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Que veut dire “la Méditerranée” pour le pape François ?

Marseille Basilique Notre Dame de la Garde

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Basilique Notre Dame de la Garde à Marseille.

Xavier Lefebvre - publié le 23/08/23

Le voyage du pape François à Marseille fin septembre n’est pas une visite de plus mais le signal d’une préoccupation pastorale stratégique. Les cinq "mondes" qui constituent la "mosaïque" méditerranéenne concentrent à eux seuls les défis d’une espérance commune à construire, sans les dérives idéologiques d’un mondialisme mortifère. Explications.

À l’invitation du cardinal Jean-Marc Aveline et dans le cadre des Rencontres méditerranéennes, le pape François se rendra à Marseille le samedi 23 septembre. L’initiative de ces Rencontres vient de la Conférence épiscopale italienne. La première édition s’est tenue en 2020 à Bari, en raison du culte de saint Nicolas, symbole du lien entre l’Orient et l’Occident. La seconde Rencontre a eu lieu en 2022 à Florence, avec une soixantaine d’évêques, et quelques maires de grandes villes méditerranéennes. Pour l’archevêque de Marseille, il s’agit d’entretenir les relations avec les différentes églises du pourtour méditerranéen (“La mer nous est commune, mais les situations sont extrêmement diverses”), pour essayer d’apporter une contribution aux problématiques géoculturelles (politiques, économiques, religieuses), et favoriser l’unité du genre humain, dit-il dans une interview sur le site des Rencontres méditerranéennes. C’est dans ce sens que Mgr Aveline a créé, en 2021, un Service diocésain des relations méditerranéennes (confié au père Alexis Leproux), adossé à l’Institut catholique de la Méditerranée

Un véritable pèlerinage méditerranéen

Le pape François s’est exprimé à maintes reprises sur les enjeux politico-religieux du bassin méditerranéen. C’est peut-être aussi dans cette logique qu’un certain nombre de cardinaux ont été créés dans cette région du monde, dont on retiendra, outre l’archevêque de Marseille, François Bustillo, le jeune évêque d’Ajaccio. Que vient donc dire l’évêque de Rome à Marseille ? François a suivi un véritable “pèlerinage méditerranéen” depuis le début de son pontificat, méditant un “chapelet de la fraternité”, au fur et à mesure des sujet abordés : insistance sur la question migratoire (en particulier à Lampedusa 2013, Lesbos 2016, Chypre 2020, Malte 2022, “cœur de la Méditerranée”, 2022), sur le dialogue interreligieux et la paix (Turquie et Albanie en 2014, Égypte 2017, Maroc 2019) ;  sur l’œcuménisme (Bari 2018, Athènes 2020), sur la Méditerranée, frontière de paix (Bari 2020). Il ne faut pas oublier dans ce cadre le discours de Naples, adressé aux théologiens, intitulé “la théologie après Veritatis gaudiumdans le contexte méditerranéen”, donnant la vision du Pape sur la recherche théologique dans un contexte multiculturel. Un texte révélant déjà que pour le pape, le “pastoral” passe avant le “doctrinal”…

Une « mosaïque d’espérance »

Une grande partie des voyages du pape François s’est donc réalisée autour de la Mare nostrum. Ces voyages, dans lesquels il donne la ligne rouge de son pontificat (une Église missionnaire en sortie, promotrice de la paix par la fraternité), sont aussi à comprendre dans le contexte de la mondialisation économique, politique et culturelle. Retenons deux images importantes employées par le pape. Tout d’abord la Méditerranée est une mosaïque d’espérance, constituée par cinq ensembles différents : l’Afrique du nord (et le monde musulman), le Proche-Orient (avec Israël), les Balkans, la mer Noire (et le monde orthodoxe), enfin l’Europe latine. Ces peuples constituent une “mosaïque”. Il s’agit de l’animer de la vertu évangélique de l’espérance, vertu nécessaire dans un monde en crise, comme François l’a rappelé aux JMJ de Lisbonne.

La barque de l’Église a intérêt à trouver les vents adéquats pour éviter de briser son discours avec fracas sur les rochers coupants du mondialisme lié au phénomène migratoire.

L’autre image est le polyèdre : image d’une “mondialisation heureuse”, fondée sur le respect et la vocation des peuples, selon le Pape, contre l’image d’une mondialisation “sphérique”, où les nations disparaissent, aplaties par la “colonisation idéologique”. À ce titre, la Méditerranée peut apparaître comme un “cimetière” (expression employée souvent par le pape, et dernièrement lors de son vol de retour de Lisbonne) : celui des victimes de cette mondialisation.

Les rochers coupants du mondialisme

Nous avons là toutes les clés pour saisir la portée du prochain voyage pontifical aux accents de doctrine sociale de l’Église. La plupart de ses thèmes seront abordés, dans l’élan de l’encyclique Fratelli tutti, au cœur de laquelle on aura remarqué le paragraphe intitulé “liberté, égalité, fraternité”, clin d’œil à la France (n. 103). Ce moment signera encore une fois la “théo-praxis” du pape François. Reste une question, à la mesure des enjeux de l’ambition du chef de l’Église de Rome : la Méditerranée donne-t-elle vraiment l’image d’une mondialisation heureuse et fraternelle ? Les courants idéologiques y sont très puissants.

La barque de l’Église a intérêt à trouver les vents adéquats pour éviter de briser son discours avec fracas sur les rochers coupants du mondialisme lié au phénomène migratoire. Au retour de Lisbonne, François a répété qu’il venait à Marseille “et non en France”, pour aborder entre autre ce sujet. Beaucoup de peuples souffrent de la situation, non seulement les pays de départ, mais aussi ceux qui accueillent… Or les peuples ne sont pas l’Église. Si celle-ci doit être “ouverte à tous” (discours à Fatima), ceux-là doivent être respectés dans leur histoire et leur culture, et leur identité. Une grande partie de la jeunesse catholique en France en a conscience… Bien des questions se poseront après le 23 septembre.

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