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Témoignages : après une fausse-couche, le long chemin vers la guérison

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Edifa - Publié le 08/06/20

Que ce soit in utero ou à l’accouchement, la douleur de la perte d’un bébé paraît insurmontable. Les mères endeuillées se sentent amputées d’une partie d’elles-mêmes. Les pères, tristes et désorientés. Comment se relever après une fausse couche ? Des mères racontent leur lente remontée vers la guérison sous le regard de Dieu.

« Le cœur ne bat plus, a soudain annoncé le gynécologue à l’échographie. L’embryon est sans doute mort. » Venue seule après avoir déposé ses deux aînés à l’école, Virginie accuse le choc. Elle en est à son troisième mois et n’arrive pas à y croire. « C’était une grossesse très facile, raconte-t-elle. Le mois précédent, j’avais vu le bébé à l’échographie, il était bien vivant. D’un coup, tout s’est écroulé. » Le médecin lui conseille une intervention chirurgicale pour évacuer l’enfant. À son réveil après l’opération, ce sont des torrents de larmes : « J’ai pleuré pendant une semaine, c’était intarissable. Mon mari m’a entourée, m’a beaucoup parlé. Lui-même était terriblement triste. J’ai mis des mois à pouvoir en parler sans pleurer : quelqu’un nous avait quittés ».

Impression d’être inutile, révolte, colère, agressivité envers l’entourage ou refus de voir quiconque – toutes les femmes qui ont vécu ce drame avouent être passées par un ou plusieurs de ces sentiments dans le temps qui a suivi la perte de leur bébé. Sans compter les pleurs, une tendance à l’insomnie, des troubles de l’appétit et une intense fatigue. Petit à petit, une dépression peut s’installer.

Une souffrance d’une profonde intensité

Sophie est à sa cinquième fausse couche et n’a toujours pas d’enfant : « Je n’ai plus d’espoir ». « Tant qu’il peut y avoir grossesse, rien n’est désespéré, répond le Dr Florence Allard, gynécologue. Il faut suivre le cas sérieusement par des analyses et un traitement, sans oublier le nécessaire soutien psychologique ». Physiquement déjà, l’état dépressif s’explique par le fait que le corps a mis en route un processus de grossesse qui d’un coup s’est arrêté. « Même si le phénomène est spontané, explique le Dr Florence Allard, il se produit une désescalade des taux hormonaux, un processus métabolique et hormonal qui fragilise la femme. » Clara, qui a perdu son quatrième enfant à quatre mois, se souvient : « C’est comme une naissance mais sans l’enfant. De ce fait, on a du mal à accepter toutes ces souffrances ».

Quant au moral, il est très atteint. C’est un projet cher qui s’écroule brutalement. « On sait que c’est un enfant, on s’y attache, constate Nathalie qui a fait une fausse couche pour sa sixième grossesse. On l’a aimé. En trois ou quatre mois de grossesse, on a eu le temps de penser à l’avenir avec un enfant de plus, et de lui donner une place dans la famille ». À cela s’ajoute un sentiment de culpabilité. « Pratiquement toutes les femmes se sentent coupables », note le Dr Florence Allard. On peut toujours se reprocher quelque chose : avoir accepté telle surcharge de travail, tel voyage en voiture, ou un rythme de vie trop trépidant. Valérie, qui a perdu son troisième bébé à deux mois de grossesse, confie : « Dans les moments les plus déprimés, j’ai imaginé que le Seigneur me l’avait repris parce que je n’étais pas une assez bonne mère de famille ».

Mettre des mots sur le désarroi

« Il faut un temps de réparation psychologique, note le Dr Florence Allard. Très souvent, une nouvelle grossesse viendra parachever la guérison. Mais avant de repenser à une nouvelle grossesse, il est préférable d’attendre trois ou quatre mois, le temps de se sentir mieux. Faute de quoi on court le risque de n’avoir pas récupéré sa santé et de reporter sur l’enfant suivant une attente déçue qu’il viendrait combler. C’est lourd à porter pour un petit. Il ne faut pas faire de forcing ». Malgré tout, les femmes ne peuvent s’empêcher d’être parfois inquiètes à la grossesse suivante, ayant expérimenté dans leur chair leur impuissance devant la vie et la mort. Comment parvenir à faire le deuil de cet enfant ?

