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Saint Jean, un apôtre pour aujourd’hui ?

ST JOHN

Domaine public

Saint Jean par Greco.

Fr. Geoffroy-Marie de Beaurepaire, csj - Publié le 20/07/21

Il y eut deux Jean dans la vie de Jésus : Jean-Baptiste, le précurseur, qui annonça sa venue, et Jean l’évangéliste, le bien aimé, qui révéla le mystère de son identité. Bien trop méconnu, l’apôtre nous montre ce chemin de l’amour et de la lumière dont les chrétiens ont grand besoin pour redonner fraîcheur et jeunesse à leur foi, face à un changement de société sans précédent.

Saint Jean, fils de Zébédée est-il le « disciple bien-aimé » auteur de l’Évangile de Jean, évoqué dans quatre moments clés de ce récit (la Cène, la Croix, la Résurrection et Tibériade) ? Toute la tradition l’a toujours pensé mais les exégètes modernes sont majoritairement d’un autre avis. 

La contestation des exégètes modernes

Les exégètes modernes contestent majoritairement la position classique qui identifie Jean fils de Zébédée avec le « disciple que Jésus aimait ». La Tradition était absolument unanime jusqu’au XIXe siècle : les saints, les docteurs, les mystiques, le Magistère dans toutes ses expressions, la liturgie et la prière de l’Église, tenaient la même position avec l’accord de toutes les Églises apostoliques : l’identification n’a pas été discutée pendant des siècles, mais les exégètes d’aujourd’hui sont en grande majorité d’un autre avis, même s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un nom de remplacement : Thomas-Didyme ? Lazare le ressuscité ? Aucun argument n’est très convaincant. La question s’est aussi étendue à d’autres points : est-ce que l’apôtre Jean, fils de Zébédée est « le disciple bien aimé » ? Est-il l’auteur de l’Évangile de Jean ? Est-il l’auteur des 3 lettres de Jean ? Est-il l’auteur de l’Apocalypse ? Il y a des vues très différentes aujourd’hui, alors que la position classique reste très solide à partir notamment de deux arguments clés : 

Premièrement, si « le disciple bien aimé » n’est pas Jean de Zébédée, on ne comprend pas pourquoi ce personnage si considérable est totalement absent du reste du Nouveau Testament et de la Tradition. Or le « disciple bien aimé » apparaît en quatre moments clés de l’Évangile de Jean, avec un rôle essentiel à chaque fois : à la Cène, il est sollicité par Pierre et pose sa tête sur la poitrine du Christ ; à la Croix, avec la Vierge Marie : « Femme, voici ton fils » – « Voici ta Mère » ; à la Résurrection, il court au tombeau avec Pierre, « il vit et il crut » le premier ; au Lac de Tibériade, c’est lui qui reconnait le Ressuscité : « C’est le Seigneur ! » – « et lui ? demande Pierre. Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » répond Jésus. C’est encore lui qui est désigné comme ayant écrit l’Évangile. Le « disciple bien aimé » est donc dans l’Évangile selon saint Jean désigné comme un personnage vraiment considérable… mais dans l’hypothèse où il ne serait pas Jean de Zébédée, il est totalement inconnu du reste de la Tradition et il n’est nulle part ailleurs mentionné dans le Nouveau Testament, ce qui est assez incompréhensible.

Deuxièmement, si à l’inverse, l’apôtre Jean, fils de Zébédée, est un personnage considérable dans tout le Nouveau Testament, comment expliquer qu’il soit presque totalement absent de l’Évangile qui porte son nom ? Jean de Zébédée est cité toujours en deuxième, troisième, quatrième position dans toutes les listes apostoliques. Il est toujours dans le groupe des trois que Jésus prend avec lui en des moments spécialement forts (Jaïre, Transfiguration, Agonie). Il forme un binôme avec Pierre dans les Synoptiques et dans les Actes des Apôtres (nombreux exemples). Il est désigné comme une des colonnes de l’Église avec Pierre et Jacques le mineur selon saint Paul (Ga 2,9). Bref, il est d’une certaine manière le deuxième plus important personnage après Pierre, et s’il n’est pas le « disciple bien aimé », il serait — à part la mention des fils de Zébédée dans le dernier chapitre de l’Évangile (Jn 21, 2) qui est un chapitre particulier — totalement absent de l’Évangile qui porte son nom ! Tout cela semble vraiment impossible.

La critique protestante

La contestation est née de la critique protestante allemande du XIXe. Tout a commencé au XVIIe siècle avec un anglais isolé (Evanson), puis il y a eu la critique de protestants allemands nombreux : Vogel, Bretshneider, Lutzelberger, Strauss, Baur, Wendt, Spitta, Von Soden, Von der Goltz, Welhausen, Schwartz, et le fameux Harnack mais ces critiques sont comme on le sait basées sur de très forts a priori idéologiques. Les exégètes catholiques ont suivi ensuite avec Dodd (1960) et Brown (1990) qui ont eu une grande autorité si bien qu’aujourd’hui une très large majorité des exégètes adhère à ces thèses nouvelles qui sont assez peu discutées, bien qu’elles reposent in fine sur des arguments faibles.

