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Mgr Gollnisch : « L’extrémisme, c’est la médiocrité et l’absence de convictions »

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Alors qu’une série d’attentats perpétrés dans des églises en pleine messe de Pâques et des hôtels de luxe a frappé le Sri Lanka dimanche 21 avril, Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, s’inquiète des menaces qui pèsent sur la communauté chrétienne sri-lankaise.

« Cela faisait plusieurs mois que la minorité chrétienne était menacée au Sri Lanka », confie à Aleteia Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient. Alors que des attentats perpétrés le 21 avril dernier ont ébranlé le Sri Lanka ainsi que la communauté chrétienne du pays, l’évêque rappelle qu’elle joue « un rôle dans la cohésion nationale ».

Lire aussi : Prier pour les victimes des attentats au Sri Lanka

Aleteia : Qu’est-ce-qui différencie les chrétiens sri-lankais d’autres communautés chrétiennes dans le monde ?
Mgr Pascal Gollnisch : Les chrétiens sri-lankais, majoritairement catholiques, sont une minorité globalement pacifique dans une société fragile où ils cohabitent avec des musulmans, des hindous et des bouddhistes, largement majoritaires. Composée de tamouls, de singhalais, la communauté chrétienne essaye d’entretenir des liens amicaux avec les uns et les autres. Elle a pu jouer un rôle de médiatrice dans les tensions que le pays a connu. Au Sri Lanka, cette communauté a été l’objet de discriminations ces derniers temps, comme celle du Proche-Orient.

Les chrétiens sri-lankais sont-ils isolés ou soutenus par le gouvernement ?
Cela faisait plusieurs mois que la minorité chrétienne était menacée au Sri Lanka, comme elle l’est aussi dans le nord de l’Inde. Pour autant, des mesures de sécurité n’avaient pas été retenues. Pour prendre l’exemple de l’Inde, le parti au pouvoir développe le slogan « hindou = Indien, Indien = Hindou ». On exclut ainsi les indiens musulmans et chrétiens d’une vraie citoyenneté. Ces violences ne sont pas physiques mais sociales. L’acceptation de cette discrimination est le germe d’une violence physique et brutale.

Lire aussi : Attentats au Sri Lanka : « En tant que croyants, nous sommes bouleversés »

Ces attentats viennent-ils bouleverser un équilibre entre les différentes religions présentes dans le pays qui serait déjà fragile ? 
La communauté chrétienne sur place joue un rôle dans la cohésion nationale. Ce pays, qui a connu beaucoup de violences et d’affrontements, connaissait une paix qui semble aujourd’hui très fragile. À quoi va servir le fait d’avoir tué 320 personnes et d’en avoir blessé 500 autres ? Nous avons un sentiment d’horreur mais également beaucoup de questions. Pourquoi ? À quoi cela sert-il de commettre des attentats ? Cette manière de s’exprimer en tuant des vies innocentes devient totalement épouvantable. On constate un développement du terrorisme en général et, il faut bien le reconnaître, contre les chrétiens — les catholiques, les évangéliques, qui sont des minorités généralement pacifiques — que l’on croit pouvoir exterminer tranquillement. C’est absolument insupportable. Ces crimes sont faits au nom de la religion qui est instrumentalisée par des politiques extrêmes. Il s’agit d’une manipulation des religions par les extrémistes. Il faut discréditer beaucoup plus fortement cette violence extrême. Les extrémistes n’ont pas plus de convictions que les autres, plutôt moins. L’extrémisme c’est la médiocrité et l’absence de convictions. On observe dans notre monde une montée du fondamentalisme dans beaucoup de domaines, chez les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans… Par exemple, les personnes qui ont rejoint Daech, en particulier ces femmes, ont souvent été parmi les plus cruelles dans les exactions du Daech. Arrêtons d’en faire des victimes. Elles l’ont fait en toute connaissance de cause. On dit souvent que ce sont des radicaux, mais non ! L’extrémisme, ce n’est pas le radicalisme spirituel mais la médiocrité, le flou, la facilité et l’instrumentalisation de la religion par le politique. Ce fondamentalisme n’est pas une question de radicalité. Le mot « radical » devrait être changé. L’extrémiste est quelqu’un qui mêle des convictions religieuses à des impératifs politiques violents. Il détourne la religion de sa finalité et c’est tout sauf de la vraie radicalité. Parce que pour un croyant, la radicalité est la sainteté.