« Il faut d’abord aider les femmes à reconnaître leur douleur, souligne le Dr Florence Allard. Si elles n’admettent pas leur blessure, elles l’enfouiront, et n’en seront jamais libérées. » Même si l’entourage continue d’affirmer que ce n’est pas grave, « il ne faut pas gommer cet événement, affirme Marie, qui a perdu son sixième enfant à quelques jours du terme. Si notre tête dit que ce n’est pas grave, notre cœur et notre corps crieront l’inverse ». Pour cela, il faut pouvoir parler et être écoutée. Toutes les femmes témoignent de l’importance d’avoir pu exprimer leur tristesse à quelqu’un qui ne fuyait pas la réalité. « Il ne faut pas garder sa peine comme un abcès qui ne serait pas vidé », constate Virginie. La plupart du temps, c’est le mari qui est le mieux placé pour jouer ce rôle d’accompagnement. L’époux de Caroline a pris deux jours de congé pour être à ses côtés : « Il a compris que pour moi c’était important, et lui-même l’a vécu comme une souffrance ».

Certains rites peuvent aussi aider à l’apaisement. Il est possible de donner un nom à l’enfant perdu. Cela permet de le personnaliser et de bien le situer par rapport au suivant, qui ne doit pas le remplacer. Les rites traditionnels, le fait de pouvoir organiser une cérémonie, facilitent également le travail du deuil.

S’appuyer sur la foi pour pouvoir avancer

Les secours spirituels sont immenses en pareil cas. Virginie, qui s’inquiétait du sort de son enfant, a été apaisée par les propos d’un prêtre : « C’est le plus réussi de vos enfants. Il veille maintenant sur votre famille, vous pouvez le prier comme protecteur de ses frères et sœurs. Et c’est lui qui vous accueillera le premier au Paradis ». Des sœurs carmélites ont envoyé à Valérie une image de la Vierge qui emmène dans son voile un tout-petit vers le Ciel : « Quand je l’ai reçue, j’ai vraiment eu l’impression que la Sainte Vierge était là. J’ai eu l’assurance qu’elle protégeait mon bébé et qu’il était bien ». Beaucoup de familles prient aussi le petit disparu. « Nous l’avons intégré dans la prière familiale avec les enfants », confie Valérie.

Pour ne pas se replier sur cette mort, il est important de remettre l’enfant à Dieu : « Quand notre petite fille est morte, se souvient Marie, nous avons compris qu’il fallait en faire l’offrande à Dieu, sinon nous resterions bloqués dans la révolte. Nous l’avons nommée, nous avons fait un acte de foi et demandé à la Vierge qu’elle nous aide à accepter. Accepter cette mort, c’est dire oui à la vie, et se remettre en route. C’est la grâce de l’abandon ».

Peu à peu, certaines femmes découvrent le sens de cette épreuve, ou du moins ses fruits. « Ce deuil m’a ouvert le cœur, je me sens plus proche de ceux qui souffrent, je ne leur parlerai plus de la même façon », remarque Valérie. Même constat de la part de Marie : « J’ai compris que la vie tient à peu de choses, c’est un cadeau qu’il ne faut pas gâcher. Cette mort avait ouvert mon cœur à l’essentiel ». Certaines réalisent qu’elles peuvent offrir cette épreuve aux autres et qu’ainsi leur souffrance sera féconde. Nathalie a perdu son bébé le jour de la fête de Notre-Dame-de-Lourdes, elle a senti qu’elle devait offrir sa peine pour les malades. Quant à Marie, elle l’a offerte pour un couple stérile. « Plusieurs enfants leur naissent coup sur coup ! », confie-t-elle.

Florence Brière-Loth




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