Il est celui qui a reçu l’extraordinaire révélation de l’Apocalypse, le seul qui ait révélé dans ses épitres que « Dieu est Amour » et que « Dieu est lumière »

Il y a deux autres mentions d’un « disciple » dans l’Évangile de Jean, très compatibles avec la thèse classique.Au commencement un disciple de Jean-Baptiste est mentionné avec André avec force détails et cela colle très bien avec la thèse classique qui voit André et Jean être disciples de Jean Baptiste et avoir pour frères Pierre et Jacques le Majeur. Enfin, après l’arrestation de Jésus, un disciple ouvre à Pierre l’accès de la maison du Grand Prêtre et cela colle aussi bien avec la thèse du fils d’une entreprise de pêche de Galilée qui venait régulièrement vendre son poisson séché aux hiérarques de Jérusalem.

Une parenté évidente

Il y a enfin une parenté évidente entre les trois écrits johanniques. Les trois écrits johanniques (Évangile, Lettres, Apocalypse) ont l’évidence une grande parenté de style, thèmes, vocabulaire : on y évoque Jésus comme le « Verbe » de Dieu, on parle du « commencement », Jésus dit souvent « Je suis », on parle de « Garder les commandements », on évoque Marie ou l’Église comme la « Femme », le diable, comme menteur ou homicide « dès l’origine ». Tout cela est spécifique à Jean : c’est dans le IVe Évangile, dans les Épitres de Jean et l’Apocalypse : nulle part ailleurs. De même des expressions comme « Agneau de Dieu », « Fils unique » et les déclinaisons « Vie éternelle », « Vivants », « Vie » ne se retrouvent que chez Jean. En conclusion, il n’y a pas de grandes raisons de remettre en cause la tradition classique, qui se révèle très forte et très cohérente.

Un apôtre très atypique

Jean est à la fois le plus jeune des Douze, l’un des trois apôtres privilégiés avec Pierre et Jacques, son frère, dont Jésus s’entourait en certaines circonstances (Thabor, résurrection de la fille du chef de la synagogue, Agonie), le « bien-aimé » de Jésus, le seul qui ait posé sa tête sur la poitrine de Jésus à la Cène, le seul des Douze qui ait été présent au pied de la croix, le premier qui « vit et qui crut » en voyant le linceul roulé dans le tombeau vide, celui qui a « demeuré » dans ce monde le plus longtemps, de longues années, après le martyre de Philippe en 81, jusqu’au règne de Trajan, à en croire saint Irénée ou saint Jérôme, il est le dernier apôtre vivant. Il est encore le seul à ne pas mourir martyr (même s’il a « bu la coupe » du Christ au pied de la Croix et s’il a été « témoin » dans l’huile bouillante, selon plusieurs témoignages de Pères de l’Église), au mystérieux destin évoqué par Jésus lui-même devant Pierre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » Il est celui qui a reçu l’extraordinaire révélation de l’Apocalypse, le seul qui ait révélé dans ses épitres que « Dieu est Amour » et que « Dieu est lumière ». Il est enfin celui qui a composé un Évangile (et notamment son Prologue) d’une hauteur de vue tout à fait singulière.

Le secret de Jean

La nature du secret de saint Jean est sans doute à chercher dans le fait qu’après avoir été, à son adolescence, disciple de saint Jean-Baptiste pendant quelques temps, il a été ensuite trois ans disciple de Jésus, puis il a été confié comme fils à la Vierge Marie : il la prit ainsi « chez lui » de la Croix à l’Assomption pendant sans doute une vingtaine d’années ! La tradition a pensé que Jean était l’apôtre vierge, choisi par Jésus avant qu’il ait eu l’âge de se marier, et resté ensuite constamment près de lui. Il a su se laisser aimer. Aimer ce n’est pas d’abord se donner, aimer c’est d’abord se laisser aimer. Saint Jean a su se laisser aimer, et c’est ainsi qu’il a osé suivre Jésus jusqu’au pied de la croix, il a su se laisser faire. L’amour pour lui a consisté à se laisser prendre par un autre et le suivre sans tout comprendre, sans tout maîtriser de l’autre. 

