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Pourquoi il n’y a pas de « magie de Noël »

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Augustin Talbourdel - publié le 19/12/22

S’il est un mot qui, à l’approche de Noël, revient en boucle dans les publicités et devantures de magasin, c’est bien celui de "magie". Noël serait l’occasion de "réenchanter le monde", de "retrouver son âme d’enfant". Et si la naissance de Jésus-Christ, dans un monde désenchanté, était le contraire d’un événement magique ?

Fêter Noël dans une société dite « post-chrétienne » n’est pas une mince affaire. Pour attirer l’œil et ne pas troubler la laïcité, une convention s’impose : Noël est une fête magique ou enchantée. Est magique tout récit qui contredit les lois de la raison et exige cependant d’être cru. Noël, avec ses guirlandes et ses sapins, en ferait partie. Le rationalisme contemporain, une fois dans l’année, s’autorise un entracte. La foi chrétienne, déguisée en féerie commerciale, fait un retour remarqué pendant un mois.

Ce besoin d’émerveillement que la période de Noël rend manifeste est symptomatique du « désenchantement du monde » qui a cours depuis plusieurs siècles. L’expression, rendue célèbre par Marcel Gauchet, vient d’un sociologue du siècle passé : Max Weber. Elle désigne, en un mot, le déclin des croyances magiques survenu à l’époque de la Réforme protestante. À partir du XVIe siècle, la rationalisation progressive de tous les domaines de la vie, y compris la religion, et la maîtrise de la nature par la science et la technique aboutissent à désenchanter le monde. Le mystère est levé, l’étonnement des origines cède la place à la mélancolie du déjà-vu.

Or le désenchantement actuel, selon ce même auteur, a été rendu possible par le judéo-christianisme lui-même. Le magicien, en effet, se prétendait capable d’influencer le choix des dieux. Or l’existence d’un Dieu transcendant prive l’individu du recours aux médiations magiques. Avec la mise en garde des prophètes contre l’idolâtrie, l’enseignement par les lévites d’une loi à respecter, la désacralisation de la nature considérée comme création soumise à Dieu, la révélation monothéiste met fin au règne des dieux païens, dont l’univers grec est « plein », ainsi qu’à leurs sortilèges.

Une fête qui a perdu son sens aux yeux du monde

Ce qui est vrai de l’ancienne alliance est vrai de la nouvelle : le Christ lui-même n’a-t-il pas, en un sens, désenchanté le monde ? Le Christ, dit saint Bernard, est le « Verbe agrégé ». En la personne du Fils, le Père donne tout et dit tout, quitte à rester « muet », comme le risque saint Jean de la Croix. L’incarnation met donc un terme à la sacralité diffuse qui caractérisait le monde ancien : les éléments du monde perdent leur pouvoir. Le protestantisme poussera ce rejet de la magie à son paroxysme, en critiquant par exemple les reliquats « magiques » présents dans catholicisme : l’hostie dans l’eucharistie, le culte des reliques etc. 

Tel est le paradoxe : en célébrant la magie de Noël, l’époque actuelle donne valeur d’envoûtement à la naissance de Celui qui, justement, libère l’humanité du mauvais sort jeté par le « prince de ce monde ». 

On peut douter du fait que la société contemporaine soit « sortie de la religion » grâce au christianisme, mais on ne peut nier qu’une fête comme Noël ait, en deux mille ans, considérablement perdu son sens aux yeux du monde. Tel est le paradoxe : en célébrant la magie de Noël, l’époque actuelle donne valeur d’envoûtement à la naissance de Celui qui, justement, libère l’humanité du mauvais sort jeté par le « prince de ce monde ». 

Rien d’étonnant à cela. Un monde qui attend son salut de messies impuissants (le salut par la politique ou par l’art) aura du mal à reconnaître, dans l’événement ordinaire d’une naissance, le vrai Dieu qui vient à sa rencontre. À Noël naît Celui devant qui les mages se prosterneront à l’Épiphanie. Ainsi, la venue du Christ détrône les magiciens et déjoue toute tentative d’enchantement comme de désenchantement. En Jésus-Christ, Dieu sauve le monde de cet envoûtement qu’est le péché et de ce désespoir qu’est la mort sans la résurrection.

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