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Dans quel cas est-il permis de mentir ?

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Morgane Afif - publié le 06/01/23

"Tu ne porteras point de faux témoignage" : si l’interdit du Décalogue prohibe le mensonge, peut-on y avoir recours dans certaines conditions ? Tour d’horizon avec saint Augustin dans ses “Dialogues philosophiques”.

Peut-on « considérer qu’il faut mentir, à l’occasion, en faisant un mensonge honorable, obligeant et compatissant ? » s’interroge saint Augustin dans Sur le Mensonge. Existe-t-il une sorte de mensonge que permet la morale chrétienne, un « mensonge utile » qui servirait le bien ? Selon l’évêque d’Hippone, mentir n’est pas parler avec une intention de dire le faux mais bien parler avec l’intention de tromper.

Le faux témoignage, qu’interdit le commandement reçu par Moïse au Mont Sinaï, est en fait toute espèce de mensonge, car, explique saint Augustin, « quiconque parle porte en effet témoignage sur son état d’esprit ». « Rien n’est à redouter quand l’esprit a bien conscience d’énoncer ce qu’il sait, estime, ou croit être vrai, et ne veut convaincre de rien d’autre que ce qu’il énonce. » La question de l’utilité du mensonge se pose lorsque quelqu’un dit le faux avec la volonté manifeste de tromper ; l’Ancien Testament est peuplé de menteurs, comme Jacob se faisant passer pour son frère Esaü auprès de son père Isaac. D’autres, ayant également eu recours à la tromperie, avaient quant à eux de plus nobles aspirations. Ce fut le cas d’Abraham affirmant que Sara, son épouse, est sa sœur pour se protéger de la convoitise des Égyptiens, ou encore des sages-femmes mentant à Pharaon pour éviter la mort des nouveau-nés des Hébreux. 

Mensonge et délation

Contrairement à ses prédécesseurs, pourtant, Augustin écarte l’idée du « mensonge utile » et convoque pour cela un exemple archétypal : « Si vient se réfugier auprès de toi un homme qui ne peut se sauver de la mort qu’au prix de ton mensonge, s’inquiète-t-il, ne mentiras-tu pas ? » La réponse du sage a de quoi choquer le monde qui a oublié que son bien le plus précieux n’est pas sur cette terre. Ici, celui qui ment à l’assassin en affirmant que celui qu’il cherche n’est pas ici, n’a pas peur de pécher et craint la mort qui tue le corps mais pas celle qui tue l’âme. Or, rappelle ainsi Augustin, « la bouche qui ment tue l’âme ». Dès lors, « comment être assez pervers pour dire que l’un doit vivre physiquement, et l’autre mourir spirituellement ? » L’amour du prochain, qui est un commandement biblique, trouve pourtant sa limite précisément dans l’amour de soi : aimer « comme » soi-même ne veut pas dire « plus que soi-même », et l’on ne peut préserver une vie temporelle au détriment d’une vie spirituelle. Scandaleux ? Augustin répond à « ceux qui s’enflamment, qui s’indignent si quelqu’un se refuse à anéantir son âme pour permettre à un autre de vieillir dans sa chair, que diront-ils si un homme peut être délivré de la mort au prix, de notre part, d’un vol ou d’un adultère ? […] Il faut assimiler la question “Un homme doit-il mentir pour le salut d’un autre ?” à celle-ci : “Un homme doit-il commettre l’injustice pour le salut d’un autre ?” »

Il ne faut mentir en aucune occasion, conclut Augustin

Si le mensonge est proscrit, la délation, que déteste l’Écriture, l’est également. Poursuivons cet exemple : comment, alors, se préserver du mensonge qui est péché mortel, tout en sauvant de son bourreau la victime dont on connaît la cachette ? « Comme il y a plus de courage, plus de mérite, à dire : je ne dénoncerai personne, je ne mentirai pas ! » La pensée ordinaire qui dit qu’à l’occasion, pour rendre service, on peut ou doit mentir, est donc erronée. N’appelle-t-on par le Malin « père du mensonge » ? « Il ne faut mentir en aucune occasion, conclut Augustin, puisqu’on ne trouve aucun exemple de mensonges dignes d’imitation dans les mœurs et les actes des saints. »

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BiblemensongeSaint Augustin
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