Les étapes de sa vie

Il est possible d’essayer de reconstituer une chronologie de la vie de Jean, à partir de ce que l’Écriture, la Tradition et les recherches historiques nous donnent aujourd’hui. Mettons-nous à l’école de sa vie avec ces hypothèses. Jean serait né aux alentours de l’an 10 après Jésus-Christ. Jusqu’à sa majorité à 12 ans, il passe sans doute son enfance à Bethsaïde, au bord du lac de Tibériade, dans l’un des plus beaux lieux du monde. On peut facilement s’imaginer le petit Jean s’émerveillant de la beauté de la nature, et se demandant très jeune qui peut être l’auteur de tant de merveilles. Son père, Zébédée, est, selon l’Évangile, responsable d’une petite entreprise de pêche, propriétaire de ses barques, faisant travailler quelques ouvriers. Le poisson est péché puis vendu à Capharnaüm ou séché puis transporté pour être vendu dans la Décapole par André et Philippe qui parlent grec et à Jérusalem, où le bon poisson de Galilée est particulièrement apprécié, par Jacques et Jean. Il est fort probable qu’à partir de 12 ans, Jean se rende régulièrement à Jérusalem, en suivant son grand frère Jacques, pour les affaires de son père ou pour les fêtes de pèlerinage. Jean, spécialement attiré par les choses de Dieu, a vraisemblablement fréquenté les impressionnants maîtres de l’époque : le notable Schammaï, le grand Hillel, et son neveu Gamaliel, déjà enseignant renommé. Au témoignage de l’Évangile, Jean connaît très bien la ville, les fêtes et même l’entourage du grand prêtre (Jn 18, 15-16).

Trois ans, le disciple bien aimé

C’est sur la route de la cité sainte lors de l’un de ses voyages que Jean adolescent rencontre Jean-Baptiste. Il trouve en lui quelqu’un de plus extraordinaire et de plus fascinant encore que tous les maîtres du temple. Il devient rapidement son disciple, avec son frère Jacques, et quelques amis pécheurs : André et son frère Pierre, Philippe et Nathanaël. Ce groupe sera disciple de Jean le Baptiste jusqu’à ce que celui-ci leur désigne Jésus, comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Cet événement scelle la vie de saint Jean à tout jamais, et le placera centre de son Évangile et du livre de l’Apocalypse.

On reste impressionné de trouver dans l’Évangile de Jean ces longs discours de révélation du Christ qui expriment de façon unique la pensée profonde et divine de Jésus, comme aucun autre Évangile synoptique n’a pu le faire.

De l’an 27 à l’an 30, Jean passera trois ans à suivre le Christ et à recevoir jour après jour dans un cœur confiant l’enseignement du Maître divin. Il deviendra le « bien-aimé », le disciple « préféré ». Cette expression de la tradition orientale désigne le disciple qui pénètre plus profondément la pensée du maître et qui peut la restituer avec les mots même de celui-ci. Saint Thomas d’Aquin, dans son commentaire de l’Évangile de saint Jean, fait cette remarque judicieuse qu’un maître aime toujours plus ses disciples intelligents. Or Jean avait une intelligence particulièrement fine qui lui a permis d’accueillir avec beaucoup de perspicacité les enseignements du Christ. Voilà pourquoi on reste impressionné de trouver dans l’Évangile de Jean ces longs discours de révélation du Christ qui expriment de façon unique la pensée profonde et divine de Jésus, comme aucun autre Évangile synoptique n’a pu le faire.

Jésus lui donne sa mère

Son imitation de Jésus et son amour pour lui sont si forts qu’il sera le seul apôtre présent au pied de la croix, à l’heure des ténèbres qui aura dispersé tous les autres, et c’est là que Jésus lui donnera tout spécialement sa mère en disant à Marie : « Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26) et à Jean : « Voici ta mère » (Jn 19, 27). « Dès cette heure-là le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 27). Saint Ambroise commente : « Marie, la mère du Seigneur, était debout devant la croix de son fils ; nul autre ne me l’a dit que saint Jean l’évangéliste. Jean m’a appris comment Jésus sur la croix a appelé sa mère. C’est le testament du Christ en croix et Jean y apposait sa signature, digne témoin d’un si grand testateur. Testament précieux qui lègue non de l’argent mais la vie éternelle, qui est écrit non avec de l’encre mais avec l’Esprit du Dieu vivant. Et tandis que les apôtres étaient en fuite Marie se tenait debout au pied de la croix et de ses yeux maternels, elle contemplait les blessures de son fils. Elle attendait non la mort de son bien-aimé mais le salut du monde. »

Il a intégré toute la vie du Christ à la lumière de Marie pendant vingt ans pour voir et comprendre en profondeur tous ses miracles et tous ses enseignements.

