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« Si les chrétiens d’Orient ne trouvent pas leur place de citoyens, ils partiront »

Jean-Matthieu GAUTIER/CIRIC
Dans une église de Mossoul, en Syrie.
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Magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, Charles Personnaz a remis début janvier un rapport à Emmanuel Macron sur « l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région ». « Derrière la question de la protection du patrimoine et du soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes, c’est bien la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient qui est en jeu », affirme-t-il à Aleteia.

Au Moyen-Orient, « les communautés chrétiennes occupent une place singulière et irremplaçable dans le destin des nations auxquelles elles appartiennent, dont elles forment un rameau vivace et fécond », peut-on lire dans le rapport remis le 3 janvier par Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, à Emmanuel Macron. « Malgré des désillusions nombreuses, elles maintiennent, envers et contre tout, le combat pour des valeurs qui sont aussi celles de la France : la liberté, l’égalité, la fraternité, l’ouverture, l’esprit critique ». Alors que le président de la République a annoncé il y a quelques semaines la tenue à l’automne d’une nouvelle conférence à Paris sur les chrétiens d’Orient, Charles Personnaz revient sur les enjeux liés à la présence de communautés chrétiennes au Moyen-Orient ainsi qu’à la préservation de leur patrimoine.

Faire avancer la francophonie

Ce document s’inscrit dans les orientations qui ont été celles du président de la République depuis son arrivée à l’Élysée. « Orientations qu’il avait d’ailleurs rappelées lors de son discours inaugural de l’exposition « Chrétiens d’Orient : 2.000 ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe fin 2017″, souligne auprès d’Aleteia Charmes Personnaz. « Il y a rappelé l’engagement que devait avoir la France à leur égard et a réaffirmé sa volonté de faire avancer la francophonie dans cette région du monde. Il a également multiplié les prises de position comme quoi la stabilité et la paix passait par des efforts supplémentaires en matière d’éducation et de culture. À titre personnel, j’ai été chargé de mission à l’Œuvre d’Orient pendant sept ans sur les questions culturelles et le patrimoine. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles cette mission m’a été confiée ».

Aleteia : À la lecture de votre rapport, on constate que vous vous êtes intéressé principalement à deux domaines : le patrimoine et le réseau éducatif des communautés chrétiennes. Pourquoi les avoir liées ?
Charles Personnaz : La protection du patrimoine du Moyen-Orient comme le soutien au réseau éducation des communautés chrétiennes de la région ont comme pivot commun la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient. Grâce au patrimoine, vous savez que vous êtes un citoyen de plein droit car vous voyez concrètement comment votre communauté a participé, depuis 2.000 ans, à la construction des pays arabes. Par l’éducation vous rentrez pleinement dans le futur de ces sociétés. En d’autres termes, comme je l’écris dans le rapport, en protégeant et en mettant en valeur l’héritage des siècles, les communautés chrétiennes manifestent l’ancienneté de leur vie dans la région et leur rôle historique. Et, en parallèle, en éduquant des centaines de milliers d’enfants, riches et pauvres, filles et garçons, chrétiens et musulmans, dans les grandes villes comme dans les campagnes, leurs écoles construisent la citoyenneté de demain, respectueuse des identités de chacun et favorisant l’égalité entre tous. Si les chrétiens ne trouvent pas leur place de citoyen ils partiront.

Quel rôle particulier ont les écoles des communautés chrétiennes au Moyen-Orient ?
Elles scolarisent 2 millions d’élèves, dont 400.000 parlent ou apprennent le français. Ces écoles, en accueillant tout le monde, c’est-à-dire des chrétiens et des musulmans, des filles et des garçons, des enfants pauvres, des handicapés… fournissent dans ces pays un service public irremplaçable. Je pèse mes mots. Le réseau des écoles chrétiennes au Moyen-Orient offre un triple service public : aux communautés chrétiennes, il donne les moyens de construire un avenir sur place ; aux États arabes, il apporte la qualité d’un enseignement ouvert à tous et ouvert au monde ; à la France, il donne un relais irremplaçable pour le rayonnement de sa culture qu’elle a en partage avec le Proche et le Moyen-Orient.

Que proposez-vous pour soutenir ce réseau éducatif ?
Je crois qu’il faut créer un fonds public-privé doté de deux millions d’euros chaque année (la moitié serait payée par l’État) et qui aurait comme vocation de financer deux choses : les actions du corps enseignants sur place (voyages, projets pédagogiques…), leur formation, et l’envoi de volontaires français. Je propose également d’étendre le réseau Barnabé (réseau de coopération de l’enseignement catholique avec les écoles chrétiennes de Terre sainte, ndlr) au-delà de la Terre sainte. L’urgence est grande pour ces communautés dont on sait l’effort qu’elles font en faveur de l’éducation.

Comment justifier que la France, pays laïc, puisse financer les écoles de communautés chrétiennes ?
Au Moyen-Orient, ces écoles chrétiennes sont des garantes de la laïcité. En accueillant tout le monde, elles font nettement la différence entre ce qui relève du civil et religieux ; elles s’astreignent à une stricte neutralité. Dans un Moyen-Orient où la distinction entre les deux est difficile à faire, elles sont un signe de laïcité. Chaque chose y est à sa place.

Au-delà des communautés chrétiennes, vous rappelez que le maintien de ce réseau éducatif est un enjeu pour la France…
Aujourd’hui, la francophonie couvre l’ensemble de la région. Certains disent qu’elle « vit à crédit », mais elle existe. Le danger est qu’elle se rétracte sur deux pôles : le Liban et deux villes égyptiennes, Alexandrie et Le Caire. L’enjeu — et l’urgence — est de ne pas abandonner ce cercle plus lointain d’écoles qui enseignent le français et qui pourrait basculer dans l’anglais. Ces deux langues, le français et l’anglais, ne véhiculent pas la même chose. Au Moyen-Orient l’anglais est appris dans un sens utilitaire tandis que le français est conçu comme une langue de civilisation. De Paris on juge cela incantatoire mais quand on est sur le terrain, qu’on entre dans ces écoles et qu’on voit des élèves étudier La Vénus d’Ile de Mérimée c’est frappant : le français est une langue qui forme à l’esprit critique.

 

 

 

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