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Selon la tradition, entre l'heure de la mort du Christ en croix, le Vendredi Saint, et sa résurrection, le dimanche de Pâques, il se serait écoulé quarante heures. Au XVIe siècle, une nouvelle liturgie fondée sur cette temporalité, aussi mystérieuse que décisive pour la foi chrétienne, est apparue dans le nord de l'Italie, puis à Rome : les "Quarante-heures". Cette pratique proposait, généralement pendant la période du Carême, un temps d'adoration continue du Saint-Sacrement, ouvert et clôturé par une messe solennelle.

Si la pratique dévotionnelle des Quarante-Heures existe encore aujourd'hui, notamment dans certaines régions d'Italie, la liturgie qui lui est associée est tombée en désuétude au XXe siècle, notamment après le Concile Vatican II. Les grandes "machines" qui étaient construites pour mettre en valeur l'ostensoir, véritables murs de bougies, qui provoquèrent quelques incendies, furent retirées des autels. La dernière en place de façon permanente, celle de la basilique romaine Santa Maria dell'Orto, a été démontée en 2022.
Une véritable paroi de lumière
Mais récemment, la liturgie des Quarante-Heures a suscité un nouvel intérêt, comme en témoigne la restauration d'une "machine" découverte dans les réserves des musées du Vatican en 2024. À l'occasion du Jubilé, c'est une autre de ces machines qui a été restaurée, cette fois-ci grâce au soutien des Pieux établissements de la France à Rome et à Lorette, après avoir été retrouvée dans le grenier de Saint-Louis-des-Français.

Datant du XIXe siècle, cette imposante structure en bois, délaissée pendant de longues années, a été réparée, repeinte et remontée dans l'abside de l'église romaine, comme jadis. Seule adaptation : elle a été équipée de chandelles électriques capables d'imiter les oscillations de la flamme d'une bougie classique, sans les risques et désagréments liés à la cire. Le résultat, présenté à Saint-Louis-des-Français pendant trois jours (du 27 au 29 mars), est spectaculaire : une véritable paroi de lumière posée sur des fleurs de lys dorées, l'ensemble magnifiant l'ostensoir placé en son cœur.
Un événement du Jubilé
Cette restauration s'est insérée en grande pompe dans le programme de festivités du Jubilé. Sous le patronage de l'ambassade de France près le Saint-Siège et avec l'autorisation du recteur de Saint-Louis, Mgr Laurent Bréguet, plusieurs événements ont été organisés, à commencer par un colloque consacré à l'histoire des Quarante-Heures. Et le 27 mars, une grande soirée d'adoration s'est tenue à Saint-Louis-des-Français, dont les portes sont restées ouvertes toute la nuit pour permettre aux pèlerins de venir se recueillir devant le maître-autel, sublimé par la machine.
Le lendemain, un concert exceptionnel a été organisé dans l'église : au programme, des chefs-d’œuvre oubliés de la Rome baroque, composés pour les grandes heures des cérémonies des Quarante-Heures, et exhumés par le musicologue Huub van der Linden et par Sébastien Daucé, qui dirige l'ensemble Correspondances. Entre plain-chant, polyphonies, pièces instrumentales, c’est une musique en mouvement, solennelle mais insaisissable, qui a été proposée aux nombreux spectateurs.
Venus spécialement de Caen pour l'occasion, et accompagnés d'une dizaine de chanteurs italiens, les musiciens et choristes de l’ensemble Correspondances se sont approprié ce répertoire d’une grande beauté, dans une église qui avait été embellie par des anges baroques porteurs de candélabres, installés autour de la nef par le peintre Philippe Casanova. Les deux événements, la nuit d’adoration et le concert, ont été retransmis en direct par KTO et sont encore accessibles sur leur chaîne YouTube.
Une seconde représentation a eu lieu à Saint-Louis le lendemain matin, suite à quoi la machine a été démontée et rangée. Mais l'administrateur des Pieux établissements, le frère Renaud Escande, a confirmé son intention de la ressortir chaque année au moment du Carême afin que se perpétue la belle dévotion des Quarante-Heures.