À l’école du silence de Marie

La deuxième étape de la vie de saint Jean semble être la rumination. Intelligent, il a essayé d’intégrer et de comprendre le message. Il a intégré toute la vie du Christ à la lumière de Marie pendant vingt ans pour voir et comprendre en profondeur tous ses miracles et tous ses enseignements. De 30 à 36, après la Pentecôte, Jean, qui n’a que 20 ans, est très proche de Pierre, qu’il seconde lors de la première évangélisation de Jérusalem, comme on le voit dans les Actes des Apôtres, en restant silencieux, comme son caractère et son jeune âge l’y inclinent, jusqu’à ce que la persécution qui suit la révocation de Ponce Pilate oblige les apôtres à s’en aller. C’est probablement dès 37 que Jean part avec la Vierge Marie pour s’établir à Éphèse, comme en témoigne une tradition locale solide, rappelée en 431 par la lettre officielle que les Pères du Concile d’Éphèse envoyèrent à Nestorius. Toutefois, ce ne sera pas Jean et Marie qui fonderont l’Église à Éphèse mais Paul, qui le fera 17 ans plus tard lorsqu’il viendra pour deux ans sur place. Alors que tous les apôtres mettent à profit la dispersion pour fonder des Églises et répandre la bonne parole, que Pierre symbolise l’Église hiérarchique et Paul l’Église missionnaire, Jean et Marie restent discrets, à l’écart. Comment se l’expliquer ? Il semble que Jean et Marie aient inauguré à Éphèse un genre de vie nouveau sans apostolat direct, dans le silence et la prière. En reprenant les termes de l’Apocalypse, « la femme poursuivie par le dragon s’est enfuie au désert où Dieu lui a préparé une place » et c’est dans ce désert de la vie cachée que Dieu va la nourrir pendant quelques années.

Un nouveau Nazareth

Jésus a confié Jean à la Vierge Marie pour qu’il soit comme son fils et la Vierge obéissante va lui faire vivre à Éphèse ce qu’elle a fait vivre à Jésus à Nazareth en le faisant grandir de la même manière, comme pendant les trente années de vie cachée à Nazareth. La « maison de Marie » à Éphèse constitue en quelque sorte le premier monastère où Jean va prendre le temps d’approfondir puissamment le mystère du Christ, avec Marie, dans une vie de silence, de prière et de contemplation. Dans cette lumière, nous pourrions dire que Dieu nous révèle successivement deux types de « sainte famille » : la sainte famille à Nazareth que nous imaginons plus facilement car elle est plus connaturelle à notre expérience humaine, celle des parents qui entourent l’enfant. Mais cette famille « fondamentale » était en vue de nous révéler une autre « sainte famille », plus ultime, celle où les liens entre les personnes sont constitués essentiellement par l’Esprit qui enveloppe chacune des personnes : Marie, Jean et la présence mystique de Jésus dans leurs cœurs. Cet Esprit Saint, don de la charité, représente le véritable lien qu’il tisse entre Marie et Jean. Cette seconde famille est « spirituelle » : Marie, Jean et Jésus mystiquement sont des préfigurations de toutes les autres familles spirituelles que Jésus veut constituer dans son mystère de la charité fraternelle en nous envoyant l’Esprit Saint. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18, 20). L’Église que Jésus a voulu constituer peut se définir ainsi comme le tissu de liens de charité fraternelle enveloppé par Marie. Voilà pourquoi l’Église d’Éphèse, située dans ce monastère de la maison de Marie, est une étape si importante et si révélatrice du mystère même de l’Église d’hier et d’aujourd’hui.

Les fondements de la vie contemplative et religieuse

Ce temps de désert aura une immense postérité dans l’Église mariale, l’Église des religieux et religieuses, centrée sur la vie de prière, la contemplation et l’approfondissement du mystère du Christ, loin du monde, dans le silence d’une vie cachée comme l’écho de ce qu’ont vécu Marie et Jean. Les premiers moines appelaient Jean leur « père », comme un disciple d’Evagre le Pontique le mentionne. Épiphane de Salamine confirme qu’ils se réunissaient « pour imiter la vie de Marie et Jean à Éphèse » (règle monastique des agapètes). Par la suite, saint Augustin et beaucoup d’autres verront en saint Jean le modèle de la vie contemplative. « Saint Jean est à l’origine de notre plus haute spiritualité. Comme lui, les « silencieux » connaissent ce mystérieux échange de cœurs, invoquent la présence de Jean et leur cœur s’enflamme » (Athënagoras, Patriarche œcuménique de Constantinople – D’après Dialogues avec Athënagoras, O. Clément Turin 1972, p. 159).

Un lieu d’approfondissement

La découverte de « Meryem Ana », la « maison de la Vierge » à Éphèse suite aux visions d’Anne-Catherine Emmerich eut lieu sous le pontificat de Léon XIII (1878-1903). Informé de la chose, il manifesta ouvertement sa satisfaction et Pie X, Benoît XV et Pie XI s’intéressèrent beaucoup à cette découverte. Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI ont depuis fait pèlerinage sur place, indiquant que la vie contemplative de saint Jean auprès de la Vierge Marie à Éphèse est d’une certaine manière un modèle pour tous : « Le Saint-Esprit guide les efforts de l’Église, l’engageant à adopter le même comportement que Marie. Dans le récit de la naissance de Jésus, saint Luc note que sa mère “conservait toutes ces choses, les méditant dans son cœur”, s’efforçant donc de “mettre ensemble” (en grec : symballousa), avec un regard plus profond, tous les événements dont elle avait été le témoin privilégié. De façon analogue, le peuple de Dieu est lui aussi poussé par le même esprit à comprendre en profondeur tout ce qui est dit de Marie, pour progresser dans l’intelligence de sa mission intimement liée aux mystères du Christ. Le mystère de Marie engage chaque chrétien, en communion avec l’Église, à méditer dans son cœur ce que la révélation évangélique affirme de la mère du Christ » (Jean-Paul II, Catéchèse 8 novembre 1995).

