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Christiane Rancé : « Le culte des saints n’a rien d’un opium que l’Église dispense »

Portrait of Christiane Rancé
courtesy of Christiane Rancé
Christiane Rancé
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Après sa "Lettre à un jeune chrétien, et à ceux qui ignorent qu’ils le sont", en 2017, plusieurs essais intimistes et des biographies spirituelles dont celle de sainte Thérèse d'Avila (Prix de l’Essai de l’Académie française), l'écrivaine Christiane Rancé publie un "Dictionnaire amoureux des Saints" (Plon). Un livre qui donne un goût de Paradis.

Succès d’édition depuis 20 ans avec quelque 250.000 exemplaires vendus chaque année, la série Dictionnaire amoureux de Plon s’enrichit d’un essai consacré aux saints sous la plume de Christiane Rancé. Passionnée, en quête de sacré et beauté, la romancière remet au centre de nos vies des hommes et des femmes à qui l’amour a tout rendu possible. Qu’est-ce qu’être saint ? Qui sont les saints ? Pourquoi avons-nous besoins des saints aujourd’hui ? À quoi servent-ils ?

Depuis les plus connus — de Paul de Tarse à Thérèse d’Avila, de François d’Assise à Thérèse de Lisieux en passant par Augustin ou encore Louis, jusqu’aux saints les plus inattendus — saint Glinglin, saint Frusquin ou saint Lucifer, Christiane Rancé esquisse avec jubilation des portraits de ces insoumis majeurs de l’Histoire qu’Ernest Renan appelait « les héros de la vie désintéressée ». Ceux qui ne doutent pas de Dieu. Ceux qui ne doutent pas que toute vie est digne d’être aimée, ni que le monde est digne d’être sauvé. Entretien.

Aleteia : L’idée d’écrire un ouvrage sur les saints vous est venue sur le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle…
Christiane Rancé : Oui, c’est vrai. L’idée d’écrire sur les saints est née en 1997, lorsque j’ai pris le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, et ce Dictionnaire a longuement mûri depuis. En route, j’ai pu observer que même ceux qui partaient sous l’effet de la mode, finissaient, d’étape en étape, par être touchés par ce qu’ils découvraient des autres et d’eux-mêmes. La marche donne un sens. Quand on va vers Compostelle, on prend une direction qui est emblématique des choix qu’on fait dans la vie. Ce n’est pas un hasard si on a longtemps comparé le pèlerinage au chemin spirituel de toute âme de passage sur cette terre. Et s’il y a un enthousiasme intact à suivre ce chemin, c’est qu’il cristallise une espérance toujours vive, et qu’il répond à la recherche d’un sens, d’une présence. Pourquoi 2.000 ans après Jésus-Christ avoir toujours cet enthousiasme de le suivre ? C’est en me posant cette question que l’idée d’écrire le Dictionnaire amoureux des Saints est venue ensuite. S’il y a un message aujourd’hui qui peut sauver toute l’humanité et chacun d’entre nous, c’est celui du Christ et sa parole. 

Pourquoi avons-nous besoin des saints aujourd’hui ?
Parce qu’il y a ce besoin immense de vérité et de lumière. Il y a aussi un besoin de lien amoureux avec l’autre, avec le Tout-Autre, et avec l’Autre en soi. Il ne s’agit pas juste d’évoquer des valeurs anciennes, ou des figures autrefois vénérées et pour certaines oubliées : les saints n’appartiennent pas au passé, mais à un dépôt immémorial. J’ai voulu rappeler combien leur exemple de charité, de miséricorde, de foi et de joie a soutenu leurs contemporains, les a réconfortés. Le saint tire son rayonnement de sa puissance à être. Ce qu’il a d’intérieur agit sur l’extérieur.

Vous dites que la sainteté est la seule alternative à la « dévastation nihiliste en cours »…
Notre monde semble plus que jamais sombrer dans la nuit. Après les horreurs du XXe siècle, aussi sidérant que ce soit, le XXIe ne s’est en rien amélioré. Il porte le risque de maux plus grands encore, dont la dévastation de la planète, au mépris de ce que nous devons à nos enfants, n’est pas la moindre. À cause de moyens techniques sans précédent et sous la responsabilité des pires irresponsables, l’œil rivé sur les profits matériels à court terme. Or, comme le disait Léon Bloy : « Il n’y a que les saints, ou les antagonistes des saints, capables de délimiter l’histoire. » Dans cette époque de nihilisme, l’alternative est simple : ou la sainteté redeviendra une question d’importance, ou c’en sera fini et la guerre de tous contre tous s’achèvera dans la défaite générale. En un sens, Jésus n’a rien dit d’autre. C’est faute de n’avoir pas été en mesure de ressaisir le plus bouleversant de sa parole que le pire est advenu, et risque d’advenir encore.

