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Pourquoi le célibat et le mariage sont les deux facettes d’une seule vocation

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Père Paul Habsburg - Publié le 23/08/20

Au milieu des épreuves de la vie conjugale, Dieu est présent auprès des personnes en détresse sous des formes différentes. Parfois par un ami, un frère ou une personne consacrée. En tant que prêtre, j’ai eu la joie d’être l’un des multiples visages de Jésus qui voulait rejoindre le chemin de détresse d’un couple d’amis. J’ai alors appris à quel point la vocation du couple et celle du prêtre sont vraiment les deux facettes d’une seule vocation.

« Finalement, j’ai été rattrapé par la patrouille ». C’est ainsi que Godefroy décrivait sa situation avec son épouse Sophie… Ils étaient mariés depuis un peu plus de 30 ans. La chance avait été de leur côté pendant tout ce temps. Ils formaient un couple heureux, leurs quatre enfants étaient en pleine forme, Godefroy avait une belle carrière professionnelle. Les soucis semblaient ne pas avoir de prise sur eux. Jusqu’au jour où la nouvelle brutale est tombée : Sophie est atteinte d’un cancer malin. En un instant, leur vie a basculé. Pourtant, malgré toutes les difficultés qui ont suivi, et avec le recul des années qui ont passé, j’ai compris que cette souffrance avait été le début d’un cheminement vers une incroyable plénitude de vie, telle que Godefroy et Sophie ne l’avaient pas connue auparavant, comme beaucoup de leurs amis, moi y compris. Ainsi, Dieu a révélé un aspect important de la complémentarité entre la vie matrimoniale et la vie célibataire.

Je remarque souvent cette chose un peu étrange : il y a des personnes qui me disent qu’elles vont bien, Dieu merci, au moins pour le moment, et qui touchent du bois… C’est un peu comme si elles avaient peur de se réjouir parce qu’un mal pourrait leur arriver. Toucher du bois, franchement, à quoi ça sert ? C’est comme ceux qui ont peur qu’un jour, le ciel puisse leur tomber sur la tête. Derrière cette peur se cache souvent la fausse image d’un Dieu à la mesure de l’homme. Celui qui, après un temps de bénédiction, enverrait des souffrances ou des épreuves par justice.


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À mon avis, ce n’est pas Dieu qui envoie les épreuves, parce qu’il n’est pas à la mesure des hommes. Bien au contraire : Dieu nous a créés à sa mesure et à son image. Les épreuves font partie d’un monde que Dieu nous avait confié… et dont nous n’avons pas pris soin de la meilleure façon. C’est comme un jardin qu’on entretient mal : les mauvaises herbes l’envahissent. Il ne s’agit pas d’une punition d’en haut, mais de la conséquence d’une omission à notre niveau. Non, Dieu n’envoie pas les épreuves… mais lorsqu’elles surviennent et que l’homme souffrant Lui ouvre la porte, Il vient les remplir de sa présence. Il les éclaire de sa lumière et de sa douceur.

Au milieu des épreuves de la vie, Jésus s’approche des personnes en détresse sous des formes assez différentes. Parfois par un ami, un frère ou un voisin. Parfois par un médecin ou une personne consacrée.

Dans son dernier chapitre, l’évangile de saint Luc nous raconte l’épisode des pèlerins d’Emmaüs (Lc 24,13-35). Deux disciples de Jésus témoignent de l’échec apparent du maître de Nazareth. Ils sont eux aussi, finalement rattrapés par la patrouille. Découragés, ils abandonnent le terrain. En vain, ils avaient follement espéré, avant de constater que tout était perdu. Au milieu de leur déception, Jésus les rejoint sur la route, mais la tristesse les empêche de le reconnaître. S’Il ne résout pas leur problème, sa seule présence et l’écoute de l’écriture leur réchauffe pourtant le cœur. Un peu plus tard, autour d’une table, il bénit le pain, le rompt et le leur offre. Ils le reconnaissent enfin. Alors, leur joie ne connait plus de mesure. Ils retournent immédiatement à Jérusalem pour témoigner de ce qu’ils ont vu. En un instant, une situation de détresse a donné lieu à une nouvelle plénitude de vie jamais connue auparavant.




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Au milieu des épreuves de la vie, Jésus s’approche des personnes en détresse sous des formes assez différentes. Parfois par un ami, un frère ou un voisin. Parfois par un médecin ou une personne consacrée. Dans le cas de Godefroy et Sophie, j’avais la joie d’être l’un des multiples visages de Jésus qui voulait rejoindre leur chemin de détresse vers Emmaüs. La prière ensemble, à trois ou avec des amis, l’écoute de la parole de Dieu, l’adoration eucharistique ont eu pour eux ce même résultat : leurs cœurs ont commencé à brûler. Ils ont reconnu la présence invisible de Jésus.

Dans cette dynamique, nous avons appris à quel point la vocation du couple et celle du prêtre sont vraiment les deux facettes d’une seule vocation, celle de l’amour sponsal. Ainsi, Jean Paul II affirmait que son accompagnement auprès des couples lui avait appris à aimer l’amour humain :

Non seulement le mariage nous aide à comprendre la continence pour le Royaume des Cieux, mais aussi que la continence elle-même projette une lumière particulière sur le mariage… (Jean Paul II, Catéchèse du 31 mars 1982, n°5).