À l’origine de la révélation des mystères de l’Incarnation

Après la fin de la persécution, les apôtres essayeront de se retrouver à Jérusalem vers 41 mais Jacques de Zébédée, frère de Jean, sera arrêté sans que personne ne s’y attende et décapité par Hérode Agrippa. Le frère de Jean est le premier apôtre à donner le témoignage du sang. Cet événement marquera Jean à qui Jésus avait aussi promis : « Ma coupe, vous y boirez. » Les apôtres finiront par se retrouver en 48 puis vers 49 avec saint Paul, pour ce que l’on appelle le « Concile de Jérusalem », réunion au cours de laquelle sera définie la doctrine sur la circoncision. C’est sans doute à ce moment-là que la Vierge Marie en présence de Jean aura transmis à Luc les Évangiles de l’enfance, les paraboles de la miséricorde et le récit de la Passion, avant de rejoindre son fils Jésus au ciel par son assomption quelques temps après.

Comme le dit saint Jean Paul II :

« Les premières communautés chrétiennes elles-mêmes ont recueilli les souvenirs de Marie sur les circonstances mystérieuses de la conception et de la naissance du sauveur. En particulier, le récit de l’Annonciation répond au désir des disciples de connaître de façon plus approfondie les événements ayant trait au début de la vie terrestre du Christ ressuscité. Marie est, en dernière analyse, à l’origine de la révélation sur le mystère de la conception virginale par l’opération de l’Esprit Saint. Cette vérité, qui démontre l’origine divine de Jésus, a été immédiatement saisie par les premiers chrétiens dans sa dimension importante, est inscrite au nombre des affirmations clés de leur foi » (Jean-Paul II, Catéchèse du 13 septembre 1995).

Le dernier apôtre vivant 

Jean transmettra sans doute longuement son témoignage au long de dizaines années d’enseignement. Il enseigne comment marcher dans la lumière, dans la vérité, et comment demeurer dans l’amour. Pendant les dizaines d’années qui suivront le départ de Marie, saint Jean sera, selon la Tradition, le grand enseignant des évêques et disciples de la première génération (comme Ignace ou Polycarpe, qui formeront à leur tour Pothin, évêque de Lyon, mort dans la persécution de 177 et Irénée), qu’il reçoit et forme longuement en séminaires de tradition orale, à Jérusalem, puis à nouveau Éphèse, jusqu’à l’avènement de Domitien qui est le premier empereur de Rome à vouloir durablement se faire adorer comme un dieu de son vivant. À Éphèse, où Jean réside régulièrement, Domitien fait construire un Temple imposant de 64 mètres par 85, avec un périptère de 24 mètres sur 34, ainsi qu’une statue gigantesque le représentant. L’équipe d’archéologues autrichiens qui a travaillé sur le site d’Éphèse précise qu’il a aussi financé sur place une fontaine, un troisième système d’adduction d’eau, le pavement de l’Embolos et un nouveau gymnase. Elle ajoute qu’il avait sur place un « délégué à la construction », le procurateur Ti. Claudius Clemens (d’après Helmut Halfman, Éphèse et Pergame urbanisme et commanditaires en Asie Mineure – Ausonius, 2004).

Sauvé du martyre à Rome 

Jean qui est alors le dernier apôtre encore en vie n’a pas dû rester silencieux devant le blasphème de Domitien parce qu’il est traduit en 94 à Rome devant l’empereur qui le questionne et le soumet au supplice de l’huile bouillante, à la Porte Latine devant le temple de Diane, qui est l’Artémis d’Éphèse. Plusieurs écrivains anciens (Polycarpe, Tertullien, Jérôme, Ambroise, Bède le vénérable, et les apocryphes d’Abbdias, de Jean ou de Prochore) rapportent le miracle qui est fêté depuis, chaque année, à Rome le 6 mai : « Il sortit de la chaudière plus frais et plus vigoureux qu’il n’y était entré » (saint Jérôme). Tertullien insiste sur les trois grands martyrs de l’Église de Rome : « Si tu vas en Italie, tu trouves Rome, où toute autorité est à notre disposition. Ô combien est heureuse cette Église (de Rome) où quelques apôtres ont répandu toute la doctrine et versé leur sang ; où Pierre subit un martyre semblable à celui du Seigneur Jésus ; où Paul reçut la même couronne que Jean (le Baptiste) ; et où l’apôtre Jean immergé dans l’huile bouillante ne fut pas endommagé et fut condamné à l’exil dans l’île » (d’après Tertullien, La Prescription des hérétiques chap. 36 – P.L. 2, 59).

