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Décryptage

Hiver Solidaire, une initiative qui inspire la France entière

hiver solidaire

© Corinne SIMON/CIRIC

Dans la paroisse du Saint-Esprit (Paris), Pascal et Philippe aident en cuisine. Hiver Solidaire 2016.

Domitille Farret d'Astiès - Publié le 05/12/19

Un toit, un repas chaud, un moment fraternel. C'est ce que propose le dispositif Hiver Solidaire depuis plus de dix ans à des personnes de la rue. L'initiative lancée par le diocèse de Paris s'étend désormais à de plus en plus de paroisses en France.

« Mais il est trempé, ce torchon ! », s’esclaffe Jean-Claude tandis que Daniel, un tablier bleu autour de la taille, s’affaire à faire briller couverts et assiettes. Quelques mètres plus loin, Camille et Pierre sortent les jeux de cartes tandis qu’Hélène et Jérémie s’apprêtent à choisir leur parfum de tisane. Dehors, il gèle à pierre fendre et la nuit dépose son butin givré sur les fenêtres alentour. Bienvenue à une soirée Hiver Solidaire. Cette initiative lancée par le diocèse de Paris en 2007 permet à des personnes sans abri de bénéficier d’un toit, de repas chauds et de temps d’amitié. Le principe est simple. Du 1er décembre au 31 mars, grâce à des équipes de bénévoles qui tournent, les paroisses participantes accueillent quotidiennement trois à huit personnes, les mêmes, pendant tout l’hiver.

Concrètement, chaque soir, tous se retrouvent pour dîner ensemble, puis vient le temps de la vaisselle et des échanges informels autour d’une tisane ou de jeux de société. Quelques bénévoles restent durant la nuit. Chaque personne dispose d’un matelas, d’un lit de camp voire d’un vrai lit. Ici, une bénévole proposera de faire une lessive. Là, un Ephad prêtera des draps propres… Au petit matin, chacun retourne à ses occupations après avoir partagé un petit déjeuner avec les autres. Mais si l’accueil matériel est important, c’est l’esprit de fraternité qui est l’âme d’Hiver Solidaire, permettant à chacun de se sentir comme à la maison.

Des paroisses très variées

En douze ans, le phénomène a fait des émules puisque le nombre de paroisses participantes ne cesse de grandir. En 2018, les diocèses parisiens ont vu passer 212 personnes de la rue, dont dix-sept femmes, et 3.600 bénévoles — on en compte en moyenne 90 par paroisses. Ceux-ci ont des profils variés. « Ce sont des jeunes, des vieux, des croyants, des pas croyants du tout, des gens du quartier », détaille auprès d’Aleteia Pascal Blavot, qui coordonne Hiver Solidaire à Paris. Cet hiver, 38 paroisses parisiennes ont répondu présent, alors qu’elles étaient 36 en 2018 et 32 l’année précédente. Si certaines font une pause en raison de travaux, d’autres choisissent de se lancer, à l’image de la paroisse Sainte-Marguerite (XIe). « Les dix ans ont beaucoup joué », explique à Aleteia Armelle Hérouard, du vicariat solidarité du diocèse de Paris. « Entre hiver et été, entre Fratello Rome et Fratello Lourdes, il se passe des choses au fil de l’eau. Il y a vraiment une mobilisation intéressante ».


HIVER SOLIDAIRE

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Hiver Solidaire
© Charles Plumey
Le temps du repas.

L’initiative, souvent liée à des maraudes ou à des projets existant déjà au sein des églises, contribue énormément à créer une unité paroissiale. Il est intéressant de constater qu’elle croît aussi bien dans des lieux cossus que dans des quartiers plus populaires, de Notre-Dame d’Auteuil (XVIe) à Notre-Dame de Clignancourt (XVIIIe). Le 1er décembre, les premières paroisses se sont mises en route et elles seront suivies par d’autres jusque début janvier. Le principe a séduit puisque plusieurs diocèses français ont rejoint l’aventure, d’Orléans à Lyon en passant par Nantes et Fréjus-Toulon. De son côté, le diocèse de Nanterre est en train de réaliser un audit sur le sujet et devrait se lancer prochainement. « Nous allons attaquer notre troisième hiver », lance à Aleteia Stephan Chaligné, diacre permanent à Orléans. Ici, l’initiative, la première hors les murs de la capitale, a été lancée en 2017, permettant d’accueillir trois personnes la première année et cinq la suivante.

« Aujourd’hui, il y a toute une communauté de ceux qui se reconnaissent serviteurs d’Hiver Solidaire, et pour eux, c’est un bénéfice merveilleux. »

Pour les personnes de la rue, le cadre est exigeant, note le diacre : il s’agit de vivre pendant trois mois avec des personnes non choisies, d’arriver à l’heure et d’être présent tous les jours. « Cela peut à la fois attirer et repousser des personnes qui ont malheureusement de grandes habitudes de désocialisation », explique-t-il. « Il faut que ces personnes adhèrent au projet », note quant à lui Pascal Blavot. « Il faut accepter la promiscuité, participer aux tâches ménagères. Ce n’est pas si simple que cela ». Stephan Chaligné met en avant la vie fraternelle et familiale. « En-dehors du fait que c’est un moment de décompression, chacun peut vivre à nouveau comme une personne, avec dignité ». Selon lui, peu importe le nombre de personnes qui bénéficient de cette offre. « Pour moi, il s’agit de faire signe et non de faire nombre. S’il y a trop de personnes, cela peut être compliqué pour que chacun puisse trouver sa place ».

