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Le courage du résistant et l’insoumis du ressenti

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FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Jean-Luc Mélenchon.

Jeanne Larghero - publié le 26/04/24

Face au courage qui risque sa vie ou ses conditions d’existence, l’insoumission en toc ne s’invente de l’oppression que pour s’assurer un statut. La philosophe Jeanne Larghero dénonce les insoumis du ressenti qui refusent toute forme de contrainte.

C’était il y a cinquante ans. 1974, le monde découvre un récit poignant, une œuvre monumentale : l’Archipel du Goulag. Dans cette œuvre vous ne trouverez ni grandiloquence, ni indignation lyrique, ni attaques ad hominem, ni gesticulations rhétoriques : des faits, juste des faits. Glaçants, stupéfiants. Son auteur ? Alexandre Soljenitsyne, écrivain russe, l’homme qui fit reconnaître aux delà des frontières de la Russie la réalité de l’oppression du régime communiste soviétique. 

L’enfer des goulags

En 1945, à l’âge de 28 ans, ce brillant universitaire, soldat de l’Armée Rouge, évoque dans une lettre à un ami ses doutes sur la politique de Staline. La lettre est interceptée et lui vaut une arrestation et une condamnation à huit ans de Goulag. Son ami subit le même sort, en application de l’article 58 du code pénal en vigueur : “participation à une organisation contre-révolutionnaire” ! Les huit ans de Goulag sont suivis de six ans de “relégation”, un exil loin de chez lui sous liberté surveillée. De ces années de détention naissent un roman, Une journée d’Ivan Denissovitch, dans lequel Soljenitsyne décrit le quotidien d’un détenu au Goulag. La parution du roman déclenche une avalanche de lettres, arrivant par milliers chez l’éditeur : enfin quelqu’un a parlé, enfin nous aussi pouvons sortir du silence, de la honte, de la peur.

Face au courage qui risque sa vie ou ses conditions d’existence, l’insoumission en toc ne s’invente de l’oppression que pour s’assurer un statut.

De toute la Russie les témoignages affluent, relatant les arrestations, dénonciations, tortures, disparitions, déportations, exécutions et enfer de ces goulags, dispersés en archipel dans toute la Russie soviétique. C’est ainsi que le dissident Soljenitsyne rassemble toutes ces vies en une œuvre immense. Celle-ci est écrite dans la clandestinité, cachée par une assistante qui le paiera de sa vie, passée sous le manteau par la valise diplomatique, grâce au courage d’une femme membre de la communauté Saint-François-Xavier fondée par Madeleine Daniélou. La vérité est faite, le régime se fissure, les victimes tombées dans les fossés sibériens ont désormais une sépulture. 

Le courage de la résistance

Voilà ce qu’on appelle le courage de la résistance. Voilà ce qu’est une insoumission digne de ce nom, un véritable combat pour la vérité et la liberté. Voilà pourquoi entendre le capitaine d’opérette d’une armée d’insoumis de pacotille comparer le doyen de la faculté de Lille au nazi Eichman, en ayant le culot d’instrumentaliser la réflexion d’Hannah Arendt sur la banalité du mal, tout simplement parce qu’il a été désinvité d’une conférence, ne donne même plus envie de rire à grand monde. Rappelons qu’Hannah Arendt a dû fuir l’Allemagne en 1933 pour trouver finalement refuge aux États-Unis, et non à Cuba ou au Venezuela. Rappelons qu’elle s’y trouvera dans un dénuement extrême. Et rappelons également que son œuvre a visé à définir et dénoncer toute forme de totalitarisme qu’il s’agisse du nazisme ou du stalinisme, et on pourrait en nommer d’autres. 

L’insoumis du ressenti

Face au courage qui risque sa vie ou ses conditions d’existence, l’insoumission en toc ne s’invente de l’oppression que pour s’assurer un statut. L’insoumis de circonstance n’existe politiquement que parce qu’il peut désigner des structures dites oppressives, liberticides, face auxquelles il prétend entrer en résistance. Tant que cette oppression est ressentie et peut être dénoncée comme telle, l’insoumis a trouvé sa raison d’être. Il a donc tout intérêt à ce que soient perpétuellement évoqués en ritournelle le poids du patriarcat, de l’ordre moral, du capitalisme, du fascisme, du sexisme hétéronormé et autres épouvantails du même tonneau, quitte à ce qu’ils finissent par être fantasmés, peu importe. Il a besoin pour vivre de démons à dévorer. On se fiche de savoir si l’oppression est réelle, il suffit de la ressentir, preuve ultime qu’elle n’est pas fictive. Voilà comment on fabrique des résistants en canapé, enfants gâtés se cherchant des jouets à casser. Cette forme d’insoumission relève tout simplement du refus de la contrainte, quitte à pratiquer l’abus de pouvoir pour arriver à ses fins : les “dissidents” internes au sein des Insoumis, ironie du sort, peuvent en témoigner.

Moralité, quand on ne croit pas en Dieu, on a vite fait de se prendre pour lui, quand on ne croit pas au diable, on finit par le voir partout, sauf là où il se trouve, les survivants du goulag en savent quelque chose.

Tags:
couragePolitiqueresistanceSociété
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