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Vivre son infertilité sans perdre la foi

COUPLE ROSARY
Stéphane OUZOUNOFF - CIRIC
Prière lors des vêpres, Abbaye d'Ourscamp.

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Nous avons rencontré quatre femmes, aux parcours différents mais toutes reliées par la même croix : la douloureuse épreuve de ne pas pouvoir avoir d’enfants.

« Ce n’est pas la stérilité qui est étonnante. C’est la fécondité qui est un miracle. » Louise se souvient avec émotion de cette phrase. Elle lui avait été écrite par une sœur de saint Jean, bien avant l’arrivée de sa fille, Jeanne, née au Vietnam et adoptée il y a trois ans.

Monique, 64 ans, est mariée avec Didier depuis 30 ans. Ils ont très vite appris la stérilité de ce dernier et ont dû faire une croix sur leurs beaux projets de famille nombreuse : « Il faut pouvoir en parler. Nous n’y sommes pour rien, la stérilité s’invite dans le couple et nous devons vivre avec… »

« Vivre avec » : Lucie, 34 ans et et Marie, 31 ans, toutes deux mariées depuis quelques années, n’en sont pas encore à cette acceptation, même si – en effet – la vie continue et la douleur de l’attente se prolonge. Encore trentenaires, les deux jeunes femmes sont dans l’espoir immense d’un « heureux événement » … qui ne vient pas. Comment ces femmes, aux chemins divers, trouvent-elles, au quotidien, la force de persévérer dans leur foi ?

« Prendre soin de son couple comme on bichonne un nouveau-né »

« On ne soupçonne pas à quel point l’infertilité peut fragiliser un couple ; elle vient taper sur des sujets extrêmement sensibles. Pas facile de dire à l’autre son désespoir, de se montrer fragilisée, à terre », confie Louise, encore émue de ces années ayant précédé l’arrivée de Jeanne dans leur vie. Quand on lui demande ce qu’il faut faire pour éviter la panique conjugale, la jeune femme répond : « Pour tenir, il faut prendre soin de son couple comme on bichonne un nouveau-né ! L’espérance d’enfants m’a permis de reconsidérer mon couple, mon mariage. J’ai appris à recevoir mon mari comme un vrai cadeau de Dieu. A défaut de m’extasier sur mes bébés, je m’extasiais sur lui ! ».

Lucie recommande également de « prier le Saint-Esprit, qui fait l’unité dans le peuple de Dieu » pour pouvoir vivre cette épreuve unis, à deux. « Mon mari est la personne qui m’écoute et me console le mieux. Quand c’est à son tour de flancher, c’est moi qui prends le relais à ses côtés. »

Déposer ses larmes au Seigneur

« Seigneur, donne-nous la joie de devenir parents » : telle est la demande, si simple mais si puissante aussi, de Lucie et de son époux, chaque soir, lors de leur prière commune. Imploration qu’ils accompagnent régulièrement d’une neuvaine à Louis et Zélie Martin.

Marie invoque sainte Anne, sainte Colette et sainte Opportune et n’hésite pas à réciter leurs prières pour demander un enfant au Seigneur. Monique et son époux, eux, ont toujours confié leur foyer à la sainte Vierge Marie. La prière les a beaucoup aidés à tenir dans cette épreuve et à accepter que « le Seigneur gère notre vie et nous met parfois sur des chemins différents que ceux que nous avions choisis nous-mêmes… ».

La prière, quand elle se répète d’années en années, peut quelquefois mener au désespoir, au découragement. Cette tristesse peut être confiée au Seigneur, déposée devant Lui, pour recevoir le baume consolateur de son souffle d’amour : « J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup pleuré devant le Seigneur », explique Louise. « Je savais que le Seigneur nous voyait, qu’il était avec nous dans cette épreuve. Je savais qu’il me comprenait, et que ma peine était légitime ! La parole de Jésus sur la croix “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” résonnait particulièrement dans mon cœur. »