Hiver Solidaire
© Charles Plumey
La préparation de la soupe.

À Orléans, l’accueil n’incombe pas à une seule paroisse ; les bénévoles sont issus de plusieurs paroisses de la ville, et même de communes rurales. Certains sont présents physiquement, d’autres prient, d’autres enfin font parvenir une soupe ou un gratin cuisiné par leurs soins. Chacun apporte sa note personnelle et aide selon ses talents. Le diacre voit là une grande chance pour les communautés chrétiennes. « C’est une occasion exceptionnelle pour des paroissiens de venir à la rencontre du frère qui est très différent, en venant faire un jeu de société, partager un repas, passer une soirée ». Il explique que certaines personnes ont des réticences à s’engager dans les associations et qu’Hiver Solidaire leur permet de vivre une rencontre… sans engagement. Il pense également aux jeunes professionnels qui peuvent concilier ce service avec leurs horaires de travail. « Aujourd’hui, il y a toute une communauté de ceux qui se reconnaissent serviteurs d’Hiver Solidaire, et pour eux, c’est un bénéfice merveilleux ».

HIVER SOLIDAIRE
© Charles Plumey
Hiver Solidaire à Paris.

Laetitia et Gonzague de Borde, 38 et 32 ans, ont été bénévoles pendant un an à Hiver Solidaire avec Sainte-Marie des Batignolles (Paris XVIIe). Aujourd’hui, ils sont engagés dans la paroisse de Hyères (Var) au niveau de la diaconie (la mise en œuvre de l’Évangile au service des plus pauvres). Ici, on s’apprête à vivre l’aventure pour la première fois en janvier 2020 en accueillant trois personnes de la rue. « C’est un pari ! », lance Gonzague de Borde, qui fait partie des huit personnes qui planchent sur le projet. « Un de nos enjeux, c’est de trouver des gens à accueillir qui aient un profil compatible avec le fait que nous ne soyons pas des professionnels, mais aussi de trouver des gens pour aider. Pour le moment, nous avons 70 bénévoles qui ont manifesté leur intérêt ». La réalité n’est pas la même qu’à Paris, explique-t-il. « À Paris, quand on vient de Hyères, on se dit : “C’est dingue le nombre de gens dans la rue” ». Ici, la pauvreté se fait parfois plus discrète et les réalités sociales ne sont pas les mêmes. Il existe cependant un certain nombre d’initiatives tournées vers les plus pauvres dans le secteur, portées entre autres par l’Union diaconale du Var (UDV).

« Il n’y a rien de tel pour connaître une personne que de passer un moment de vie ensemble, de manger ensemble, de dormir ensemble. »

Pour le père de famille, l’initiative fait partie d’un processus logique, après le parcours Gratitude lancé par la paroisse pour l’Avent. « Une fois que l’on est rentré dans une posture de gratitude, c’est assez cohérent d’entrer dans une démarche de don. Nous souhaitons qu’Hiver Solidaire aide à chacun d’entre nous à changer vraiment de regard, et permette d’élargir le cercle de la fraternité. Tant que l’on n’a pas l’habitude d’être au contact des personnes de la rue, on se dit que ce sont des SDF, alors que ce sont d’abord des personnes. Il n’y a rien de tel pour connaître une personne que de passer un moment de vie ensemble, de manger ensemble, de dormir ensemble ». Pour lui, le projet doit encore s’approfondir. « On est encore un peu dans une démarche du haut vers le bas. Cela se veut une étincelle, mais derrière, le but est d’amorcer un changement profond dans la paroisse, dans la communauté ».

Un suivi des personnes dans la durée

Le diocèse de Paris propose en outre des formations sur mesure dans les paroisses. « Cela permet de faire du lien entre Hiver Solidaire, les maraudes et les actions caritatives de la paroisse », note Armelle Herourad. Le projet attache de l’importance au qualitatif et au suivi des personnes. D’où la présence de trois travailleurs sociaux de l’association Aux Captifs, la Libération qui apportent leurs compétences professionnelles. Chaque soir, ils tournent entre les paroisses pour étudier les situations des personnes accueillies et envisager leur sortie d’Hiver Solidaire, les aidant à constituer des dossiers administratifs si nécessaire. « Ils sont présents pour faire le point sur leurs besoins éventuels alors que les bénévoles, eux, sont vraiment dans la relation gratuite », précise Pascal Blavot. « L’idée, c’est que le 31 mars, chacun ait trouvé un hébergement ou soit en contact avec un travailleur social. En réalité, à la fin de l’hiver, tous n’ont pas forcément trouvé de solution et les travailleurs sociaux continuent à les suivre pour leur trouver une association ou un référent ». En 2018, seize personnes ont ainsi intégré l’Association pour l’amitié (APA). À Orléans, un collectif s’est cotisé et a payé pendant un an un petit appartement à trois personnes de la rue. « On vit dans la même ville donc on les revoit, on les connaît, on s’envoie des SMS, on prie les uns pour les autres et certains les accueillent chez eux », note Stephan Chaligné. Une réalité qui montre que de vraies relations d’amitié se nouent.


LOUISE ALMÉRAS

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