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L’histoire de la théologie de la libération à l’épreuve du monde

GUTIERREZ MERINO
©MASSIMILIANO MIGLIORATO-CPP
Le père Gustavo Gutiérrez, un des inspirateurs de la "théologie de la libération", en février 2014.
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Une grande ambition pastorale a habité les pionniers de la théologie de la libération, dans l’Amérique latine des années 1960. Les théologiens revenus d’Europe pensèrent la mission de l’Église comme une sortie de l’esclavage, à l’exemple de l’Exode d’Israël. Mais les théories ont montré leurs limites. Ainsi sont nés plusieurs courants au sein de la théologie de la libération.

Le synode sur l’Amazonie a manifesté de la façon la plus claire le passage d’une théologie européenne à une théologie mondiale. Et ce, bien au-delà des phénomènes actuels d’une mondialisation économico-technicienne. Il est possible que la civilisation amazonienne, comme toute civilisation née dans des conditions de vie très dures, soit l’une de celles que la culture européenne n’a pu vraiment acculturer. 

Le contexte amazonien

Ce synode à Rome qui vient de s’achever, plus encore que les synodes portant sur l’Afrique ou l’Asie, montre l’évidence des contrastes, d’autant plus que l’évangélisation de ces peuples en un si vaste espace a été le fait de l’Église d’Amérique et des peuples d’Amérique. Le Nord, en éradiquant presque totalement les Indiens, a pu laisser aux peuples d’Europe un espace presqu’infini d’expansion, un prolongement au moment où la révolution industrielle exigeait un nouveau rapport à l’espace.

L’Europe, à l’étroit dans ses frontières, sauf la Russie — où l’on peut parler de colonisation intérieure — a pu trouver en Afrique et en Amérique du Nord les ressources et les espaces nécessaires au leadership de sa culture et de sa civilisation. Mais l’Amérique du Sud n’a pas pu être ce nouveau territoire de la modernité. Malgré le fort métissage préconisé par Cortès, les espaces inhospitaliers des Andes et surtout de la forêt amazonienne ont favorisé une juxtaposition des peuples, empêchant la formation de nations cohérentes.

« Le XXe siècle s’illustra par la domination de la violence sur le droit. »

D’autant plus que les États et les gouvernements n’ont pas travaillé à répondre à la demande sociale de tous dans le cadre d’un état de droit. Le XXe siècle s’y illustra par la domination de la violence sur le droit. Les dictatures militaires de presque tous les pays du continent ne purent résoudre les tensions sociales, économiques et culturelles. La politique communément adoptée consista en un laisser-faire local visant à la disparition des « peuples folkloriques ». 

L’Église catholique chercha à suppléer à cet état de fait en créant les premières instances de protection des Indiens, en particulier au Brésil dès les années 1960. La question du respect des populations indigènes fut alors abordée sous les angles de la pauvreté et de la violence. Aujourd’hui, on privilégie davantage la question des choix culturels et celle des droits, en particulier du droit à la terre puisque ces peuples n’ont pas mis en place un droit de propriété agricole (difficilement conciliable avec les Andes et l’Amazonie).

L’influence de la théologie allemande

La théologie de la libération est née à ce carrefour d’histoire. On note déjà que l’angle de la pauvreté diffère de la perspective d’une négociation non violente même si les deux regards ne cessent de se croiser. Le premier événement où trouva à se rassembler toute cette diversité fut incontestablement la seconde conférence du CELAM (assemblée des évêques d’Amérique latine et des Caraïbes) de 1968, à Medellin en Colombie, alors que sévissait une dure guérilla rurale (Farcs). L’influence de l’Europe prévalut alors sur le plan culturel. La plupart des théologiens d’Amérique latine s’étaient formés en Europe, surtout dans les universités allemandes qui accueillaient les formations en théologie et en études bibliques. Les rayons des bibliothèques sont là-bas remplis des livres de Rahner, Barth, Bultmann, Metz et alii, plus que de livres français ou espagnols.

