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"À jamais les premiers", s’était exclamé le cardinal Aveline face au pape François en reprenant le cri des supporters de l’Olympique de Marseille. C’était le 23 septembre 2023 au Vélodrome, et l’archevêque de la cité phocéenne goûtait la joie de cette messe historique. Aujourd’hui, c’est lui-même qui est le premier, au moins pour trois ans. Ce mercredi 2 avril, réunis pour leur Assemblée plénière de printemps à Lourdes, les évêques de France l’ont choisi pour présider leur Conférence. Ils l’ont fait, aux deux tiers, avec une étonnante rapidité, signe de confiance.
Car, au-delà de l’anecdote, la venue du successeur de saint Pierre à Marseille est révélatrice de la personnalité de Jean-Marc Aveline, qui en fut le principal artisan. Un homme viscéralement attaché à cette ville méditerranéenne. Il y est arrivé à quatre ans, en 1962, avec ses parents pieds-noirs obligés de quitter l’autre rive de la Mare nostrum. Ordonné prêtre dans la cathédrale de la Major en 1984, il y a aussi été ordonné évêque. Par Mgr Georges Pontier, qui le choisit comme auxiliaire au moment où il devenait lui-même président de la Conférence des évêques de France (CEF). En 2019, il y est enfin installé comme archevêque. Cas rarissime d’un prêtre nommé à cette fonction dans son diocèse d’origine.
Un profil “méditerranéen”
Mgr Aveline est méditerranéen. Il en a le caractère chaleureux et jovial, et les questions. Pasteur, homme de liens, il est soucieux de l’unité de son diocèse, visitant régulièrement les communautés traditionalistes notamment. Théologien, il est spécialiste du dialogue interreligieux et fonde en 1992 l’Institut de science et de théologie des religions. Dans cette ligne, et par souci de la question des migrants par son histoire personnelle et la géographie marseillaise, il fait justement venir le pape François pour conclure les Rencontres méditerranéennes, conçues pour faire dialoguer les Églises, les institutions politiques et religieuses et les jeunes de tous les bords de la mer Méditerranée. Un tropisme qui l’a mené jusqu’au projet Med 25.
Mais si le pape François avait finalement accepté de dire la messe, en 2023, au stade Vélodrome, c’est d’abord parce qu’il apprécie l’homme qu’il a créé cardinal le 27 août 2022 et qu’il a nommé consulteur au stratégique Dicastère pour les évêques. Même si son italien n’est pas celui de Dante, Mgr Aveline connaît donc bien la Curie, ce qui ne pourra que l’aider dans sa nouvelle fonction de président de la CEF, alors que la présidence actuelle a parfois eu des liens difficiles avec Rome.
L’homme de la situation ?
Les défis qui attendent le futur président de la CEF, avec les deux vice-présidents et le Conseil permanent élus demain jeudi 3 avril, sont nombreux. Pérenniser, avant tout, les mesures prises depuis 2018 sur les abus dans l’Église et continuer de bousculer la culture ecclésiale. Mgr Aveline le fera assurément, malgré sa discrétion sur ces sujets, mais avec peut-être davantage d’horizontalité que son prédécesseur. Son caractère l’y aidera, comme son expérience au Synode sur la synodalité, où il fut, lors des deux sessions romaines, dans la commission de rédaction du rapport final.
Dans son dernier ouvrage, "Dieu a tant aimé le monde" : petite théologie de la mission, posant un regard théologique sur la situation actuelle, il appelait à renouveler la manière d’annoncer la Bonne Nouvelle en mettant en avant le dialogue, la rencontre, l’émerveillement. Évoquant la "catholicité" de l’Église, il notait qu’elle vient de ce que Dieu veut rassembler dans l’unité ses enfants dispersés (cf. Jn 11, 52). Nul doute qu’une telle vision est nécessaire pour aborder les défis de l’évangélisation en France et sortir l’Église de problématiques internes.
