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Cardinal De Paolis: le chapitre général des Légionnaires du Christ, une étape positive dans la vie de l’Eglise

Radio Vatican - Publié le 14/01/14

Le directeur de Radio Vatican, le père Federico Lombardi, interroge le Délégué pontifical mandaté par Benoît XVI pour régler l’affaire des Légionnaires du Christ

14/01/2014

Depuis le 8 janvier dernier et jusqu’à la fin du mois de février, les Légionnaires du Christ, sont en chapitre général extraordinaire sous la présidence du délégué pontifical, le cardinal Velasio De Paolis, chargé par Benoît XVI de diriger la Congrégation et de l’accompagner dans son chemin de révision. (Aleteia)

 A cette occasion,le père Federico Lombardi a interrogé le cardinal De Paolis :


R. – Je tiens d'abord à préciser que ce chemin n'est pas le début de l'affaire de la Légion et de Regnum Christi, mais qu’il en est une étape. La première étape est l'histoire du fondateur ; la deuxième, la visite des cinq évêques mandatés par le Saint-Père pour se rendre compte de cette réalité, et la troisième étape, justement la nomination du délégué pontifical.

Il est important de le souligner. Pourquoi ? Parce que  la visite apostolique des cinq visiteurs apostoliques a conduit à une réflexion, une évaluation et donc aussi  à une pondération pour l’avenir.

Quand le Saint-Père a nommé le délégué pontifical, il avait déjà émis, dans le journal officiel du Vatican, un jugement sévère sur l’œuvre du fondateur de la Légion, mais pas au point d’en détruire la réalité même : si le pape nomme un délégué, il nie implicitement tout jugement substantiellement négatif qui serait porté sur la Légion. Lui-même, au début de la bulle de nomination, reconnaît: « Il y a un grand nombre de prêtres zélés et engagés sur le chemin de sainteté ».

C’est justement parce que il y avait ce principe de confiance, que cette étape – qui a commencé avec la nomination du Délégué Pontifical – était donc plutôt une nomination positive, en ce sens qu’elle entendait re-parcourir le chemin au côtés des Légionnaires pour les conduire, à travers une période de réflexion, de renouveau – notamment pénitentiel – à revoir leur charisme, à réécrire leurs Constitutions, avant de retrouver une situation positive au sein de l’Église. Il est nécessaire de le dire car, d’une certaine manière, l’enquête sur le fondateur était considérée comme close ; on considérait aussi que les visites apostoliques dans les différents lieux étaient terminées. Il fallait désormais travailler en interne au sein de l’Institut, pour faire réfléchir les personnes et les aider à surmonter les difficultés. Voilà en quoi a consisté notre mission.

Le Pape dit que la tâche principale, entre autres, est la révision des Constitutions. Leurs Constitutions n’avaient pas été rédigées selon les critères de l’après-Concile, mais obéissaient encore aux critères traditionnels : un texte très long, lourd, confus même, où l’on ne distinguait pas les normes constitutionnelles des autres. S’y reflétait une mentalité qui -au niveau de la discipline – ne distinguait pas, dans les règles extérieures de vie, la gradualité des lois, l’importance des lois. On ne distinguait donc pas la substance de la discipline  d’autres normes qui sont utiles, nécessaires même, sans être caractéristiques. Un océan de règles, dans laquelle le charisme était noyé ou, tout au moins, diffus; il était donc difficile de le discerner. Voilà la tâche principale.

P. Lombardi – Et comment avez-vous procédé avec vos collaborateurs pour affronter la situation?

R. – Pour commencer, nous avons rappelé aux Légionnaires ce que les visiteurs apostoliques avaient dit, car c’est de là que nous devions partir. En effet, au cours de diverses conférences, nous avons présenté les observations des visiteurs à tous ceux qui se trouvaient alors à Rome, environ 400 à 500 séminaristes et prêtres. Les conférences étaient enregistrées, puis envoyées à toute la Légion et aussi à Regnum Christi, qui est plus vaste que la Légion.