La révélation de l’Apocalypse

Après le miracle de l’huile bouillante, l’empereur possiblement effrayé ou impressionné, l’exile alors dans l’île de Patmos où il recevra en 96 la vision de l’Apocalypse, après avoir évangélisé l’île avec son disciple Prochore. Si certains exégètes modernes doutent de l’attribution de l’Apocalypse à Jean, la Tradition (Justin, Irénée, Jérôme, Clément, etc.) est unanime et les discussions qui ont pu exister à ce sujet au IVe siècle ont été closes par le concile de Tolède qui conclut en 633 : « L’autorité de beaucoup de conciles et les décrets synodiques des saints évêques romains établissent que le livre de l’apocalypse est de Jean l’évangéliste et statuent qu’il doit être rangé au nombre des divins livres. Or, il en est beaucoup qui ne reçoivent pas son autorité et refusent de la proclamer dans l’Église de Dieu. Si quelqu’un désormais ne la reçoit pas et ne la reconnaît pas publiquement dans l’Église au temps des messes entre Pâques et Pentecôte, il sera frappé d’une sentence d’excommunication » (ch 17, Dnz 486). Dès lors et jusqu’au XIXe siècle, la Tradition a été absolument unanime dans toutes les Églises apostoliques comme sur place dans les monastères orthodoxes de l’île de Patmos.

Un Évangile unique et essentiel

Jean retournera ensuite à Éphèse, et ce sera même sa période la plus active sur le plan apostolique, selon les apocryphes (Actes de Jean, Actes de Prochore). Jean publiera finalement en grec, avec son scribe Prochore, la substance affinée de son enseignement oral, et ce sera l’Évangile spirituel, entièrement centré autour du mystère de l’incarnation du Verbe, manifestant pleinement la divinité du Christ. « L’acuité de son intelligence spirituelle fait comparer l’apôtre saint Jean à un aigle […], l’apôtre parle de la divinité du Seigneur comme nul n’en n’a jamais parlé. Il rendait là ce qu’il avait vu lui-même, car son propre Évangile raconte, non sans motif, qu’à la cène il repose sur la poitrine du Seigneur » (saint Augustin, Traité 36,1). C’est un Évangile unique et essentiel, qui reflète la personnalité singulière de son auteur : « Il faut oser dire que, de toutes les Écritures, les Évangiles sont les prémices et que, parmi les Évangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est renversé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu de Jésus Marie pour mère » (Origène).

La mort de Jean et le miracle de son tombeau

« Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » a prophétisé le Christ en réponse à la question de Pierre : « Et lui Seigneur ? » à propos de Jean. De fait, Jean est demeuré très âgé, au point d’être pendant longtemps le dernier apôtre encore en vie. L’Évangile rapporte en le corrigeant « le bruit qui s’était répandu parmi les disciples qu’il ne mourrait pas ». Jean est finalement mort presque centenaire à Éphèse sous le règne de Trajan d’après saint Irénée, après l’an 104. Après le repos et l’ensevelissement merveilleux du saint apôtre Jean le Théologien à Éphèse (qui est fêté chaque année le 26 septembre), son tombeau fut trouvé vide et il devint une source de miracles. Le 8 mai, l’Église d’Orient célèbre la Synaxe en l’honneur de la cendre ou « sainte Manne » que produisait le tombeau du saint et illustre. En effet chaque 8 mai le tombeau était soudainement recouvert d’une sorte de cendre, que les chrétiens du lieu appelèrent « la Manne », laquelle avait la vertu de guérir les maladies de l’âme et du corps de ceux qui s’en oignaient avec foi. Ce miracle procura donc l’occasion à l’Église de célébrer solennellement une seconde fois, tous les ans, le disciple bien-aimé du Seigneur, fils chéri de la mère de Dieu. Son tombeau est encore vénéré aujourd’hui sur place dans l’immense Basilique Saint-Jean qui lui a été consacrée. La Révélation de Dieu est scellée par les écrits johanniques et la révélation est donc définitivement close à la mort de saint Jean.

Il apparaît avec la Vierge Marie

Saint Jean apparut ensuite bien des fois dans l’histoire de l’Église : dès le IIIe siècle à Grégoire le Thaumaturge, à saint André le fou dans l’Église des Blachernes à Constantinople, à sainte Catherine de Sienne, à saint Jean de Dieu, au pape Célestin V (1215-1296), à sainte Gertrude au XIIIe siècle, comme pour préparer les révélations de Jésus à Marguerite-Marie le 27 décembre 1673 en la fête de saint Jean, à Ferdinand du Portugal (1402-1443), à un jeune cistercien admis par saint Bernard, à Flodoard de Reims (v.893-966), à Gherardesca de Pise (+1269), à Hadewijch d’Anvers (environ 1240), à Marie-Amice Picard le 19 mai 1634, à Heroldsbach (1949-1952, à Knock en Irlande le 21 août 1879), ou à Séraphin de Sarov. Nous devons noter que ces apparitions étaient presque toujours en compagnie de la Vierge Marie, sa mère, comme pour insister sur son lien unique avec la mère de Dieu.