Elle poursuit : « L’adoration, l’Eucharistie ouvraient grands mes canaux lacrymaux et je pleurais systématiquement, à chaque fois que je recevais le corps du Christ. J’avais l’impression que Jésus venait au plus près de ma plaie, dans mon cœur de maman en espérance. Qu’il se nichait dans cet espace béant, douloureux, qu’il remplissait ce que je pensais être un tombeau : mon ventre. Je recevais Jésus dont je savais qu’il voulait notre consolation, comme s’il me disait : “Moi je suis là. Avec toi. Avec vous deux. Tu peux pleurer. Je pleure avec vous.” »

La prière de l’entourage a son importance et est un soutien primordial. Lucie sait que ses proches prient pour son ménage : « Nous savons que beaucoup de personnes prient pour nous. Nous nous rendons compte que le premier fruit de ces prières, c’est que nous vivons notre épreuve dans la fidélité et la paix. Au quotidien, notre vie est simple et joyeuse, et cela, c’est un pur don de Dieu. »

Se préserver pour ne pas sombrer dans le désespoir

Marie vit cette épreuve comme suspendue sur le fil de sa foi. Elle ne chute pas, prie régulièrement mais admet que le désespoir n’est jamais très loin. « Le découragement, le désespoir sont pour moi de vrais dangers qui m’éloignent de la foi. Je me dis que je prie saint Joseph tous les jours depuis plus d’un an et que rien ne se passe… La tentation d’arrêter de le prier et d’en vouloir à saint Joseph arrive vite… ».

Chaque messe est également très éprouvante pour la jeune femme, qui pleure presque à chaque fois, entourée de toutes ces familles avec beaucoup d’enfants. Cela est « très dur et fatigant émotionnellement ! », confesse-t-elle. Les enfants sont partout : à la messe mais aussi dans les médias, les discussions sociales…et même dans les paroisses. Nous leur donnons souvent le premier rôle, nous faisons d’eux des piliers de la famille… en oubliant quelquefois que ce don de Dieu n’est pas reçu par tous.

Marie recommande vivement aux paroisses de faire attention à n’exclure personne : « L’Église et les paroisses organisent beaucoup de choses pour les fiancés, couples, enfants, parents mais si peu pour les célibataires et les couples sans enfant… J’entends encore notre curé de paroisse il y a quelques mois dire “apéritif organisé pour les parents d’enfants de zéro à deux ans”… j’en ai beaucoup pleuré : cela m’a renvoyé à notre attente, à ce vide qu’on ressent… ». Monique a vécu ce même sentiment d’exclusion, pendant des années. Trouvant le sujet encore tabou elle aimerait, elle aussi, « que les paroisses accueillent encore davantage les jeunes couples infertiles et surtout que l’on en parle dans les réunions de préparation de mariage ! ».

Lucie nous avoue, elle aussi, que la douleur au moment de l’annonce de grossesse d’une amie chère ou d’un membre de la famille est « abyssale, incommunicable » et évoque ces épisodes des larmes dans la voix. Mais la jeune femme reste confiante et recommande d’avoir confiance en l’Église : « La voie qu’elle propose peut sembler exigeante, mais c’est un véritable chemin de bonheur. J’éprouve parfois de la colère, mais elle n’est pas dirigée contre le Seigneur : je sais que je peux Lui faire confiance et je suis intimement convaincue que s’Il n’exauce pas notre prière, c’est qu’Il a ses raisons et qu’Il nous comblera d’une autre manière.». Elle poursuit : « Il faut peut-être aussi prendre conscience de notre dimension prophétique. À une époque où la tentation est grande pour nos contemporains de ne pas mettre de bornes à leur désir d’enfant, nous témoignons du fait que la vie est un don et non un dû. »

Louise a décidé, face à cette colère et ce désespoir qui l’envahissaient, de se préserver : « Non, nous ne sommes pas obligés de répondre aux 150 faire-parts en liberty de l’année. Pas obligés non plus d’aller au baptême du 45e neveu. Pas obligé de passer Noël avec tous ces cousins jeunes parents qui attendent tous un bébé pour le printemps… J’ai appris à me/nous protéger. Nos proches qui nous aiment comprennent. »

Avancer, cheminer, même quand l’action paraît impuissante

Pour se préserver, certains couples décident de s’investir dans des projets à moyen et long terme, comme par exemple le bénévolat. Monique témoigne : « Nous nous sommes beaucoup investis dans notre paroisse (accueil, soutien scolaire). Puis, je me suis investie dans le service catholique des funérailles et Didier à l’aumônerie d’un hôpital. » Quand donner la vie à un enfant devient impossible, louer la vie de différentes manières, et donner de sa personne différemment, devient essentiel pour donner une direction, un sens profond à sa propre existence.

