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Pendant des années, Philippe Casanova a regardé le plafond grisâtre de l'église de La Trinité des Pèlerins comme s'il s'agissait d'une énigme. Dans cette église du centre de Rome, ce peintre français résidant depuis plus de 30 ans dans la capitale italienne, est venu inlassablement, comme en pèlerinage, dans les pas d'un homme qui le passionne, Philippe Néri, le "saint de la joie" dont il porte le prénom. Cette quête, autant spirituelle qu'esthétique, a trouvé son origine dans sa découverte, dans les années 1980, des merveilles de l'art baroque dans les abbayes de Mitteleuropa. Mais le choc le plus fort est survenu en Italie, à Venise – il est après tout l'homonyme d'un des plus célèbres citoyens de la Sérénissime – mais surtout à Rome. C'est en étant frappé par la profusion inégalable de génie baroque dans la cité papale, que l'ancien étudiant des Beaux-Arts de Paris a décidé de s'y établir.
"Le baroque m'a mené à la foi et m'a fait aimer l'Église", confie le Français. Il poursuit dans son œuvre cette idée d'une spiritualité incarnée et convaincue que la beauté sensible "est un moyen privilégié pour élever les âmes vers Dieu". Ce grand courant artistique européen qui connut un succès immense entre le XVIIe et XVIIIe siècle partout en Europe, est "parfois victime de préjugés un peu puritains, d'une vision pessimiste de la beauté", déplore-t-il. Dans son œuvre, Philippe Casanova va même plus loin : le baroque, en tant qu'art "puissamment religieux", a encore quelque chose à dire dans l'art du XXIe siècle. "Le baroque élève, il est un art du rythme, des forts contrastes", explique encore le peintre en entrant dans La Trinité des Pèlerins, à quelques pas du Campo de Fiori. Au-dessus de sa tête, la voûte incolore de l'église romaine est désormais tout illuminée. Intitulée "Paradisus", il ne s'agit pas à proprement parler d'une peinture, mais d'une fresque lumineuse projetée sur la voûte incolore de l'église.

Un projet fou
Dix ans auparavant, Philippe Casanova a commencé à imaginer un projet un peu fou : peindre la voûte de cette église, étrangement blanche dans un ensemble pourtant résolument baroque. La Trinité des Pèlerins a été construite pour accueillir l'œuvre de saint Philippe Néri, qui avait créé là une archiconfraternité afin d'accueillir les pèlerins pauvres. Conscient de cet héritage, Philippe Casanova eut l'idée de représenter le "Tour des septs églises", le plus ancien pèlerinage de Rome créé lors du Jubilé de 1550 par le même Philippe Néri, et devenu au fil des siècles une véritable institution. Esquisse après esquisse, en continuant de creuser le grand sillon baroque qui anime depuis des années tout son art, le peintre s'est finalement vu proposer une opportunité inattendue de voir son projet réalisé.
Grâce au patronage de Mgr Rino Fisichella, cheville ouvrière du Jubilé 2025, de l'ambassade de France près le Saint-Siège et de Federico Mollicone, président de la commission culture de la Chambre des députés italienne, le peintre a pu envisager une réalisation "temporaire" de son ambitieux projet. En attendant une éventuelle version définitive, l'entreprise Urban Vision Group lui est venue en aide afin de projeter parfaitement son œuvre sur la voûte en employant la méthode du vidéo-mapping.
Soudain, la voûte prend vie
Mieux : une fois par jour, à 16h45, grâce à un génie technique qui n'est pas sans rappeler quelques machines baroques, la voûte s'anime et propose au spectateur un véritable lever de soleil sur Rome. Au son d'un air baroque composé spécialement pour ce spectacle inattendu, se révèlent peu à peu, dans un ciel enflammé, les façades des églises du pèlerinage – les quatre basiliques majeures, puis les basiliques Sainte-Croix de Jérusalem, Saint-Laurent hors les murs, Saint-Sébastien hors les murs. Apparaît ensuite saint Philippe Néri, ici avec son tablier, au service des plus faibles, puis là en extase devant une lumière toute béatifique. Et enfin se déploie dans le ciel une pourpre rappelant le manteau du Christ, puis, dans un final étourdissant, la vision éblouissante de la Trinité.
Une fois la voûte redevenue statique, le mouvement baroque, celui d'une élévation de l'âme et du corps vers Dieu tel que peint par Philippe Casanova devient alors pleinement perceptible à l'œil un peu abîmé du spectateur moderne – trop habitué sans doute par la multitude des images en mouvement. "Cela prépare le terrain d'une peinture définitive, j'espère que cela ouvrira le débat", explique l'artiste. Il imagine non pas une fresque mais des toiles marouflées, une "solution dite vénitienne" qui a le mérite d'être réversible et qui est une de ses spécialités.
Un autre projet en France
En attendant, le peintre est déjà tourné vers un autre projet étonnant, qui concerne le centre ecclésial Saint Colomban en construction actuellement à Val d'Europe dans le diocèse de Meaux. "Cela doit être un cycle de peinture sur la vie de saint Colomban", explique-t-il. Le moine irlandais, grand évangélisateur des campagnes d'Europe au VIe-VIIe siècle, a une vie parsemée d'aventures et de légendes. Pour l'heure, Philippe n'en est qu'aux premières esquisses, mais il est particulièrement enthousiaste à la perspective d'œuvrer à nouveau à un grand chantier de l'Église.