Un apport gigantesque

En complément aux évangiles synoptiques, saint Jean offre un regard très pénétrant sur la personne du Christ en relation au mystère trinitaire, premier objet de la foi des chrétiens. Il situe le Christ comme Verbe éternel qui s’incarne en notre monde — « Le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous » (Jn 1, 14) — et montre tout au long de son Évangile que ce Verbe a été envoyé par le Père vers les hommes pour qu’il remonte ensuite vers le Père, avec toute son humanité. En étant le « Fils bien aimé », Jésus révèle aux hommes la paternité de Dieu ; il ne cherche en ce monde rien d’autre que d’accomplir la volonté du Père en toute chose, jusqu’à mourir sur la Croix et ressusciter le troisième jour. Uni au Père, il envoie à la Pentecôte l’Esprit Saint, ce nouveau Paraclet qui conduit les hommes à « la vérité toute entière » (Jn 16, 13) : connaître et aimer le Christ dans la vie de l’Esprit pour remonter vers le Père en devenant de plus en plus des fils bien aimés, des enfants du Père, comme Jésus.

« Marcher dans la lumière et demeurer dans l’amour »

Jean est très ancré dans l’Ancienne Alliance, qu’il contemple avec une intelligence foudroyante de la Torah réinterprétée. Les trois épîtresde saint Jean cristallisent sa vision de l’amour et de la vérité à partir de choses très concrètes et très pratiques. C’est très différent des écrits de saint Paul, dont les lettres sont plus morales. Saint Jean cherche ce qui nous fait agir : il cherche la source. Chez Jean, la vie intérieure se propulse en action. Il nous révèle avec beaucoup de force l’identification totale entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain : « Celui qui prétend aimer Dieu et qui déteste son frère est un menteur ! » La grande question contemporaine de l’altérité pour le vivre ensemble dans nos sociétés reçoit une réponse fulgurante : pour accueillir toute personne et vivre avec elle, comment la recevoir sinon par l’amour ?

L’Apocalypse est une lumière qui donne une intelligence nouvelle de l’Église et de son mystère. Et on sait déjà le terme de cette Église : elle est pleinement victorieuse avec finalement l’avènement de la Jérusalem céleste…

L’Apocalypse est une lumière qui donne une intelligence nouvelle de l’Église et de son mystère. Et on sait déjà le terme de cette Église : elle est pleinement victorieuse avec finalement l’avènement de la Jérusalem céleste révélé dans les chapitres 21 à 22. Mais pour accéder à cette victoire, il faut passer par un chemin de luttes et de crises, il faut suivre l’Agneau partout où il va et la victoire se trouve au cœur de beaucoup de combats. C’est un chemin d’espérance : il y a toujours vie, mort et résurrection. Au chapitre 12, avec la femme enveloppée de soleil, saint Jean place Marie d’une manière unique dans l’Église, dès l’origine, même s’il a fallu 2000 ans pour qu’elle soit reconnue mère de l’Église.

Une lumière sur l’identité du Christ

L’Évangile de Jean donne la lumière la plus profonde sur le mystère de l’identité du Christ.C’est spécialement vrai lors du prologue qui donne cette expression la plus étonnante pour désigner Jésus : le « Logos », le « Verbe », verbum, ou la « Parole ». Terme intraduisible qui n’est pas une expression hébraïque même si le père André Feuillet a montré dans ses travaux la connexion avec la notion biblique de Davar, « Parole ». Curieusement, c’est à Éphèse qu’Héraclite, le Grec, en 480 avant J.-C. a conçu et popularisé la notion de Logos. Elle évoque la « lumière éternelle », la « pensée » ou « l’intelligence ». Le Logos, le Verbe qui s’est fait chair ou encore, le « fils bien aimé », vrai Dieu et vrai homme, c’est lui, ce Logos, très incarné qui vient à la rencontre des hommes comme avec Nicodème ou la Samaritaine, qui pleure, ou qui souffre, qui vit et qui révèle à travers toute sa vie le mystère de la Sainte Trinité. Le Verbe est envoyé du Père et il retourne au Père, pour faire sa volonté. Jésus révèle aux hommes que Dieu n’est pas solitaire, mais que les trois personnes se donnent éternellement dans un mouvement dynamique, qui est la vie en Dieu. Oui, Le Verbe fait chair veut ramener tout homme à la divinité du Verbe engendré éternellement du Père dans la vie de l’Esprit.

