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Le pape François est-il « papuliste » ?

Pope Francis waves as he arrives in his popemobile to celebrate mass at the Velodrome stadium

Photo by Sebastien NOGIER / POOL / AFP

Le pape François arrivant en papamobile dans le stade Vélodrome de Marseille, 23 septembre 2023.

Louis Daufresne - publié le 07/10/23

Intégrer les codes des médias pour mieux les digérer, les domestiquer, telle serait la méthode "papuliste" du pape François pour affronter les questions que le monde se pose, analyse notre chroniqueur Louis Daufresne. En ne s’interdisant rien, le Pape reste maître du jeu.

Le 23 septembre, aux « Informés » de France Info, une journaliste portugaise parla de « papulisme ». François venait de quitter Marseille. Le concept m’intrigua. Le papulisme marie le papisme et le populisme. L’un fige le visage institutionnel, l’homme s’effaçant derrière sa fonction. L’autre en fait un être autocentré, libre de tout contrôle. François est-il papuliste ? J’ai cru comprendre que pour la journaliste lusophone, le Pape jouait au plus fin, pour faire croire que tout change, alors que rien ne change. François promet beaucoup mais ne tient pas et je suis prêt à parier qu’à l’issue du synode, elle dira que l’Église ne va pas assez vite ni assez loin. Refrain connu.

Une parole sans filtre

Ici donc, le néologisme sert à exercer un chantage moral en suspectant le pape de démagogie, comme on le dirait d’un Trump ou d’un Orban, forcément infréquentables. Laissons-là ce biais idéologique. Ôtons au « papulisme » sa bogue partisane pour en caresser la peau, comme on le fait d’un marron à l’automne. Je trouve alors que le mot sied plutôt bien au pape argentin. Esquivons l’allusion au péronisme duquel ses origines le rapprochent et voyons ce qui distingue le jésuite argentin. D’autres papes personnalisèrent leur pouvoir. Mais si Jean Paul II habitait l’espace de tout son charisme, le prélat polonais n’était point « papuliste ». Question d’époque peut-être, de communication surtout. Les médias peinaient à relayer sa parole assez sinueuse. Hormis son « n’ayez pas peur« , Jean Paul II impressionna moins le monde par ses mots que par ses gestes, donc les images.

Le papulisme utilise une parole sans filtre. Dès le début, François fit de l’oralité spontanée un élément fort de sa communication, par exemple en réconfortant au téléphone une personne en détresse. Cela humanise la fonction : on se dit que le Pape fait comme tout le monde. Mais comme il est seul à occuper ce poste, ses moindres faits et gestes éveillent l’attention, quand un Benoît XVI, homme de l’écrit, passait inaperçu. L’oralité impromptue crée une attente. Ce que dit François suffit à tout dire au monde de ce que l’Église prétend être. Le papulisme a pour effet à la fois d’horizontaliser et de centraliser le pouvoir romain.

Exclure ou ne pas exclure ?

Dire, comme la journaliste portugaise, que le Pape promet beaucoup et agit peu est un non-sens. Depuis dix ans, François bouscule beaucoup d’usages à la curie, invisibles à l’œil nu des médias. Mais surtout, la parole est action et la guerre des mots fait rage, en particulier sur le front sociétal gagné par la mode de l’inclusivisme. Le « papulisme » amène le Pape, tel un funambule, à se promener sur une corde dont l’âme est ultrafine, au risque de toujours verser d’un côté ou de l’autre. Sa réponse aux cinq cardinaux qualifiés de « conservateurs » en témoigne. 

Il faudrait que l’Église parle avec ses propres mots et cesse d’importer en son sein un langage qui ne vient pas d’elle.

La rhétorique bergoglienne semble ouvrir la voie à la bénédiction des couples de même sexe. Je dis bien « semble » car si le mariage demeure « une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme », dit François, « nous ne pouvons pas être des juges qui ne font que nier, rejeter, exclure », ajoute-t-il. Dans la même phrase, il plaide pour l’union exclusive tout en disant qu’on ne peut pas exclure… L’Église peut-elle bénir des couples gays, stériles par nature, alors que l’Église bénit la vie ? Mettre le sujet au menu, est-ce simplement faire preuve d’une « dynamique d’écoute » pour dire que l’institution est « hospitalière » et que ses portes sont « ouvertes à tous » ou cherche-t-on à rendre pensable ce qui ne l’était pas ? Ainsi s’explique l’exigence de clarification demandée par certains cardinaux, redoutant que le pontificat bergoglien lève des interdits mentaux, ce qui préparait les esprits à des évolutions qu’ils jugeront naturelles ou inévitables.

L’exercice d’équilibrisme

À la vérité, pourquoi traiter ce genre de sujet ? Le papulisme déstabilise car ses mots sont ceux que les médias utilisent pour parler de l’Église, et formuler ses attentes à son égard. Or, cette logorrhée pose un problème car les mots de l’Église ne s’exportent plus hors de ses murs et deviennent donc inaudibles, personne ne sachant plus quelle réalité ils désignent. En clair, pour que le synode ne soit pas un lieu de « stratégies humaines, de calculs politiques ou de batailles idéologiques », comme le dit François, il faudrait que l’Église parle avec ses propres mots et cesse d’importer en son sein un langage qui ne vient pas d’elle. Quand François met en garde contre la tentation d’«être une Église rigide, qui s’arme contre le monde et regarde en arrière », il reprend de bien vieux stéréotypes mondains, alors que lui-même dénonce la mondanité.

En ouvrant le synode, François alerta sur les « maladies » de l’Église, en écho à son décapant discours de 2014 où il en répertoriait quinze. La neuvième met en garde contre le terrorisme des « bavardages ». Sauf que le papulisme prospère sur une parole débridée. Concevons l’exercice d’équilibrisme auquel conduit le papulisme — qui se réserve toutes les options pour rester maître du jeu. Le « en même temps » macronien ne procède pas autrement. 

Ne rien s’interdire

Le papulisme intègre les codes des médias pour mieux les digérer, les domestiquer, alors que Benoît XVI les ignorait et que Jean Paul II en jouait. Beaucoup de catholiques ont du mal avec cette communication erratique. Le papulisme ne s’interdit rien, c’est sa force : ne pas se poser les questions que le monde se pose, c’est prendre le risque de ne plus être écouté par personne. Aussi la parole bergoglienne traite de ce qu’elle veut, prend la main, qu’il s’agisse des migrants, de l’urgence climatique ou des « avancées » sociétales. Les absents n’ont-ils pas toujours tort ? Au front des problématiques actuelles, on ne pourra pas reprocher à François d’être un planqué.

Tags:
ÉglisePape FrançoisSynode
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