivent. On s’en réclame autant qu’on le réprouve, le mettant facilement à toutes les sauces et lui faisant justifier n’importe quelle action – ou inaction. L’engagement n’est décidément pas un mot de tout repos. En 2022, de jeunes diplômés d’AgroParisTech l’ont à nouveau étrillé lors de la remise des diplômes appelant à déserter :

Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fiers et méritants d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours. […] Nous pensons que l’innovation technologique ou les start-up ne sauveront rien d’autre que le capitalisme. […] AgroParisTech forme chaque année plusieurs centaines d’élèves à travailler pour l’industrie de diverses manières […]. Ces jobs sont destructeurs, et les choisir, c’est nuire, en servant les intérêts de quelques-uns. Ce sont pourtant ces débouchés qui nous ont été présentés tout au long de notre cursus AgroParisTech. […] Ne perdons pas notre temps. Mais surtout, ne laissons pas filer cette énergie qui bout quelque part en nous. Désertons, avant d’être coincés par des obligations financières.

Un discours qui n’a pas manqué d’interpeller Hubert de Boisredon, PDG d’Armor Group. Âgé de 59 ans et père de quatre enfants, il lance dans son dernier livre un appel à la jeunesse, parfois désenchantée, dépitée ou démotivée, à s’interroger. Alors, déserter ou s’engager ? Entretien.

Aleteia : Comment s’engager ?
Hubert de Boisredon :
Chaque engagement nécessite un vrai travail de fond à faire sur soi-même… “Soyons le changement que nous souhaitons voir dans le monde”, disait Gandhi. C’est de cela qu’il s’agit. Nous devons réussir à nous dégager des injonctions de ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire, à nous dégager aussi des jugements et idées reçues telles que “Les patrons sont tous des capitalistes qui ne pensent qu’à l’argent”, “Les militants écologistes sont bornés et idéologues”, “Si tu as fait une grande école tu dois absolument rentrer dans une entreprise du CAC40 ou un grand cabinet de conseil” etc. Que voulons-nous pour notre vie ? Pour l’environnement dans lequel nous évoluons ?

Si tu désertes, fais le par amour. Si tu t’engages, fais-le par amour.

Ce que vous dites nécessite une certaine liberté…
Oui en effet. Là encore il y a du travail ! Cette liberté passe par une prise de conscience que le plus important, l’essentiel, est d’être en accord avec soi-même. Je repense à ces jeunes lors de leur remise de diplôme qui ont annoncé qu’ils “désertaient” c’est-à-dire qu’ils refusaient d’entrer dans un grand groupe et une grande entreprise mais qu’ils avaient choisi d’être apiculteur, de se lancer dans la permaculture etc. Un jeune qui déserte le système n’est pas un révolutionnaire. Il faut se libérer de ces schémas. Si tu désertes, fais le par amour. Si tu t’engages, fais-le par amour. Qu’est-ce qui nous pousse à agir ? Est-ce le rejet ? La recherche de prestige ? Le choix qu’ils ont posé, l’engagement qu’ils ont assumé, ils l’ont fait en toute liberté et par amour. Alors oui, l’engagement peut être radical. Celui qui entre dans les ordres prend un engagement radical. Mais celui d’un jeune diplômé d’une grande école qui décide de tout quitter pour vivre en harmonie avec ses convictions ne l’est-il pas aussi ?

L’engagement tout comme la liberté ont une résonnance forte chez les chrétiens. Peut-on avoir la foi et ne pas s’engager ?
On ne peut pas être chrétien et vivre sa foi si on ne s’engage pas. Mais des désertions peuvent aussi être des engagements. Un chrétien qui veut s’engager doit pouvoir s’indigner. C’est-à-dire se laisser toucher par la souffrance, les drames du monde, il doit pouvoir ressentir la souffrance des hommes et des femmes de ce temps. Ce n’est qu’ainsi que se développe la compassion. Il agit ensuite en fidélité avec lui-même, en discernant, en cherchant l’action ou l’engagement qui lui ressemble le plus.

Tout engagement est un appel et un service.

Et la prière ?
Le chrétien porte son engagement dans la prière, en acceptant que tout engagement est un appel et un service et que nous ne sommes pas seuls à le porter. La prière permet de vivre son engagement en se détachant du résultat. Elle permet de le vivre au-delà de la seule certitude de réussir. Un croyant s’engage parce qu’il doit s’engager pas pour le prestige ou pour redorer son image. C’est le passage de l’espoir à l’espérance. Notre espérance, en tant que chrétien, vient de notre foi.

L’engagement rend-t-il heureux ?
“Le Seigneur prendra plaisir à ton bonheur […]  pourvu que tu écoutes la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements”, peut-on lire dans la Bible (Dt 30, 9-10). Oui l’engagement rend heureux à condition d’agir dans la confiance que Dieu nous aime. La grande récompense de l’engagement, c’est l’alignement, c’est le bonheur de faire ce que l’on doit faire.

Pratique

Déserter ou s’engager, Hubert de Boisredon, Mame, 96 pages, septembre 2023, 12,9 euros.

Tags:
engagementSociété
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