Au début, il y avait pour ainsi dire deux groupes. L’un  assurait qu’il y avait une pollution au sein du gouvernement de l’Institut, et donc que, d’une certaine, façon,  on ne pouvait rien espérer de nouveau. Un autre groupe, au contraire, n’arrivait pas à saisir la nouveauté : pour eux, quasiment tout était positif, ils pensaient même que leur caractéristique, qui les avait empêché de tomber dans les défauts des autres Instituts religieux, était justement d’être une réalité étroitement unie. Mais, en fait, ils étaient tombés dans un piège beaucoup plus dangereux, celui du fondateur lui-même !

Chemin faisant, nous avons rencontré des problèmes liés aux conséquences du  comportement du fondateur vis-à-vis des victimes. Nous avons rencontré des problèmes d’ordre économique, car les Légionnaires n’étaient pas aussi riches qu’on le pensait : la situation économique s’était aggravée, au niveau mondial, à cause de la crise financière et, pour eux, au niveau de l’institution, la perte de réputation ayant fait baisser le nombre d’élèves de leurs écoles, et donc les rentrées financières.

Mais il y avait aussi et surtout le problème des constitutions, lequel a exigé le plus de travail. La question principale était de les réviser, surtout quelques points cruciaux. Lesquels? La distinction claire, plus claire et précise, entre le for interne et le for externe, le for sacramentel et le for, disons, « disciplinaire » ou extérieur. Il fallait, en particulier, réaffirmer une autorité qui ne soit pas arbitraire, mais qui doit s’exercer au sein du Conseil : ils avaient une certaine constitution d’autorité très diffuse et fractionnée, comportant de nombreux éléments d’incertitude. Bref, nous avons ramené tout le problème à la mise en pratique des constitutions selon les indications du Concile, de l’après-Concile et particulièrement, du Code de Droit Canonique. C’est précisément autour de ce sujet que le gros du travail a été fait.

Il a fallu s’atteler à la tâche, très importante, du renouvellement des supérieurs : au début nous les avons laissés en place. Il le fallait : en effet, comment nous qui arrivions, pouvions-nous agir et gouverner sans connaître la réalité. Il nous a semblé plus utile et plus efficace de maintenir les supérieurs, mais sous le contrôle de notre présence: nous avons donc fait en sorte d’être toujours présents à leurs conseils généraux. Ils pouvaient disposer de leur gouvernement, mais ne pouvaient rien décider hors de notre présence.

Il y a donc eu cette osmose de dialogue constant : une fois par semaine, au moins, nous avions les rencontres des deux conseils ; j’avais, moi, mon conseil et ils avaient leur conseil. Nous avons donc mis en route ce dialogue, où nous avons traité tous les grands problèmes: les problèmes du fondateur; les problèmes de la formation ; les problèmes de Regnum Christi ; et aussi les problèmes disciplinaires, car même s’ils n’étaient pas très nombreux, il y avait aussi des cas de prêtres qui s’étaient rendus coupables d’un délit dans l’Église, et aussi dans la Légion ; tout comme, du reste, il y en a dans les autres Instituts. Voici donc le cadre général dans lequel nous avons opéré.

P.Lombardi – A présent, je crois, le Chapitre a principalement deux tâches : élire un nouveau gouvernement  et approuver les nouvelles constitutions. Mais si le travail des constitutions est déjà fait, en quoi le chapitre doit-il encore intervenir pour ces dernières?  

R. – Nous avons distingué dans ce Chapitre trois grandes étapes. La première consiste en une vérification du chemin parcouru : un examen de conscience – nous l’avons appelé comme cela – face aux accusations qui ont été présentées, comment nous les avons vérifiées, et quel engagement nous devions prendre pour surmonter ces difficultés. On a aussi reconnu une démarche de pénitence qui devrait porter à reconnaître, voire publiquement, ces responsabilités ; une démarche de chacun pour savoir assumer également la souffrance qui résulte de cette situation, comme expiation pour renouveler la Légion et ensuite retrouver sa juste place au sein de l’Église.

Le deuxième moment devrait être la nomination des nouveaux supérieurs qui devront ensuite gouverner. Le troisième moment, la révision des constitutions, qui devrait être simple, justement parce que nous y avons travaillé durant ces trois années et demi. Toute la congrégation a été consultée et nous avons présenté aux capitulants un texte des constitutions, avec le support des sources et du chemin parcouru. Il faut espérer que, maintenant, cela ne prenne pas trop de temps,  même si le chemin – en connaissant les situations – pourrait aussi présenter des obstacles, car tous ont un peu envie de faire d’autres propositions. Mais il est vrai aussi que le texte qui sortira du chapitre ne sera pas le texte définitif, car il devra ensuite être soumis au Saint-Père le pape François pour la révision et, ensuite, pour une éventuelle approbation définitive.

