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Pâques et le magnétisme de la mort en Corse

Diocèse d'Ajaccio

Philippe de Casabianca - Diocèse d'Ajaccio - Publié le 23/04/14

L’éclat donné au Vendredi saint et à ses cérémonies de rue en Corse a pu donner l’impression que l’île négligeait la rédemption apportée par la fête de Pâques. La réalité est bien plus complexe. Décryptage.

23/04/14

« Ce qu’il y a de terrible dans la cérémonie du Catenacciu de Sartène, c’est le bruit des chaînes contre les pierres. Malgré les chants de toute la foule, on entend ses chaînes interminables et lourdes », témoigne Laetitia. Mimant le Christ qu’on va mettre en croix, le Catenacciu offre à la foule de Sartène un spectacle haut en couleur et saisissant. Le père Krzystof, curé de Sartène n’y voit pas « un spectacle du folklore mais un vrai moment de recueillement ». Cet exemple n’est pas du tout isolé en Corse. L’île remplit ses églises et ses rues pendant la semaine sainte au son des plaintes du Christ. Mais pas seulement.

A Bisinchi, témoigne l’historienne France Sampieri, « le spectacle est presque insoutenable puisqu’on met le Christ sur la croix. A Sainte-Lucie-de-Tallano, on met aussi en scène la douleur du Christ mais peut être de manière plus intense et plus cachée qu’à Sartène où l’afflux de touristes a pu rendre la scène un peu moins pieuse qu’avant. A Calvi, on a la Mater Dolorosa. A Erbalunga, on a la Cerca… » Les sensibilités peuvent donc varier mais les Corses manifestent « un grand sens dramatique et un grand respect pour la mort et les souffrances du Christ qui nous ont rachetés ». Ne sort-on pas les chasses à Bonifacio et le Christ dans son linceul à Porto-Vecchio ?

Depuis le 13 ème siècle, une piété baroque
Pour l’Abbé Serge Casanova de Bastia, cet aspect doloriste est certes très vivant en Corse mais ne lui est pas propre. « C’est à partir du 13 ème siècle que la passion constitue l’élément central d’une iconographie qui a perdu son ouverture vers la résurrection. Le récit d’éléments historiques occupe désormais l’avant-scène, l’image mystérieuse a pris la place de l’image dévotionnelle. C’est vrai pour toute la piété occidentale à partir du Concile de Trente et on sait combien la Corse a été évangélisée à cette époque ».
Si donc la piété corse a un côté baroque, elle le doit aussi sans doute à des influences extérieures. On cite parfois les rites ramenés par les Croisés corses de Terre Sainte et depuis on a pris plaisir à comparer les rues de la vieille ville de Sartène à la Jérusalem antique. Le passage par l’Aragon de Corses explique sans doute aussi l’arrivée de certains rites.

La vigueur des cérémonies de la Semaine Sainte en Corse peut avoir plusieurs explications. Comme sur le continent, c’est l’occasion pour les laïcs de participer à plusieurs événements para liturgiques comme la pratique des lavements des pieds, des chemins de croix ou des reposoirs en témoigne. Mais la différence corse réside peut être dans l’implication des différentes confréries dans ces cérémonies, qu’il s’agisse de pénitents ou de mendiants.

La souffrance, un ciment des communautés
Pour l’Abbé Constant de Porto Vecchio, il y a en fait d’abord une explication théologique : « En célébrant le Vendredi Saint, on annonce déjà les lueurs de Pâques et de la résurrection. C’est grâce au mystère de la résurrection qu’on comprend le mystère de la Passion de Notre Seigneur.  » Même s’il concède une participation différente le dimanche de Pâques, l’Abbé Constant souligne donc la continuité entre les cérémonies célébrant les douleurs du Christ et l’annonce de la résurrection : « La Corse est aussi orientée vers cette lumière de Pâques même si elle peut avoir moins de faste que les cérémonies précédentes car on est parfois humainement plus sensible à la souffrance qui rapproche davantage les membres d’une communauté alors que la joie peut se limiter à l’intérieur des familles  ».

Malgré donc l’indéniable magnétisme qu’exerce la mort du Christ sur la dévotion populaire corse, celle-ci ne saurait s’y limiter. Pendant un temps d’ailleurs, c’était l’organisation des horaires de messe qui faisaient perdre à Pâques son importance. Comme l’explique l’Abbé Casanova,

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