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Perte d’un enfant à naître : comment faire son deuil ?

FEMME ENCEINTE QUI PLEURE

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Mathilde de Robien - Publié le 03/07/17

Dans son livre "Je n’ai pas dit au revoir à mon bébé", la pédiatre Catherine Radet aide les parents endeuillés par la mort d’un petit être parti trop tôt, à accepter l’inacceptable, et à traverser l’épreuve du deuil anténatal. Témoignages. 

Une femme sur deux a perdu, au cours de sa vie, un ou plusieurs enfants, que ce soit lors d’une fausse couche précoce, une interruption de grossesse, ou une mort fœtale tardive. Catherine Radet, pédiatre et membre du comité d’aide à la réflexion éthique au centre hospitalier de Cholet, invite, dans son livre Je n’ai pas dit au revoir à mon bébé, les couples éprouvés par la perte d’un enfant à naître, à réaliser un travail de deuil. L’ouvrage s’adresse également aux proches des parents endeuillés : il donne des outils pour comprendre le deuil anténatal, et consoler avec les mots justes.

Des réactions différentes selon les femmes

L’auteur confie avoir rencontré des réactions très diverses de la part des femmes confrontées à une mort anténatale, sans corrélation avec le stade de la grossesse, mais plutôt dépendantes de la représentation mentale que se fait chaque femme de l’être qu’elle porte en elle : certaines peuvent traverser un deuil très douloureux suite à une fausse couche, alors que d’autres peuvent paraître plus sereines, en apparence, après un décès in utero à 8 mois. Cependant, cette dernière réaction peut parfois résulter d’un déni, pour se protéger d’une souffrance intolérable. Les femmes peuvent également ressentir de la culpabilité, de ne pas avoir réussi à mener une grossesse à terme, de l’angoisse, à l’idée de revivre ce moment une nouvelle fois, ou encore, une souffrance liée au vide laissé par le fœtus et à la perte de ce que potentiellement l’enfant aurait pu être s’il avait vécu. Elles peuvent aussi se laisser envahir par la colère, l’envie, l’agressivité.

Toutes ces réactions, normales et légitimes, trahissent le chaos intérieur lié à la mort d’un enfant à naître. D’où la nécessité, pour l’auteur, d’entamer un travail de deuil, à la rencontre de son enfant et de soi-même, pour ouvrir un chemin possible de consolation, de guérison et d’espérance.

Des procédés qui aident à dire au revoir

Les avancées dans le domaine de la psychologie ont appris aux équipes de maternité que la première étape de deuil est d’abord la rencontre avec le corps de l’enfant. La législation a évolué (en 2008) et permet désormais pour les parents qui le souhaitent que tout enfant né mort à partir de 15 SA (soit 3 mois de grossesse) puisse être déclaré à l’état civil, prénommé, et emporté pour la sépulture de leur choix.

Docteur Catherine Radet incite à donner un prénom à l’enfant. Le nommer lui confère une identité propre, lui donne une place dans l’histoire familiale, et évite le risque du syndrome de l’enfant de remplacement si un second enfant vient à naître après.

Elle évoque l’importance du rite pour enclencher le travail de deuil : procéder à un rite funéraire, choisir une étoile dans le ciel, planter un arbre, écrire une lettre, graver un bijou, … autant de gestes qui assignent au défunt une place dans un monde autre que celui des vivants.

Elle encourage des procédés récents, auxquels le personnel soignant est de mieux en mieux formé, qui aident à dire au revoir à l’enfant disparu trop tôt, et facilitent ainsi le deuil : le prendre dans ses bras à la naissance, l’habiller, prendre des photos, recueillir des souvenirs (empreintes de doigt sur une carte, mèche de cheveux…). Une maman témoigne : « Les photos, c’était une preuve réelle qu’il a existé ; son corps a existé et je ne pleurais pas un enfant imaginaire. »

Le bonheur est-il possible malgré tout ?

Blanche Streb, une mère de famille ayant perdu une petite Marie à 23 SA, donne une réponse pleine d’espérance dans son témoignage au tout début du livre :
« J’ai compris que l’épreuve n’empêche pas le bonheur, mais que le bonheur se construit avec et autour de l’épreuve. J’ai mesuré aussi la part de décision intérieure que je pouvais poser pour continuer mon chemin en gardant précieusement cette certitude qu’un jour, j’irais mieux, que oui, la vie pouvait encore me sourire. J’ai compris que, bien qu’on ne choisisse pas les épreuves que nous devons vivre, nous pouvons choisir comment les vivre. »

L’auteur conclut par ses mots : « Si une femme, un homme seulement, parvient à la fin de la lecture pour la première fois à dire : au revoir, mon bébé ! et se sentir ainsi maman ou papa, alors cet ouvrage aura trouvé sa raison d’être. ». Ils font écho au témoignage de Blanche Streb : « Notre langue française, pourtant si riche et si prompte à nommer toutes choses dans une grande délicatesse, n’a pas inventé de mots pour décrire celui ou celle qui perd son enfant. (…) Aujourd’hui, j’ai compris pourquoi il n’y a pas de mot particulier pour nommer l’homme et la femme qui perdent un enfant. Ces mots existent déjà, de toute éternité : parents, papa et maman. Tout simplement. »

Je n’ai pas dit au revoir à mon bébé, Comprendre et traverser le deuil anténatal, Catherine Radet, Editions Quasar, 18€, juin 2017.

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