Alors que les pays du continent au tournant de la moitié du siècle voyaient se multiplier de graves confrontations, les théories européennes semblèrent apporter des solutions aux bouleversements sans précédent des campagnes connaissant un énorme exode rural, et des villes en phase d’urbanisation accélérée (nombreuses étaient déjà celles comptant dix à vingt millions d’habitants). Le monde rural perdait sa culture et son influence d’une façon sans équivalent en Europe.

Une priorité pastorale

Le premier acte de la théologie de la libération fut d’ordre pastoral. À la fin des années 1960, à Lima, capitale du Pérou, près de 90% des prêtres du diocèse vivaient en centre-ville auprès de 10% de la population. Les néo-urbains n’avaient droit qu’à une visite pastorale par an. De fait, la vie y était très difficile sans le confort habituel. 

« Les théologiens revenant d’Europe pensèrent l’avenir de la pastorale à l’exemple de l’Exode d’Israël comme une sortie de l’esclavage. »

Seuls quelques missionnaires et des communautés de religieuses extrêmement dévouées habitaient ces bidonvilles. Les théologiens revenant d’Europe pensèrent l’avenir de la pastorale à l’exemple de l’Exode d’Israël comme une sortie de l’esclavage, esclavage qui a marqué comme au fer rouge tous ces pays. La libération de l’esclavage au pays d’Égypte devint le nouveau paradigme interprétatif. L’étude de la Bible, spécialement de l’Ancien Testament, quasi inconnu jusqu’alors, motiva une nouvelle armée de catéchistes et de groupes de lectures jusque dans les milieux analphabètes. Au début, la correspondance terme à terme de la situation de l’exode biblique avec l’exode latino-américain suffisait à expliquer tous les contextes.

Il fallut alors trouver des médiations pour aider à surmonter les énormes disparités culturelles. Notons cependant que l’Amazonie resta le point aveugle de ce travail, au moment même où Lévi-Strauss publiait Tristes tropiques. Faute d’autres ressources, on alla chercher ces médiations dans des théories venues d’ailleurs. Malheureusement, elles n’eurent pas le temps d’être tamisées par la lente concertation et cohabitation des cultures qui requièrent le temps du respect et de l’apprentissage. La brutalité de ces théories nourrit l’embrasement du continent, réactivant une violence de guérillas urbaines ou sylvestres dont certaines ne sont pas encore terminées.

Les communautés ecclésiales de base

Dans ce contexte général, qui demande à être affiné pays par pays et décennie par décennie, s’organisa ce que l’Europe a englobé sous le nom de théologie de la libération. Les pionniers trouvèrent des disciples et élaborèrent leur réflexion sur le terrain, dans les communautés ecclésiales de base (CEB) notamment. Elles répondaient à l’échec des paroisses immenses autant en milieu rural que dans les bidonvilles dont certains atteignent le million d’habitants (Mexico, San Paulo, etc.), et se répandirent comme une traînée de poudre.

La IIIe conférence du CELAM en 1979 à Puebla au Mexique prolongea la grande exhortation apostolique sur l’évangélisation des peuples, Evangelii nuntiandi, du saint pape Paul VI. Évangélisation de proximité, communautés ecclésiales réunies dans les quartiers et responsables du rayonnement de la charité auprès des pauvres, mise en œuvre de groupes de lecture de la Bible ouverts aux analphabètes, la rencontre de Puebla fut sûrement le grand tournant de la théologie de la libération jusqu’à l’appréciation différenciée des deux instructions de la Congrégation pour la doctrine de la foi publiées en 1984 et 1986. Le regard européen changea : là où l’on ne voyait qu’une théologie de la libération, on reconnut plusieurs courants, demandant un discernement en fonction de ces courants. 

Retrouvez la suite de l’analyse du Frère Gilles Danroc lundi prochain sur Aleteia.

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