La sainteté devient, selon vous, plus qu’une nécessité. Elle est une urgence…
Oui, parce qu’elle nous enjoint de nous relever, de nous dépasser, de nommer le mal et de nous engager à en triompher avec amour, et pour l’amour. Nous ne pouvons plus déléguer la défense du faible, de la vérité, de la justice aux institutions ou aux ONG, ni réserver l’adresse à Dieu aux seuls religieux. Dans ce Dictionnaire, j’ai voulu aussi rappeler que dans les crises graves qu’ont traversées non seulement L’Église mais aussi la société tout entière, il y a toujours eu un homme ou une femme qui a eu le courage de se dresser, de combattre sans violence aucune contre toutes les dérives. Je pense à Catherine de Sienne, à François d’Assise, à Thérèse d’Avila ou encore à Vincent de Paul. Ce sont ces saints qui ont redonné le La à leur siècle. Leur exemple est notre avenir, et parce qu’il s’inscrit dans la vérité et le respect de l’être humain, il reste fécond. Enfin, les saints ont toujours été ceux qui ont apporté mieux qu’un espoir, une Espérance.

Vous avez rencontré deux saints : Mère Teresa et Jean Paul II. Que signifie ce que vous appelez leur « intensité à être » ?
C’est tout simplement le charisme. Ils n’étaient pas dans une apparence, dans un exercice de communication. Ils étaient profondément et intensément — à chaque instant — dans le désir d’une présence du Christ en eux, et de cette sainteté qui consiste à tenter d’imiter le Christ. C’est « l’intensité à être » que j’ai profondément ressentie en les voyant prier. Quand on a été spectateur de leur miséricorde, de leur amour du prochain, du pauvre, de l’enfant — tous ceux qu’énumère Jésus dans les Béatitudes… on comprend ce à quoi ils tendent et nous invitent : faire en sorte de n’être qu’un être d’amour. Sans ce charisme, il est impossible que Jean Paul II ait pu attirer un million de jeunes aux JMJ, ni que Mère Teresa ait suscité autant de vocations dans un pays et une œuvre particulièrement rudes.

Vous dites dans le livre que les saints sont des insolents…
L’insolence à laquelle je pense, c’est par exemple celle de Thomas More ou celle de Philippe Néri. Lorsque le Pape lui propose une barrette de cardinal, il lui répond « Merci, mais je préfère le paradis ! » Le saint a l’insolence de la vérité.

La vérité est-elle insolente ?
Elle est un scandale. Nous vivons à l’ère du « politiquement correct » et de la suspicion, où toute parole libre peut donner lieu à une interprétation fausse, voire à un procès. C’est le moment d’être insolent comme les saints. Non pas impertinents, mais insolents. Ils ne doutent pas de Dieu, ils ne doutent pas que toute vie soit digne d’être aimée, ni que le monde soit digne d’être sauvé. Cette attitude fait d’eux mieux que des rebelles — des insoumis majeurs.

Quels sont les saints auxquels vous êtes personnellement très attachée ?
En premier, je citerai sainte Thérèse d’Avila. Je lui suis tellement attachée que je lui ai consacré une biographie. Elle est à la fois une immense mystique et un immense écrivain. Elle est aussi une formidable femme d’action. J’aime aussi beaucoup Elizabeth de Thuringe. Il y a en elle une liberté magnifique ! Voilà une femme profondément libre et insolente. Elle a été sans aucun doute la première femme à vouloir vivre en sainte, en femme libre et en religieuse laïque. Pendant toute sa vie, elle n’a abdiqué en rien : elle a été une épouse parfaite qui a fait de l’amour une liturgie puisée dans le Cantique des Cantiques et, dans le même temps, vêtue d’une robe de bure, elle distribuait ses biens aux pauvres, elle les soignait. Elle assistait les malheureuses dans leur accouchement. Elle leur a tout donné. J’admire saint Vincent de Paul qui reçoit du Christ un amour qu’il va porter aux autres. Il a exprimé toute sa vie cet oubli de soi pour les êtres les plus faibles — les enfants abandonnés parce qu’on les considérait comme les fruits du péché. Il m’émerveille. Il y a saint Bernard de Clairvaux, qui a converti son amour pour le Christ en une prière de pierres, et nous a légué l’art cistercien. Les mystiques comme saint Grégoire qui nous a donné ses chants grégoriens ou l’ineffable Fra Angelico. Et encore saint Jean de la Croix… Je suis éblouie par la puissance de sa poésie et par le pouvoir qu’elle a de nous révéler l’inouï du Mystère. C’est lui qui m’a fait entendre le Cantique des Cantiques, et le pouvoir de la prière. Il y a tellement de saints qui m’inspirent… Les Pères du Désert, le cardinal Newman, Pierre Nolasque, Jeanne d’Arc, Denys l’Aréopagite… Tous ceux qui se sont dressés pour rappeler que l’homme, le plus faible d’entre tous les hommes, doit rester la mesure de tout progrès, et qu’il lui appartient de créer le Royaume ici, et maintenant.

