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L’Enseignement catholique mis sous pression

Dans une école catholique, à Valence.

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Valdemar de Vaux - publié le 04/04/25
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Lors de leur Assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France ont choisi le nouveau Secrétaire Général de l’Enseignement catholique (SGEC). Guillaume Prévost succède à Philippe Delorme dans un contexte difficile, entre gestion des abus et contrôles étatiques. Le cardinal Aveline, nouveau président de la CEF, parle déjà de réformes structurelles. Décryptage.

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À peine élu, le nouveau président de la Conférence des Évêques de France, le cardinal Aveline, s’est déjà exprimé sur le sujet. Il faut dire que l’Enseignement catholique est au cœur de la tourmente depuis quelques mois. Dans sa première conférence de presse, hier 3 avril à Lourdes, celui qui prendra ses fonctions le 1er juillet prochain a déclaré vouloir réfléchir aux structures pour travailler en Église et avec l’Église : "La situation actuelle montre que l’on peut et que l’on doit mieux faire, affirme l’archevêque de Marseille, nous avons une responsabilité commune."

Les récentes révélations sur l’internat de Bétharram, largement médiatisées et politisées, posent en effet la question de la gestion des abus sexuels dans l’Enseignement catholique, alors que la CEF a pris la question à bras le corps depuis 2018 et davantage encore depuis la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) en 2021. Le Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SGEC) a-t-il pris la mesure de la question et les mesures nécessaires pour permettre la libération de la parole et la sécurité affective des quelques deux millions d’élèves qu’il a sous sa responsabilité ? Telle est l’interrogation d’un grand nombre, dont les évêques.

Des nominations qui tranchent

Ceux-ci ont, en effet, la charge de nommer le Secrétaire général, mais les structures sont ensuite extrêmement subsidiaires, la responsabilité réelle incombant aux directeurs d’établissement alors que le SGEC et les Directions diocésaines (DDEC) jouent un rôle de coordination. Il n’empêche. Pour marquer leur volonté de reprise en main, les évêques ont élu deux personnalités qui tranchent avec leur prédécesseurs respectifs. Au Conseil pour l’Enseignement catholique, structure de la CEF : Mgr Matthieu Rougé. L’évêque de Nanterre, proche de la capitale et des milieux institutionnels qu’il connaît bien pour avoir été l’aumônier des parlementaires, est reconnu pour son sens politique et sa détermination.

Au SGEC, pour remplacer un Philippe Delorme qui pensait être prolongé, Guillaume Prévost. Un homme qui n’est pas tout à fait du sérail, catholique pratiquant, produit du public mais surtout énarque, ancien de la Direction générale de l’Enseignement scolaire (Dgesco) et actuellement délégué général du laboratoire d’idées VersleHaut, dédié à l’éducation et aux jeunes. "On ne fera pas l’éducation des enfants sans les parents" explique-t-il à nos confrères de La Croix, mettant en avant un marqueur de l’Enseignement catholique, avant d’ajouter que "l’enseignement catholique est mis en difficulté par les divisions de la société. Or, être catholique, c’est croire en l’universel, et dans le fait qu’on a quelque chose à apporter à tout le monde, en portant un regard de confiance sur la société, sur les personnes, sur les éducateurs." Il faut, selon lui, "se frayer un passage difficile, entre trois tentations : le repli, la défiance, et le chacun pour soi."

Les dossiers qui l’attendent sont, effectivement, aussi nombreux que complexes. Depuis les rapports de la Cour des comptes de juin 2022, il y a la question des financements publics et de leur contrôle. Avec l’Affaire Stanislas, en janvier dernier, ou de l’Immaculée-Conception, s’est aussi posée la question de la possibilité réelle d’un "caractère propre" permis par la loi Debré de 1959. L’Éducation nationale et certains élus semblent dénier ce droit aux établissements associés à l’État par contrat par peur d’enseignements non conformes ou de gestion opaque.

Des lieux sûrs pour les élèves

Certains élus, dans cette veine, affirment haut et fort leur opposition à tout enseignement libre. Au niveau local, à Paris, certains ont même proposé de supprimer des postes dans le privé pour abonder le public alors que le nombre d’élèves diminuent dans celui-ci et augmente dans celui-là. En septembre 2025, l’Éducation nationale vient quand même de supprimer quarante postes pour l’école libre, au grand désarroi des parents d’élèves qui veulent pouvoir choisir. À l’Assemblée, c’est le député Paul Vannier, de La France insoumise, qui met la pression sur le SGEC. Corapporteur de la Mission parlementaire sur le financement public de l’enseignement privé en avril dernier, il est actuellement rapporteur de la Commission d’enquête sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires.

Le monde politique entend ainsi vérifier que les établissements scolaires sous contrat sont des lieux sûrs pour les élèves. Auditionné ce mercredi par les députés, Philippe Delorme est resté sur la défensive, amendant lui-même ses positions les plus affirmatives de l’automne sur la nécessaire liberté de l’enseignement. Son successeur saura-t-il donner des gages à l’État tout en permettant à l’Enseignement catholique d’être ce qu’il doit être, un lieu d’instruction et d’évangélisation ? Pour offrir à qui fait appel à lui la Bonne Nouvelle, qui n’est pas une atteinte à la conscience mais un chemin d’épanouissement.

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