Lire aussi : La voix des chrétiens persécutés de plus en plus relayée dans les parlements d’Europe

Les attentats ont eu lieu le jour de Pâques. Qu’est-ce que cela nous indique et quel message cela transmet ?
Je suis atterré par ces crimes en ce dimanche de Pâques. J’éprouve un sentiment d’horreur, d’incompréhension, de compassion avec les blessés, avec les familles des victimes et avec toute la communauté sri-lankaise. Comme directeur de l’Œuvre d’Orient, cela me rappelle les hommes et femmes tués dans des églises au Moyen-Orient. Je pense aux coptes tués dans la cathédrale orthodoxe d’Alexandrie (Égypte) il y a quelques années (le 1er janvier 2011, ndrl), ou dans la cathédrale syriaque Notre-Dame de Bagdad (Irak) en 2010. Nous prions pour les victimes et leur famille. Les actes de violence terroriste doivent être condamnés avec la plus grande fermeté.

Que disent ces attentats sur la réalité des chrétiens persécutés dans le monde ? Sont-ils l’expression d’une réalité du martyr chrétien bien plus large ?
Dans de nombreux pays, en particulier au Proche-Orient, les chrétiens sont menacés parce qu’ils sont marginalisés. Nous nous habituons trop à ce qu’ils n’aient pas de droits suffisants. Par exemple, en Arabie Saoudite, où travaillent deux millions de chrétiens, il n’y a aucun lieu de culte ! C’est contraire à la charte des Nations Unies. Tout le monde sait qu’un musulman qui veut devenir chrétien met sa vie en danger et qu’une femme musulmane qui veut épouser un chrétien ne peut pas le faire car c’est interdit. Vous voyez, toutes ces discriminations — et il y en a beaucoup d’autres — viennent blesser profondément une communauté et la rendre vulnérable face à des actes de violence beaucoup plus lourds. Au Moyen-Orient, les chrétiens sont minoritaires dans des pays à majorité musulmane, excepté au Liban. Il faut que nous réalisions que le monde musulman, en particulier au Moyen-Orient, est extrêmement divisé et complexe. Dans ce monde, il y a des extrémistes comme le Daech, mais aussi des gens qui veulent que leur société avance, et qui disent : « Nous ne pourrons avancer qu’avec les chrétiens à nos côtés et nous voulons qu’ils restent au Proche-Orient ». Ce sont des musulmans qui nous le disent ! À Mossoul, après le départ du Daech, j’ai entendu de nombreux musulmans sunnites affirmer : « Nous souhaitons que notre ville prenne d’autres directions, qu’elle s’engage vers davantage d’ouverture et vers une citoyenneté pour tous ». De jeunes musulmans sont venus se proposer pour nettoyer les églises qui avaient été saccagées par le Daech. Nous devons favoriser ce dialogue qui existe déjà entre les chrétiens d’Orient et les communautés musulmanes. Il est déjà intense dans beaucoup de lieux grâce à des gens qui prennent sur eux pour dépasser les tensions. Ces extrémismes et ces tensions rendent d’autant plus nécessaires les tâches d’éducation. Le président de la République Emmanuel Macron a demandé un rapport à Charles Personnaz sur les écoles au Moyen-Orient, qui a été rendu en janvier dernier. Je crois qu’il doit être suivi d’effets. Dans les écoles du Moyen-Orient, vous avez des élèves chrétiens et des élèves musulmans qui sont invités à se connaître, à se reconnaître, et c’est très important pour les sociétés de demain.

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