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L’Avent et la femme hors du temps

vierge-allaitant

Jean Hey, CC0, via Wikimedia Commons

Vierge allaitant, 1495, musée national du Moyen-Âge, Paris.

Jean-François Thomas, sj - publié le 02/12/22

L’Avent est l’attente de l’Incarnation de Dieu, et aussi le temps où se dessine une nouvelle figure de la femme et de la maternité. Dans la foi, le symbole de la femme éternelle est celui de l’éveil à l’amour et du dévouement aux plus faibles.

Si notre société hostile au catholicisme accepte encore — bien qu’avec difficulté en ce pays — l’image d’un enfant qui va naître à Noël, si notre époque, plus soucieuse de déconstruire que de construire, aime encore faire bombances pour les « fêtes de fin d’année », l’une et l’autre sont à mille lieues de comprendre que l’Avent est l’attente de l’Incarnation de Dieu, et aussi le temps où se dessine une nouvelle figure de la femme et de la maternité. Nos yeux sont certes fixés sur la Nativité, à juste titre, mais cette dernière n’est rendue possible que par la maternité, même si celle-ci, dans ce cas particulier, revêt des caractéristiques hors du commun et de l’ordinaire. 

Le rôle symbolique de la femme

En 1935, Gertrud von Le Fort, cet écrivain amie d’Édith Stein, qui inspira notamment Georges Bernanos pour Le Dialogue des Carmélites, rédige, dans un contexte très difficile en Allemagne, un bel essai méditatif intitulé : La Femme éternelle. Simone de Beauvoir n’a pas encore commis Le Deuxième Sexe, et autres textes minant la réalité de la femme, et non point simplement son image, mais les esprits commencent à être plongés dans la confusion par une littérature qui, depuis la fin du XIXe siècle, n’a de cesse de saper les structures traditionnelles des sociétés européennes. Depuis, la confusion règne et les nouvelles idéologies poussent à faire croire que l’homme et la femme n’existent pas. Le féminisme contemporain détruit la femme au lieu de la servir. Tous les aspects de la femme éternelle s’unissent dans la figure de la Vierge Marie qui est femme, épouse et mère. Le Pseudo Épiphane de Salamine, au IVesiècle, lui octroie le beau titre de « table intellectuelle de la foi » (Homélie en l’honneur de Marie Mère de Dieu).

Au lieu de se focaliser sur le rôle psychologique ou biologique de la femme, il serait temps de retrouver le rôle symbolique, ceci afin de sortir des erreurs et des ornières actuelles. Dans l’Hortus Pastorum de Jacques Marchand, au XVIIe siècle, se trouve cette belle remarque : « Certains remarquent […] que le premier mot de l’Ange, AVE, a comme première lettre A, qui désigne Adam, E, qui désigne Ève, et entre elles médiatrice V, qui désigne la Vierge, qui est médiatrice entre Adam et Ève. » Une autre lecture symbolique, relevée d’ailleurs par Paul Claudel amoureux de ce type d’exégèse peut regarder A comme l’Alpha-le-Père, V comme le Verbe, et E comme le Saint-Esprit (Journal, 17 septembre 1944). 

Fécondité du silence

La foi a besoin de symboles. Ces derniers ne sont en rien caduques même lorsqu’ils sont niés ou négligés. Ils demeurent hors d’atteinte et intacts lorsque les hommes n’en comprennent plus le sens. Gertrud von Le Fort dit justement : « Le symbole n’exprime donc pas ce que comporte d’empirique l’état du sujet, qui à ce moment précis lui sert de support, mais il en fournit la signification métaphysique. En un mot, le sujet peut déchoir, le symbole reste et ne tombe pas avec lui » (La femme éternelle). Comme Femme éternelle, La Très Sainte Vierge ne représente pas seulement la féminité mais aussi la masculinité. Elle est la fois Rose mystique et Tour de David. La révélation de toute essence, dans l’ordre du symbole, présente toujours un double aspect. Le héros, par exemple, peut éprouver, lorsqu’il est chevalier, une miséricorde infinie, vertu féminine qui se transforme alors en caractéristique virile. Ceci ne confond pas les sexes, ne les gomme pas, puisque d’identiques vertus sont capables de donner à chacun, selon qu’il est homme ou femme, des caractéristiques particulières.

Ainsi ce qui est voilé est un symbole propre à la femme. L’artiste Ruth Schaumann écrivait : « Les femmes authentiques sont silencieuses et réclament le silence… Montre-moi la femme qui écrit sur ce qui la concerne… Sur ce qui la touche, elle se tait, car le silence est ici le nom de la vie, le discours celui de la mort. Ce qui est secret est fécond, ce qui est divulgué ne l’est plus » (Lettre de Chelion à Cletus). Il ne s’agit pas ici du voile de la soumission, mais de ce que la Vierge Marie cultive en son cœur, de façon parfaite : Elle gardait tout en silence, ou avec très peu de mots, afin de le faire fructifier, comme Elle porta en son sein, à l’abri du monde, Celui qui allait sauver ce monde. Le bavardage et le déballage modernes, l’exhibitionnisme des sentiments et des expériences sont les caractéristiques d’une société où la femme, la mère ne se respectent plus et ne sont plus respectées. 

