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Le catholicisme de l’offre

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Congrès Mission

Sur le village du Congrès Mission, à Marseille, en 2021.

Paul Airiau - publié le 11/11/23

L’historien Paul Airiau revient sur l’expérience du congrès Mission, et les leçons à en tirer sur l’évolution de l’Église catholique en France. Considérant les conséquences pratiques de la sécularisation accélérée depuis les années 1970-1980, ces catholiques veulent faire de l’engagement missionnaire une « offre » centrale de l’identité catholique.

Le Congrès Mission s’est à nouveau tenu le dernier week-end de septembre. Lancée en 2015, cette initiative s’est engagée en 2020 dans une provincialisation et une internationalisation témoignant de son succès et de sa reconnaissance institutionnelle. Certes, mobiliser sur un objectif, partager les expériences, alimenter la réflexion, le congrès Mission n’innove pas si on le compare à ce que furent les nombreux congrès catholiques des années 1870-1950. On y retrouvait les mêmes modalités : rassembler et mobiliser en masse pour stimuler les énergies, échanger les pratiques, faire circuler l’information, rassurer dans des contextes difficiles. Cependant, ils avaient passé, exténués par les transformations socio-religieuses des années 1960 qui les rendaient désormais peu pertinents, la visibilité étant en sus laminée par la thématique de l’enfouissement. En gros, ne perduraient que les Semaines Sociales de France, dont l’objectif n’a jamais été de faire de la pratique missionnaire, comprise comme mise en relation avec Dieu par l’Église, un élément central de l’identité catholique.

Chercher un nouveau « public »

C’est bien en revanche le projet du congrès Mission, qui montre comment une partie des catholiques, essentiellement des laïcs, pensent aujourd’hui leur rapport à une société toujours plus sécularisée. Désormais, le catholicisme ne doit plus être dans une position de prestataire de services, dans une politique de la demande, mais doit s’engager dans une politique de l’offre, dans le démarchage actif d’une clientèle potentielle. À leur manière, les concepteurs du congrès Mission considèrent que le catholicisme ne peut plus se contenter d’assurer peu ou prou le « service public de la religion ». La situation est telle qu’il n’y a plus vraiment de « public captif » qui, mécaniquement, demanderait des sacrements aux paroisses et alimenterait les activités catholiques. Il est donc indispensable de tirer les conséquences pratiques de la sécularisation accélérée depuis les années 1970-1980.

Un esprit ironique — et les historiens peuvent l’être — ne manquera pas de rapprocher tout cela des transformations des politiques économiques depuis une cinquantaine d’années. Les États assumant le néo-libéralisme ont privilégié une politique de l’offre conforme aux intérêts des entreprises, que la mondialisation financière, industrielle et commerciale due aux volontaires déréglementations a obligé à s’engager dans la recherche active de clients. Le parallèle serait tout aussi pertinent avec ce qui est arrivé aux partis politiques, qui ont perdu leurs “électeurs naturels” et recherchent des votants errant de scrutin en scrutin et rechignant à devenir des militants. En fait, toutes les institutions se retrouvent à devoir aller chercher un à un ceux qui ne viennent plus spontanément à elles, ceux qui, en fait, les considèrent comme plus ou moins utiles.

L’effondrement de la pratique religieuse

À vrai dire, la situation n’est pas tout à fait nouvelle dans le catholicisme. Depuis les années 1930, pour le moins, la militance catholique a voulu aller chercher ceux qui n’avaient jamais eu de liens avec l’Église et ceux dont les liens avaient toujours été limités — baptême, parfois catéchisme et première communion, éventuellement profession de foi et confirmation. Ce furent les intenses mobilisations de l’Action catholique qui visaient à « refaire chrétiens nos frères » et qui ne furent pas sans effets. Il y a donc une forme de réactivation de ce qui fut et qui, comme tout phénomène historique, s’était épuisé. Les prodromes en remontent au milieu des années 1980, lorsque de petits groupes militants relevant d’un intégralisme néo-intransigeant (communauté Aïn Karem) et du charismatisme (communauté de l’Emmanuel) se lancèrent dans le prosélytisme et l’expression publique explicite de la croyance en dehors des activités cultuelles. La pratique se diffusa lentement, par contact ou mimétisme, connaissant une forme de renouvellement générationnel dans les années 2010 (Anuncio).

Par rapport à l’Action catholique, le contexte est radicalement différent. S’il y avait encore dans les années 1920-1970 une “conaturalité” avec le catholicisme de ceux qu’on voulait conquérir, ce n’est presque plus le cas. La sacramentalisation s’est effondrée, la fonction de “service public de la religion” de l’Église se vidange à mesure que meurent les baby-boomers, dernière génération à avoir été massivement socialisée dans le catholicisme, et la compétition religieuse, avec le protestantisme évangélique et l’islam, plus dynamiques, est devenue la norme. Au final, cette “politique de l’offre” traduit la nouvelle situation de minorité concurrencée du catholicisme, plus encore des catholiques pratiquants, et sans parler des catholiques militants. 

Sortir de la prestation de services

Quant à ses résultats… Elle est loin pour l’instant d’avoir inversé la chute de la pratique et de l’affiliation — et le pourra-t-elle jamais ? Mais peut-être vise-t-elle plutôt désormais à produire des recompositions internes à l’Église. Car, de fait, elle est pensée comme devant aussi transformer ce qui demeure du “service public de la religion”, afin qu’il ne soit plus une pure prestation de services. Reste à savoir si ceux qui viennent encore demander du religieux à l’Église ont véritablement envie de recevoir plus que ce qu’ils demandent, et si les catholiques se dévouant à ce “service public” ont le temps, les moyens et l’énergie de faire d’un contact fort ponctuel l’occasion d’une conversion radicale. Demande-t-on autre chose à la SNCF que de faire arriver à les trains à l’heure et les cheminots ont-ils d’autres ambitions que de le faire ? Mais il est vrai que l’Église n’est pas (encore) la SNCF — même si d’aucuns pensent qu’elle passe son temps à laisser filer les bons trains, ceux du changement et de la modernité.

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Tags:
CatholiquesChrétiensMission
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