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Une fois n’est pas coutume, c’est par la toute fin des Saintes Écritures que nous allons débuter ce regard sur les marchands de la Bible, car le Livre de l’Apocalypse leur réserve un curieux développement en faisant référence à Babylone qualifiée de "grande Prostituée" et dont la chute est annoncée : "Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande ! La voilà devenue tanière de démons, repaire de tous les esprits impurs, repaire de tous les oiseaux impurs, repaire de toutes les bêtes impures et répugnantes ! Car toutes les nations ont bu du vin de sa fureur, de sa prostitution ; les rois de la terre se sont prostitués avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis de son luxe insolent" (Ap 18,2-3). Les marchands, nous le constatons dans cet extrait, sont associés aux abus et au négoce de luxe qui ne respectent pas les voies du Seigneur… Cette dénonciation sera récurrente dans le récit biblique, même si, fort heureusement, certains marchands se démarqueront de cette tendance.
Une activité parfois condamnée
Le négoce occupe le peuple d’Israël – à l’image des nombreuses autres sociétés antiques – depuis ses origines. Le Livre de la Genèse fait référence à cette corporation, celle des marchands et négociants, qui n’hésita pas à vendre comme esclave l’un des douze fils de Jacob nommé Joseph. Ce sont, en effet, les propres frères de ce dernier, jaloux, qui le vendront à des marchands madianites faisant eux-mêmes commerce d’esclaves… Cet aspect du négoce sera ainsi condamné par la Bible pour son caractère amoral. De manière plus générale, c’est l’accumulation corrompue des richesses par les marchands trop avides que relève, pour mieux les condamner, le prophète Isaïe : "Qui donc a décidé ce malheur contre Tyr, elle qui distribuait les couronnes, dont les marchands étaient des princes et les commerçants, les plus influents de la terre ?" (Is 23,8). Le Seigneur, souligne le prophète, abat l’orgueil des fiers et rabaisse "tous les gens influents de la terre" car là ne sont pas les vraies valeurs de la vie. Nombreux sont ainsi les livres de la Bible condamnant l’avidité des marchands lorsque celle-ci les conduit à s’éloigner du chemin de la Sagesse comme l’évoque encore les Livres de Baruch ou d’Ezéchiel.

La colère de Jésus
Mais l’épisode biblique le plus marquant concernant les marchands réside certainement dans le légendaire emportement de Jésus à l’encontre des marchands du Temple. Laissons l’évangile de Matthieu nous le rappeler : "Jésus entra dans le Temple, et il expulsa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple ; il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes. Il leur dit : "Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière. Or vous, vous en faites une caverne de bandits." (Mt 21,12-13). Comment expliquer une telle colère de Celui qui était réputé pour sa miséricorde et sa compassion ? L’avidité des marchands, leur accumulation de richesses et les abus ou malversations éloignaient pour Matthieu des voies de Dieu, telle est la raison principale pour laquelle Jésus interpelle et critique aussi sévèrement la présence des vendeurs dans la Maison même de son Père. Nous le savons, la pratique des offrandes dans l’enceinte du Temple suscitait de nombreuses malversations de la part des vendeurs de pigeons et agneaux destinés et offerts en sacrifice ; balances truquées, bêtes anémiées profitaient non seulement aux marchands du Temple, mais également aux grands prêtres qui en tiraient eux-mêmes profit. Les rites sacrificiels dévoyés de leur sens premier suscitèrent ainsi toute sorte de trafics condamnés par Jésus comme éloignant de Dieu. Au lieu d’un commerce sacrificiel, souvent impie, Jésus offrira son propre corps en offrande ultime, un don incomparable à méditer à la lumière de son emportement rendu, ainsi, plus compréhensible…