L’éveil de l’amour

Les hommes bien sûr n’échappent pas à la règle mais, depuis bien longtemps, ils ont perdu en grande partie l’usage de cette discrétion qui est la marque des âmes habitées par Dieu. Ceux qui s’étalent en public n’exposent que le vide. Ils disent n’avoir rien à cacher car, justement, le rien, ou le trouble, les habitent. Un exemple récent, couronné justement par le monde, est celui du nouveau prix Nobel de littérature, Annie Ernaux. Ces femmes-là sont encensées car elles rejettent le mystère et refusent la transcendance. Elles ne peuvent que mépriser ou haïr la figure de la Très Sainte Vierge en cet Avent silencieux. Lorsqu’une âme profonde est sollicitée par quelque chose de vrai ou de bon, elle le tait afin que cela croisse en elle. Tout le contraire de l’exposition perpétuelle des émotions et des passions qui mine tous les moments et toutes les strates de l’existence contemporaine. Ces vers du poète Friedrich Hebbel illustrent bien l’attitude de la Très Sainte Vierge au moment de sa délivrance : 

« Elle a mis un enfant au monde
Haute joie, profonde peine
Et elle s’est maintenant toute enfouie
Dans son amour muet. »
(Mère et enfant

Urs von Balthasar écrira admirablement sur le regard de toute mère avec son enfant, regard qui est la première expérience métaphysique de tout être humain. Dans L’Amour seul est digne de foi, se trouve cet éclairant passage : « Quand la mère, pendant des jours et des semaines, a souri à son enfant, elle reçoit un jour de lui pour la première fois la réponse d’un sourire. Elle a éveillé l’amour dans le cœur de l’enfant, et en s’éveillant à l’amour, l’enfant s’éveille aussi à la connaissance ; les impressions vides des sens prennent une signification en se rassemblant autour de ce centre qu’est le Toi. »

Le geste de toute mère envers son enfant 

La mort ne pourra pas effacer ce lien. Les contes l’ont bien compris car, même lorsque la mère a disparu, rien ne peut la séparer de son enfant, souvent la proie de tyrans et de marâtres. Une belle légende bretonne parle des berceuses de leur enfance qu’une femme morte chante aux marins naufragés en perdition. Hélas, le monde contemporain tourne le dos à cette femme et lui préfère celle incarnée par Krimhilde, dans les Nibelungen : elle se venge de la mort de son mari en assassinant ses frères et en sacrifiant son propre enfant. Ce n’est plus un symbole littéraire, mais la réalité banale, alors que des millions d’enfants de par le monde sont tués dans le ventre maternel, exacte antithèse de la Nativité. Saint Paul écrit que les femmes sont « bénies par l’enfantement », et lui-même ressens les douleurs de l’enfantement pour que le Christ soit formé en chacun (Épître aux Galates, IV).

La Très Sainte Vierge, souvent représentée comme Vierge de Miséricorde, accomplit à la perfection le geste de toute mère envers son enfant : le dévouement sans limite envers le plus faible et le plus démuni. Gertrud von Le Fort écrit : « Nous atteignons ici la région où même le minerai pauvre en vaut la peine. La frontière de l’humain se trouve toujours à la porte d’entrée de Dieu. Les petits, les faibles, les déficients de cette terre sont là pour rappeler aux hommes la miséricorde éternelle, ils représentent la défaillance de l’homme terrestre sous sa forme la plus douce et la plus émouvante ; la plus grave et la plus douloureuse se montre sous la figure du péché et de la faute. À ce titre, les petits et les faibles de cette terre ne possèdent pas seulement le royaume des cieux selon l’Évangile, ils sont aussi ceux qui l’annoncent, ils en ouvrent le chemin. »

La Femme de l’Avent nous conduit pas à pas, dans le silence, dans les profondeurs de cette foi.

Cette maternité n’est donc pas forcément charnelle, mais spirituelle. Elle est à portée de main pour toutes les femmes et, à travers la Très Sainte Vierge, pour tous les êtres. Une société qui se condamne à ne pas reconnaître cette réalité ne peut que faillir et défaillir. Dans L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, Pierre de Craon reconnaît cette vérité : « Je te remercie, mon Dieu, d’avoir fait de moi un père de cathédrales […] (car) l’homme est prêtre, mais à la femme il a été donné de s’offrir à Dieu. » Maternité religieuse et mystère sacrificiel du prêtre se rejoignent ainsi, d’où la distinction nécessaire et intangible entre ces deux volets d’un unique diptyque. L’Église, gardienne de ce trésor, ne peut y toucher. La Femme de l’Avent nous conduit pas à pas, dans le silence, dans les profondeurs de cette foi.

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