Des pèlerinages, des conférences ou encore des parcours annuels sont proposés par certaines paroisses et communautés. Louise a eu la chance de suivre le parcours proposé par la communauté de l’Emmanuel, « Amour et Vérité » : « Là aussi, très joli cadeau du Ciel. Écoute, compréhension, consolation, …et solutions ! C’est au sein de ce parcours que nous avons rencontré une personne membre de notre association d’adoption. C’est en partie grâce à elle que notre fille est parmi nous aujourd’hui. ». Un mouvement récent, Esperanza, vient d’être lancé également par un couple catholique infertile pour proposer « un moment d’amitié et de gratuité entre personnes qui vivent la même situation. »

Lucie, dans le même désir de « faire bouger les choses », a tiré la sonnette d’alarme pour alerter la Providence et être soutenue à la hauteur de ses besoins : « Une neuvaine à Louis et Zélie Martin, une rencontre avec un prêtre (soigneusement choisi pour ne pas entendre des approximations du type : « Faites selon votre désir et Dieu bénira votre décision »), le témoignage d’un couple ayant vécu notre situation et la lecture de l’ouvrage Quand l’enfant se fait attendre de Michel et Marie Mornet ont eu un effet radical : du jour au lendemain, nous nous sommes trouvés d’accord, non seulement pour ne pas aller plus loin dans ce que la PMA nous proposait, mais aussi pour arrêter ce que nous acceptions d’elle, car nous n’avions pas compris que cela était déjà contraire à l’éthique. Ce renoncement qui aurait pu nous désespérer, a suscité au contraire dans nos deux cœurs de la paix et de la joie, nous nous sommes sentis libérés et nous avons compris que notre souffrance provenait davantage du “traitement” proposé par la PMA que de l’infertilité elle-même. »

Pour les couples s’éloignant de la PMA, la naprotechnologie est une approche nouvelle qui commence à se faire connaître de plus en plus en France et qui mérite d’être davantage mise en lumière.

« Se serrer les coudes » dans cette attente douloureuse et incertaine

Savoir bien s’entourer est essentiel quand la vie nous tourmente. Les réseaux sociaux, et Internet plus généralement, proposent également des espaces de parole quelquefois plus accessibles car l’anonymat y est possible, l’épanchement également.

Marie trouve du réconfort auprès de personnes qui la comprennent ayant le même vécu, la même douleur, elle évacue en parlant : « Je me rends sur des groupes Facebook pour femmes en désir d’enfants, je vois une psychologue ainsi qu’une conseillère conjugale et familiale. Je fais également partie d’un groupe de parole pour couples en espérance d’enfants ».

Pour évacuer la tension suscitée par « les questions débiles des médecins » et les « phrases absurdes des vieilles tantes », Louise abonde en ce sens : il faut se serrer les coudes avec des couples dans la même épreuve ! « Ces amis précieux sont des phares dans la tempête. La première amie que j’ai rencontré qui vivait cette espérance d’enfant m’a sauvée. Elle m’a redonné envie d’y croire, d’être une femme, une épouse, une sœur, une amie, debout. Même sans enfant. »

L’amitié est une aide précieuse. Elle naît parfois là où on ne l’attend pas forcément : « Personnellement, pendant notre attente, j’ai beaucoup appris de nos amis célibataires, dont je me suis rapprochée », explique Louise. « Nous parlions un langage commun, nous partagions une attente longue, douloureuse et incertaine. J’ai ouvert les yeux sur ce célibat non choisi qui meurtrit encore bon nombre de personnes. J’ai appris à prier pour eux, à compatir avec eux. »

Dans une société ou l’enfant paraît trop souvent être un dû, un être « fait » et non plus « reçu, confié », rappelons-nous l’immense mystère et la beauté de ce don. Et si nous prenions tous dans nos prières, dans les jours à venir, ces milliers de couples qui sont dans l’espoir d’un enfant, dans une douleur souvent aiguë et mal comprise ?

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