P.Lombardi. – Un point qui est très important dans cette affaire est le rapport entre le fondateur et le charisme de la congrégation. En général, dans les instituts religieux, le charisme est étroitement lié à l’expérience et à la personne du fondateur : dans ce cas, néanmoins, il fallait les dissocier radicalement. Pensez-vous qu’on ait réussi à identifier un charisme autonome, qui soit distinct de la personne du fondateur ?
R. – Ce sujet nous concernait seulement en partie car, implicitement, il avait déjà été jugé par les conclusions des visiteurs et par les actes posés par la suite. Si l’on avait constaté une inséparabilité entre le fondateur et l’Institut, le discours aurait été clos; mais en prévoyant que la Congrégation poursuivrait le chemin avec le charisme, on admettait implicitement qu’elle avait probablement déjà un charisme valable.

Il est également vrai, cependant, que le Saint-Père, dans la Bulle de nomination, parle de revoir le charisme en profondeur, ce que nous avons essayé de faire. Nous avons inséré ce charisme au sein d’une réalité plus grande qui existait autour du fondateur, celle de Regnum Christi. On a identifié un charisme de Regnum Christi, vécu de manière diversifiée, selon les vocations, par des laïcs, des laïcs consacrés et des religieux prêtres. Et il nous semble que l’identification de ce charisme est assez précise. Sauf que,  plus que de « charisme », un terme un peu problématique, nous avons préféré (surtout moi) suivre le Code de Droit canonique et parler de « patrimoine », du « patrimoine de l’Institut », autrement dit des éléments institutionnels. En effet, si nous nous arrêtons au charisme comme moment source et spirituel, nous nous trouvons en difficulté.

Mais si nous pensons aux aspects institutionnels et, donc, à un charisme remis à l’Église et approuvé par l’Église, on peut l’identifier: ce sont les prêtres religieux, les laïcs, les laïcs consacrés, qui veulent vivre le Mystère de Jésus qui annonce le Royaume, avec la spiritualité typique de la royauté du Christ : la royauté du Christ non pas sous l’aspect triomphant, mais sous l’aspect de Jésus qui triomphe par la Croix. Et ensuite avec la piété eucharistique très accentuée et la piété mariale. Enfin avec l’apostolat, autrement dit l’annonce du Règne du Christ, particulièrement par la création des universités et des études supérieures. En pensant à tout cela, il nous a semblé que la physionomie, la spiritualité de cet Institut est assez claire et précise.

Père Lombardi. – Dans tout ce chemin, estimez-vous que le corps de la Légion et du Mouvement Regnum Christi, dans ses aspects essentiels, a réagi positivement, avec disponibilité, à ce chemin de renouveau, au point de pouvoir vraiment avoir confiance, maintenant, ou bien sommes-nous encore un peu en chemin ?  …

R. – Je voudrais dire avant tout que notre travail a porté surtout sur les supérieurs car c’était le sujet principal, sujet qui avait suscité toute la discussion sur la Légion elle-même, axée sur son fondateur, qui était supérieur et supérieur absolu ! Qu’il suffise de penser- ils l’affirment-  qu’il faisait et défaisait, et qu’il n’utilisait même pas le Conseil ! Le problème était donc justement de les éduquer à une forme de gouvernement, où les supérieurs sont transparents, observent le système de l’Église et respectent les règles.

Dans cette perspective, ne pouvant pas en si peu de temps être présents dans toutes les provinces de la Légion, et avec toutes les questions dont nous devions nous occuper, nous avons choisi de coopérer avec les supérieurs, ou mieux de chercher à ce que les supérieurs coopèrent avec nous en vue du renouveau, particulièrement sur l’exercice de l’autorité. Convaincus que, une fois la Légion dotée de supérieurs aptes, la route serait ouverte et pourrait donc se poursuivre. Je crois pouvoir dire que cela a été fait. On a pu ainsi dépasser des tensions internes, qui se sont présentées également: certes, elles n’ont pas complètement disparu, mais pour la plupart se sont retrouvées compactes. Le Chapitre commence, me semble-t-il, sous de bons auspices : il y aura encore, bien sûr, des tendances vers l’ouverture et la fermeture, mais la tendance fondamentale est une acceptation du schéma des Constitutions qui a été présenté. La caractéristique à mettre en exergue est l’obéissance absolue à l’Église.

