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Chez Marthe et Marie, une auberge de Genèse

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Godong

Abbaye-aux-Dames, Caen. Peinture représentant Marthe et Marie par Rethou (XVIIIe siècle).

Martin Charcosset - publié le 16/07/22

Le père Martin Charcosset, curé de la paroisse d’Écully, commente les lectures du 16e dimanche du temps ordinaire et l’évangile de Marthe et Marie (Gn 18, 1-10 ; Lc 10, 38-42). L’hospitalité dans la demeure de Dieu est inconditionnelle : elle réconcilie autour de l’unique nécessaire.

« Et qui est mon prochain ? » Cette question était au centre de l’évangile de dimanche dernier. C’est pour y répondre que Jésus racontait au Docteur de la Loi la parabole du Bon Samaritain. Ce dernier, en voyage, croisait la route d’un homme attaqué par des brigands et laissé au bord du chemin, à moitié mort ; pris de compassion et plein d’audace, il faisait tout ce qu’il pouvait pour lui sauver la vie. Enfin, parvenu à une auberge, il confiait le blessé au patron, en le chargeant de mener à bien sa guérison et sa convalescence, quel qu’en soit le coût. Lieu de paix et de repos, lieu de soins et de restauration, cette auberge fictive prenait le relais de la charité du Bon Samaritain.

La loi de l’hospitalité inconditionnelle 

Les disciples ont encore cette parabole en tête quand ils arrivent avec Jésus à Béthanie, aux portes de Jérusalem. Et là, ils voient l’auberge imaginaire devenir réalité : dans la demeure où ils sont reçus, Marthe, la maîtresse de maison, déploie toute son énergie pour recevoir Jésus et les siens comme des rois. L’aubergiste de la parabole se faisait payer une somme rondelette ; Marthe, elle, fait tout cela gratis. L’évangile selon saint Jean nous l’apprend : la fratrie qui habite là — Marthe, sa sœur Marie et Lazare leur frère — est du cercle des plus proches amis de Jésus, et, dans cette maison tellement hospitalière, il se sent comme chez lui.

Pourtant, la question de dimanche dernier, « Et qui est mon prochain ? », continue d’habiter les textes de ce dimanche. Elle permet de regarder de près et de comparer la première lecture et l’évangile. Dans le livre de la Genèse (18, 1-10), Abraham au milieu du désert fonde la loi de l’hospitalité inconditionnelle : il se montre le prochain de ces trois visiteurs étrangers et inconnus, qui à l’improviste arrivent chez lui. Leur visite sera une bénédiction pour Abraham et sa femme Sara, à qui une descendance sera offerte : devenir parents à cent ans, c’est une récompense inespérée, une drôle de cure de jouvence ! Dans l’évangile, l’hospitalité généreuse, débordante, hyperactive de Marthe, la parfaite hôtesse, a aussi sa part d’ombre (Lc 10, 38-42). Elle vient se plaindre de l’oisiveté de sa sœur Marie à Jésus, devant elle, sans lui adresser la parole ; signe sans doute qu’un vieux contentieux existe entre les deux sœurs qui, sans s’être choisies, partagent le même toit, l’une en propriétaire, l’autre en éternelle locataire. Il est parfois plus facile d’aimer l’étranger qui passe que sa propre fratrie, qui, elle, ne passe pas. Si proches physiquement, Marthe et Marie ont du mal à être la prochaine l’une de l’autre.

Vers l’unique nécessaire

Que faire, alors ? Faut-il prendre le parti de Marthe, ou le côté de Marie ? Faut-il voter pour soutenir la ménagère modèle, celle qui fait tout, ou au contraire apporter ses suffrages à Marie, la priante, la disciple attentive ? Prendre parti, ce serait tomber dans le ressentiment de Marthe, qui veut que son hôte la soutienne contre Marie. Et Jésus est trop fin pour cela. Ce n’est pas pour la division des sœurs qu’il est venu, mais pour leurs retrouvailles. Et lorsqu’il indique que Marie a choisi la bonne part que nul ne peut lui enlever, il ne cherche pas à humilier Marthe, mais à la rapprocher de sa sœur en attirant celle-ci vers l’unique nécessaire.

C’est peut-être cette rencontre avec Marthe et Marie qui inspirera Jésus, quelque temps plus tard, à composer la parabole du Fils prodigue, dans laquelle le Père use de toute sa force de persuasion pour faire se rejoindre les frères séparés. Ce n’est pour rien que le grand écrivain italien Dante Alighieri a pu dire de saint Luc qu’il était « le chantre de la miséricorde de Dieu », l’évangéliste qui a le plus insisté sur le soin du Christ à réconcilier les hommes divisés, pas seulement de manière universelle et idéaliste, mais, très concrètement, par la conversion de chacun vers son prochain, où qu’il soit : « Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches » (Ep 2, 17).

Une demeure de réconciliation

Saint Luc, comme souvent, termine cette petite histoire en laissant la conclusion ouverte. On ne sait pas si le frère aîné du fils prodigue a finalement réussi à lui pardonner ; on ne sait pas non plus, dans cet évangile quelle a été la réaction de Marie devant les propos amers de Marthe, ni la manière dont cette dernière a accueilli la réponse de Jésus. Est-elle retournée en maugréant vers les tâches du service ? S’est-elle jointe à sa sœur, aux pieds du Christ ? Combien lui a-t-il fallu de temps pour passer de la révolte à la paix ? Lorsque Dieu secoue son prochain, c’est toujours avec amour, et en offrant le temps nécessaire pour que s’opère la transformation annoncée : neuf mois, le temps d’une grossesse, pour Abraham et Sara ; et, pour Marthe et Marie, un temps qui reste leur secret. Dans la maison de Marthe, Jésus reproduit donc la visite des trois anges : en reconnaissance de l’hospitalité reçue, il offre un appel à la proximité retrouvée, et, déjà, à la résurrection. Marthe et Marie n’en attendaient pas tant : voici leur maison devenue une parabole de la réconciliation, une demeure de vie nouvelle, une véritable auberge de Genèse.

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