Si vous regardez l’Église d’aujourd’hui qui vit un temps particulièrement grave, de quel saint a-t-elle le plus besoin ?
On a besoin d’hommes et de femmes qui se ressaisissent eux-mêmes, qui ressaisissent la société et la hiérarchie de l’Église elle-même. On a besoin de figures très insolentes comme Hildegarde de Bingen qui apostrophait les rois et le pape pour leur rappeler leur devoir de justice et de charité. De saints qui nous rappellent les Évangiles et ne réduisent pas la parole du Christ à de l’humanitaire, de la moraline ou une action politique. Respectons au plus haut point les institutions et les ONG qui s’occupent de la misère du monde. Mais il s’agit ici de bien autre chose. Les Évangiles s’adressent à chacun de nous, parce qu’ils s’adressent aux âmes. Ils ne sont pas une parole juste bonne pour les pauvres ou les déjà convertis. Dans ce Dictionnaire, j’ai voulu rappeler que la sainteté est verticale, ce qui n’a pas échappé aux plus grands de nos écrivains, de Flaubert à Rimbaud, de Bernanos à Claudel. Elle touche toutes les strates de la société : depuis saint Louis, qui désirait imiter Jésus et instaurer un Royaume de justice, à Benoît-Joseph Labre, ce vagabond de Dieu, va-nu-pieds et en extase, en passant par des intellectuels comme saint Jérôme ou saint Thomas d’Aquin, ou des bergères comme sainte Germaine ou sainte Jeanne d’Arc. La sainteté doit éclairer aussi ceux qui jugent que la vie leur a matériellement souri, qu’ils n’ont besoin de rien, ni des autres. Elle doit convertir les dirigeants du monde d’aujourd’hui et de demain.

En quoi le culte des saints est si essentiel ?
Parce qu’il nous inscrit dans notre propre histoire. Le culte des saints n’a rien d’un opium que l’Église aurait dispensé à la crédulité d’un peuple obtus pour lui faire croire des histoires édifiantes : il s’est instauré spontanément chez les chrétiens dès les premiers temps de la chrétienté. Chaque année, au jour anniversaire de la mort de ceux qui avaient été persécutés, les chrétiens se réunissaient sur leurs tombes pour célébrer leurs frères et sœurs martyrs, disciples du Christ. Pour s’éclairer et se réchauffer à leur exemple, dans celui de Jésus. Mais ce culte est aussi essentiel pour ce qu’on appelle la communion des saints, dont parle si magnifiquement Dante dans la Divine comédie. Le saint, parce que son âme, à sa pointe, a pu atteindre quelque chose de l’âme de Dieu, a un pouvoir d’intercession. Il est notre frère autorisé à porter nos prières à Dieu. Et il est, bien évidemment, un modèle que le culte que nous lui rendons ravive et ramène à notre conscience. Un modèle d’amour, de charité mais aussi de foi ardente et de fidélité incorruptible au Christ.

Penser à la sainteté est parfois décourageant. L’image du martyre vient plus spontanément que celle de la joie…
Sainte Thérèse d’Avila demandait deux choses à ses novices : être joyeuses, et contempler le Christ… Il ne faut pas réduire la sainteté aux seules souffrances du martyre. Après tout, n’est-ce pas le testament du Christ, son legs spirituel, annoncé pendant la Cène (Jn, 15,11) : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». Les saints sont joyeux parce que le mal ne les ronge pas, ni ne les plombe. Ils sont en dialogue permanent avec Dieu. Ils se réjouissent de l’amour qu’ils reçoivent de Dieu et qu’ils donnent autour d’eux. Je pense à saint Philippe Néri, que tout le peuple de Rome, des miséreux aux aristocrates, va écouter dans son Oratoire commenter les Évangiles. Ce qui frappait tout le monde, c’était sa joie, ses plaisanteries, son sourire qu’il apportait comme une caresse. Comme la simplicité et l’humilité, la joie est le mot clé du christianisme. Assortie de l’Amour, de la Miséricorde et de l’Espérance, elle donne la formule de la sainteté. Elle est entièrement exprimée dans les Béatitudes. La joie est l’habit de cet homme nouveau que la sainteté accouche : « Vous tous, appelés saints », annonce saint Paul. Il n’y a que la joie pour placer l’homme dans l’orbite de l’Infini divin.

Dictionnaire amoureux des Saints, Christiane Rancé, Plon, mars 2019

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