Je me souviens avoir écrit dans une lettre, dès le début, qu’en conservant cette fidélité et obéissance à l’Église, le chemin ne pourrait être que positif. Et il me semble qu’effectivement, cette obéissance à l’Église a été présente : je ne les ai jamais entendu grommeler contre l’autorité de l’Église, contre nous qui avions été mis à cette place. Bien sûr, quelques-uns, mais c’est normal……Sous cet aspect, nous pouvons espérer qu’effectivement, ces Constitutions seront adaptées à leur objectif, les accompagneront dans le renouveau, porteront un bon fruit. Une fois émises par le Chapitre Général,  elles devront ensuite être approuvées par le Saint-Siège

P Lombardi – Ce Chapitre aborde-t-il seulement les problèmes du renouveau de la Légion, ou bien également ceux de Regnum Christi, une très grande réalité, plus large?

R. – Je pense que notre chemin, sous cet aspect, a été un chemin nouveau car, auparavant, Regnum Christi était plutôt une sorte de complément de la Légion : mais on a pris davantage conscience que chaque groupe a sa propre autonomie, son identité et même sa discipline, tout en formant ensemble, nous dirons aujourd’hui un “mouvement”. Même si le terme “mouvement” est difficile à définir, puisqu’il s’agit d’un ensemble de personnes qui veulent s’engager, au sein de l’Église, dans Regnum Christi, selon leur propre vocation. Une grande unité, donc, entre des laïcs, des laïcs consacrés et des religieux prêtres engagés dans une coopération étroite : ce sont des choses qu’il reste à définir ultérieurement. Mais il importe de souligner aussi que, d’une certaine manière, ce qui a secoué la Légion avec les scandales, n’a pas touché ce grand mouvement de Regnum Christi. Par conséquent, il y a une grande partie, une grande réalité ecclésiale qui demeure intacte et qui sert l’Église particulièrement dans le domaine de la culture religieuse, des universités catholiques et pontificales et qui est prometteuse.

P. Lombardi – Une dernière question. Cette affaire a été déclenchée par un mandat du Pape Benoît XVI. Aujourd’hui, il y a eu, entre temps,  un changement de pontificat et nous avons maintenant le Pape François. Le Pape François  a une totale connaissance de cette affaire : vous sentez-vous accompagnés par lui, est-il bien informé sur ce qui se passe ?

R. – Au cours de ces trois années et demie, je me suis adressé plusieurs fois au Saint-Père Benoît XVI et lui ai fait des rapports ponctuels. Mais concernant le dernier rapport, nous avons été pris par surprise car, après la remise du rapport, le Pape a renoncé à sa charge.  Lorsque le nouveau Pape a été nommé, j’ai senti qu’il était de mon devoir de lui présenter ce rapport ; il m’a immédiatement appelé et, après quelques jours, m’a écrit une lettre, dans laquelle il me confirmait dans mon travail, approuvait le programme que je lui avais présenté  – précisément le programme des dates du Chapitre Général – et me demandait de le tenir informé du chemin de préparation du Chapitre. Le Pape s’est montré très attentif, très proche et il veut justement suivre le chemin que nous parcourons car – ce sont ses mots – « il sent la grand responsabilité, comme Successeur de Pierre, d’accompagner la vie religieuse et consacrée »

P.Lombardi – Avec le Chapitre, il est prévu que soit élu un nouveau gouvernement de l’Institut. Peut-on déjà prévoir que, si tout se passe comme souhaité, s’achèvera le mandat du Délégué, ou bien celui-ci, éventuellement, devra-t-il accompagner ensuite le chemin?

R. – Le mandat du Délégué, donné à l’époque par Benoît XVI, n’incluait pas un délai précis, mais le terme était lié à la tenue du Chapitre extraordinaire. Après le Chapitre extraordinaire, le mandat arrive à son terme.

Entretien traduit par Elisabeth de Lavigne

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