Devenir à son tour des enfants bien-aimés

Comme nous l’avons vu, l’apôtre Jean est très présent dans les Évangiles synoptiques et les Actes des apôtres mais son nom n’apparaît pas dans l’Évangile qui porte son nom ! Cette question a fait couler beaucoup d’encre et les modernes y répondent souvent d’une manière bien peu conforme à la Tradition. Pourquoi Jean a-t-il voulu ainsi cacher son nom derrière la figure du « disciple bien-aimé » ? Très certainement parce qu’il se sentait incroyablement privilégié d’avoir connu le Christ, sa mère et son précurseur, mais il sentait aussi que tous ces cadeaux n’étaient pas pour lui seul : Jésus et sa mère sont offerts à tous ceux qui veulent devenir les disciples bien-aimés ! Jean nous invite à prendre Marie pour mère et à suivre Jésus « partout où il va », jusqu’à sa croix et sa résurrection. 

« Dans la personne de Jean, comme l’Église l’a toujours cru, explique Léon XIII, le Christ désigna celle du genre humain, de ceux surtout qui croiraient en lui. » Le pape Jean Paul II a lui aussi très souvent insisté sur ce moment si important où Jésus va confier à sa mère ce disciple qu’il aimait et qui l’aimait tellement, et dans lequel chaque disciple du Christ est invité à se reconnaître : « Le nom du disciple était Jean. C’est précisément lui, Jean fils de Zébédée, apôtre et évangéliste, qui entendit les paroles du Christ venant du haut de la croix : “Voici ta mère.” Auparavant, le Christ avait dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” C’était là un testament admirable. En quittant ce monde, le Christ donna à sa mère un homme qui serait pour elle comme un fils : Jean. Il le lui confia. Et par la suite de ce don, de cette remise entre ses mains, Marie devint la mère de Jean. La mère de Dieu est devenue la mère de l’homme. À partir de cette heure-là, Jean la “prit chez lui” et il devint sur terre le gardien de la mère de son maître ; c’est en effet pour des enfants un droit et un devoir de prendre soin de leur mère. Mais Jean devient surtout, par la volonté du Christ, le fils de la mère de Dieu. Et à travers Jean, tout homme devint son fils à elle » (Jean-Paul II – Homélie de la messe du 13 mai 1982 à Fatima).

Face aux grands combats de notre monde

Jean garde plus que jamais son actualité pour l’Église d’aujourd’hui et dans notre foi chrétienne. Notre époque difficile peut être comparée à celle des débuts de l’Église, très chahutée, remise en question de toute part, voire martyrisée. Il nous faut un message lumineux et profond sur les mystères les plus essentiels de notre foi pour qu’il puisse être notre véritable espérance dans un monde en lutte. Tel est bien le message que saint Jean professe dans le prologue de sa première épître : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons touché du Verbe de vie, […] nous vous l’annonçons afin que notre joie soit plénière » (1 Jn 1,4). Saint Jean est l’apôtre de la vraie joie dont il nous montre le chemin dans le témoignage de sa vie et dans ses écrits.

Saint Jean est l’apôtre de la vraie joie dont il nous montre le chemin dans le témoignage de sa vie et dans ses écrits.

Nous avons aujourd’hui une conscience du mal bien plus aiguë qu’autrefois, tant dans son extension (en raison notamment des médias qui orchestrent par la mondialisation tous les grands maux de notre planète) que dans sa profondeur de par la remise en cause de toutes les valeurs passées au nom de l’avènement d’un Homme Nouveau créé à la mesure humaine. Nous assistons depuis une cinquantaine d’années à un changement très rapide de civilisation. Avec la complexité de ce nouveau monde, tant par ses nouveaux paradigmes que par le développement des technologies nouvelles que les hommes ont du mal à maîtriser, nos pays semblent s’engouffrer dans des impasses économiques, politiques voire sociales sans précédent de par leur ampleur et leur complexité. Les solutions semblent dépasser tous les organismes internationaux.

Redécouvrir saint Jean

Où le monde va-t-il ? Il ne s’agit pas de jouer au prophète de malheur ni de croire que c’était mieux avant. Au contraire il s’agit d’observer la caractéristique des grands combats actuels à la lumière de Dieu et de sa Révélation pour mieux accueillir cette espérance qu’il veut nous donner. À toute époque Dieu vient faire « toutes choses nouvelles », comme l’annonce l’Apocalypse (21-5). Aujourd’hui plus que jamais, saint Jean doit nous donner sa lumière pour devenir vainqueur de tout mal. Quel est ce regard nouveau qu’il veut nous donner ? Peut-être en revenant à la source, la redécouverte de Jean peut redonner une fraîcheur à l’Évangile car il peut devenir une véritable source « d’eau vive » pour désaltérer tous ceux qui ont soif de boire à la vraie vie. Il est aussi comme l’aigle, l’oiseau qui vole le plus haut et qui voit aussi les moindres détails au sol. Jean nous montre que ce sont les contemplatifs tournés vers le ciel qui peuvent être pleinement dans l’action, sur le terrain des Églises et agir dans le Seigneur. Sa vie si intense et plus encore ses écrits si puissants en intelligence, sont des voies magistrales pour que chacun puisse y puiser la lumière et l’amour qui donnent la vraie vie éternelle dès ce monde ci.

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