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Pourquoi dit-on (à tort) « une face de carême » ?

HOMME TRISTE
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Notre culture et notre langue française sont fortement influencées par nos racines chrétiennes et nos traditions religieuses. Le carême est ainsi à l’origine de plusieurs expressions dont la plus connue est « une face de carême ».

Elle fait partie des « 100 expressions à sauver » de Bernard Pivot et un rapide sondage autour de vous auprès des plus jeunes vous confirmera probablement que nombre d’entre eux ne l’ont jamais entendue… Alors faut-il sauver la « face de carême » ? D’un point de vue linguistique, oui, sans hésiter. Elle possède la saveur délicieusement surannée de ces expressions d’une autre époque. D’un point de vue religieux, c’est moins évident…

Souvenir de la retraite que Jésus effectua dans le désert où il se retira afin de prier et méditer durant 40 jours, le Carême représente un temps de préparation à la Résurrection du Christ. De cette préparation, on retient bien souvent le seul aspect du jeûne alimentaire. Il faut dire que pendant plusieurs siècles, sa pratique a été très stricte. Au Moyen Âge, le Carême est un véritable rite social. Les fidèles n’ont droit qu’à un repas quotidien (aucun le Vendredi saint et le Samedi saint, veille de Pâques), composé de pain, d’eau et de légumes. Il leur faut également renoncer aux divertissements, consacrer plus de temps au silence et à la prière pour se rapprocher de Dieu. Frugalité, privations, pénitence, et ce pendant des périodes qui peuvent durer jusqu’à neuf semaines… De quoi déprimer tout un chacun et lui donner une mine triste et abattue, bref, une « face de carême ».

Un temps d’espérance et de joie

Aujourd’hui, même si l’on continue à observer un esprit de pénitence et de conversion, les règles se sont beaucoup assouplies. Depuis 1949, l’Église catholique ne préconise le jeûne que le Mercredi des cendres et le Vendredi saint et met plutôt l’accent sur le caractère spirituel du Carême. Période de partage, de prière et d’approfondissement de la foi, le Carême prend des formes variées : plus que de nourriture, les chrétiens sont invités à se priver du superflu, à faire par exemple un « carême numérique », à consommer moins, à faire l’aumône ou encore à suivre une retraite en ligne.

Mais si les privations font partie de sa pratique, le Carême n’est cependant pas un temps de tristesse. C’est au contraire un temps d’espérance et de joie, dans l’attente des fêtes de Pâques, un temps qui doit nous permettre de nous recentrer sur l’essentiel afin d’être plus réceptifs et disponibles envers Dieu et les autres. Et si nous redonnons son sens au carême et profitons pleinement de ce « temps favorable pour notre conversion », selon les mots du pape François pour ce Carême 2020, « cette nouvelle opportunité » devrait éveiller en nous non pas un état maussade mais « un sentiment de gratitude » qui viendrait « nous secouer de notre torpeur ».

En fin de compte, la « face de carême » n’est pas le reflet de ce que vivent les chrétiens. Dans l’un de ses messages pour le carême, saint Jean Paul II invitait ainsi à « ne pas à prendre des mines sombres et abattues mais plutôt à s’émerveiller pour la grandeur du don reçu : la vie ». Le Carême est également à l’origine d’autres expressions, aujourd’hui tombées en désuétude, mais qui ne manquent pas de charme, comme « arriver (ou tomber) comme mars en carême » (arriver inévitablement), « venir comme marée en carême » (arriver à propos), « tous les trente-six carêmes » (très rarement), « faire de sa vie un carême » (s’imposer un genre de vie trop austère), ou encore « prêcher sept ans pour un carême » (donner souvent et inutilement le même avis, répéter toujours la même chose).