Pourquoi ? Pour expliciter la relation entre le Christ et l’Église, la théologie utilise l’image du Christ époux et de l’Église épouse. Le Christ se donne, l’Église l’accueille et se donne en retour à lui. Par le sacrement du mariage, l’homme et la femme deviennent une petite église (assemblée) qui est ainsi épouse du Christ. Elle est le lieu où le Christ époux se donne par la parole, les sacrements et la grâce. Quant au prêtre, son ordination sacerdotale l’identifie au Christ époux. Son rôle est donc celui de se donner et de nourrir l’Église épouse par la parole, les sacrements et la grâce. Dans ce sens l’Église, le peuple de Dieu, les chrétiens – des plus petits aux plus avancés en âge – sont l’épouse du prêtre. C’est pour cela que le prêtre vit le célibat : pour pouvoir se donner totalement à son épouse, l’Église.




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Dans le cas de Godefroy et Sophie, j’avais d’un coté le rôle d’époux qui se donne à l’épouse et qui, en conséquence, grandit dans son identification totale avec Jésus. De l’autre coté, ensemble avec eux, j’étais aussi un frère qui accueille et loue le Christ par la prière commune. Ainsi, j’étais avec Godefroy et Sophie l’épouse qui reçoit la grâce et la puissance de Jésus époux qui se donne à nous tous.

En tant que prêtre et célibataire, j’ai reçu à la fois une grande grâce et une leçon d’humilité. J’ai été le témoin de leur vie de couple, de la façon dont ils se sont donnés l’un à l’autre, de leur entrée dans une vie de prière de plus en plus profonde. J’ai vu ainsi que Jésus complétait ce qu’ils n’avaient pas. Godefroy faisait tout pour soulager la douleur de Sophie… et Sophie, par son intimité avec Jésus, remplissait la maison de paix, de joie et de ce goût mystérieux d’éternité. Grâce à chacun d’entre eux, je crois avoir perçu comment Dieu aimait l’autre et le faisait avancer vers sa plénitude.

Par leur amour humble et courageux, Godefroy et Sophie m’ont rappelé qu’on peut aimer maintenant, seulement maintenant et pas demain, pas en théorie ou selon un idéal, mais dans la pauvreté humaine de nos corps limités…

Grâce à leur exemple, j’ai beaucoup appris sur la simplicité de l’amour vécu dans les petits détails et les petits pardons, sur le don total de soi et sur la fidélité dans les moments difficiles. J’ai aussi mieux compris la valeur de mon célibat, qui me permettait d’avoir un cœur libre, totalement disponible, capable de rire et de pleurer avec eux. Un célibat qui n’est pas un renoncement à l’amour, mais qui puise directement à la source de l’Amour et qui devient ainsi capable de leur donner plus que ce que j’avais moi-même. Par leur amour humble et courageux, Godefroy et Sophie m’ont rappelé qu’on peut aimer maintenant, seulement maintenant et pas demain, pas en théorie ou selon un idéal, mais dans la pauvreté humaine de nos corps limités. Par ma vie consacrée, je leur ai appris l’espérance : j’étais pour eux le rappel que toutes les réponses ne se trouvent pas dans le temps, qu’il y a un ciel qui nous est ouvert, et que l’amour trouvera sa plénitude définitive dans un au-delà qui existe déjà. Avec eux, j’ai contemplé cet au-delà. Par la prière ensemble, nous avons accueilli l’éternité dans le temps.

En ce sens, le pape François considère qu’il est très important pour les prêtres d’accompagner la vie des couples (Pape François, Amoris Laetitia 162) :

Le célibat court le risque d’être une solitude confortable, qui donne la liberté de se mouvoir avec autonomie, pour changer de lieux, de tâches et de choix, pour disposer de son argent personnel, pour fréquenter des personnes variées selon l’attrait du moment. Dans ce cas, le témoignage des personnes mariées resplendit. Ceux qui ont été appelés à la virginité peuvent trouver dans certains couples un signe clair de la généreuse et inébranlable fidélité de Dieu à son Alliance, qui invite les cœurs à une disponibilité plus concrète et oblative. Car il y a des personnes mariées qui restent fidèles quand leur conjoint est devenu physiquement désagréable ou quand il ne répond plus à leurs besoins, bien que de nombreuses offres poussent à l’infidélité ou à l’abandon…

Sophie a comblé son pèlerinage d’amour sponsal sur la terre pour continuer à apprendre la plénitude de l’amour dans l’éternité. Grâce à son cheminement au côté de Godefroy, j’ai pu constater que la vocation sacerdotale et celle du couple sont deux versions d’une même vocation à devenir un don-de-soi, à rendre présent sur la terre l’amour du ciel. Et je crois tout autant qu’une vie sacerdotale bien vécue peut être une inspiration pour les couples à mieux se donner l’un à l’autre, à ne jamais arrêter de renouveler leur amour exclusif… Pour nous les prêtres, une vie conjugale vécue dans la fidélité est une douce lumière qui nous apprend à devenir plus disponibles, plus humbles, plus attentifs aux petits détails de l’amour. Soyons donc un don les uns pour les autres.


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