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Le joueur de flûte ou l’attrapeur de rats

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LEEMAGE VIA AFP

Grünewald, Retable d'Issenheim, Crucifixion, 1512 - 1516, musée Unterlinden, Colmar.

Jean-François Thomas, sj - publié le 16/12/22

Nos rencontres sont rarement semblables à celle de Jésus et de Jean-Baptiste : la voix préparant à la Vérité. Combien de fois, ne sommes-nous pas tentés de suivre les joueurs de flûtes qui nous éloignent de Celui qui est vraiment la Voie ?

Qui donc nous préparons-nous à accueillir, à voir, à contempler alors que nous attendons impatiemment Noël, pas forcément pour de justes raisons spirituelles ? À qui allons-nous nous attacher et quelles seront les conséquences de cet attachement pour le reste de notre vie ? Le danger est que notre regard ne se pose pas là où il devrait, que nous nous arrêtions à mi-course, fatigués, ou bien subjugués par des êtres qui ne devraient point prendre la place de Celui qui vient. Lorsque Notre Seigneur reçoit les envoyés de Jean le Baptiste déjà en prison, Il répond à leur curiosité en essayant de remettre de l’ordre dans leur attente. Il les renvoie à ce qui les a mus lorsqu’ils sont allés vers le Précurseur et à ce qui les habite lorsqu’ils viennent vers Lui. L’homme est attiré par « le roseau agité par le vent », par celui qui est vêtu d’ »habits délicats », par les « prophètes » (Mt11, 2-10). Il ne recherche que ce qu’il a déjà construit par ses désirs, son imagination, et, nécessairement, son attachement sera vicié et désordonné. Ainsi les rats suivent-ils le joueur de flûte en pensant marcher vers leur salut. 

L’objet de nos enthousiasmes

Chacun connaît cet épisode qui se serait passé dans la ville allemande de Hameln au XIIIe siècle. En 1280, les habitants de cette cité étaient désespérés car la famine et la peste ravageaient leur communauté. Un jour, se présenta justement à eux un homme en habits chatoyants, comme dans les paroles du Christ. Le maire tomba sous le charme de ses promesses, car, moyennant rétribution de mille écus, il se proposa de dératiser toutes les habitations. Le contrat fut signé et le miracle s’accomplit : l’homme joua de la flûte et entraîna à sa suite, jusqu’à la rivière Weser, des milliers de rats qui s’y jetèrent tête première avec confiance et périrent noyés. Évidemment, une fois libérés, les citoyens de Hameln refusèrent de se conformer à leur engagement et chassèrent le joueur de flûte à coups de pierre. Ce dernier, dans le calme de la nuit, revint dans la ville et attira à sa suite tous les enfants, cent trente garçons et filles, ceci jusqu’à une grotte dont l’entrée se referma à jamais sur eux. 

Voilà le sort qui guette ceux tentés de suivre les premiers ensorceleurs venus, de ceux qui confondent même simplement le maître avec le serviteur, hypnotisés par ce qui brille, ce qui est clinquant, ce qui fait du bruit. Il faut se méfier de tous les attachements qui ne sont pas inspirés par la vérité mais qui résultent de nos passions, de nos émotions, de nos préférences, de nos opinions. Nous risquerions bien de nous retrouver dans le fond de la rivière ou dans les ténèbres d’une grotte. Les joueurs de flûte sont nombreux en ce monde, notamment dans la sphère politique mais pas uniquement : ils sont présents dans le journalisme, l’instruction publique, les « arts », et aussi, hélas, au sein de l’Église, sans parler des fausses religions et des sectes. Nous ne manquons pas de musiciens doués par la parole ou par l’écrit, par le jeu ou par l’action. Nos rencontres sont rarement semblables à celle de Jésus et de Jean-Baptiste : la Vérité et la voix préparant à la Vérité. Elles se déroulent plutôt sous l’air du pipeau. Il suffit de constater l’hystérie collective des foules dans un stade, dans un rassemblement politique, dans une manifestation. Celui qui est reconnu comme un grand homme n’a généralement rien d’autre à dire ou à montrer que la médiocrité de ses instincts ou le mensonge de ses fausses convictions. Comme quoi, il serait préférable de regarder à deux fois l’objet de nos enthousiasmes qui nous précipitent à la suite de personnages bien peu recommandables. Nous nous satisfaisons si souvent à être sous emprise, sous l’empire des attrapeurs de vide et des vendeurs de faux espoirs.

Notre pire ennemi est nous-mêmes

En fait, notre pire ennemi est nous-mêmes, comme l’ont bien noté et repéré, depuis les Pères du désert, tous les guides spirituels. Le jésuite Dominique Bouhours, au XVIIesiècle, écrivait, dans ses Pensées chrétiennes pour tous les jours du mois 

« L’homme n’a rien à craindre que soi-même. Sa propre faiblesse le doit plus faire trembler que toutes les puissances de l’enfer. Il ne faut qu’une parole, qu’un soupir, qu’un regard pour le vaincre. Adam a péché ; Salomon a oublié Dieu ; saint Pierre a renié Jésus-Christ. Que deviendront les roseaux, si le vent renverse les cèdres ? L’homme est vaincu le plus souvent sans être attaqué. Nos passions et nos sens conspirent contre nous à toute heure : notre propre cœur est notre plus dangereux ennemi. Ceux que les persécutions n’ont pu abattre sont tombés dans le désert : après avoir vaincu les tyrans et les démons, ils ont été vaincus par leurs convoitises. Gardez-vous bien de vous apprivoiser jamais avec vous-même » (XVe Jour). 

Nous sommes pour nous-mêmes le joueur de flûte, sans avoir besoin d’un musicien venant de loin pour nous ensorceler. La petite musique s’égrène dans notre esprit, dans notre cœur, dans notre âme, et elle nous pousse à suivre ce que nous avons décidé être le plus attrayant, sans tenir compte des multiples avertissements divins et de l’expérience de tous nos anciens à l’écoute de Dieu.

Le doigt montrant le Crucifié

S’attacher de façon désordonnée à telle ou telle personne, simplement sous le prétexte qu’elle charme nos oreilles et qu’elle nous dit ce que nous attendions, qu’elle nous conforte dans nos sentiments et nos jugements, nous plonge dans un désert où nous perdrons la trace de Celui qui est vraiment la Voie. Jean le Baptiste a tant insisté pour faire comprendre à ses disciples qu’il n’était rien, qu’il n’était que le doigt montrant le Crucifié — comme il est magnifiquement représenté sur le Retable d’Issenheim par Grünewald. Cela peut même se produire dans la direction ou l’accompagnement spirituels. Monsieur Jean-Jacques Olier, en 1641, prévient un fidèle à propos de l’attachement excessif envers son père spirituel : « Souvent parce qu’on s’y attache trop, on se voit privé de véritables lumières qui seraient nécessaires, et Notre-Seigneur les retire même aux directeurs, parce qu’il est jaloux d’être connu pour le grand directeur de l’Église et de tous ses enfants. »

Celui que nous attendons ne souffre aucune autre préférence. Ne prétextons pas d’être influencés par tant d’autres voix dans le monde pour excuser notre indifférence, pour expliquer le fait que le Christ n’est pas au centre de notre vie, pour justifier nos encombrements et le fait que nous nous attachons surtout aux joueurs de flûte. Nous sommes maîtres de nos choix. Judas n’a eu besoin de personne pour se passer la corde au cou. Il s’est précipité dans les ténèbres comme les rats de la légende. L’Avent, qui est attente, est le moment des choix décisifs : suivre César et ses œuvres, ou bien planter dans son cœur la Croix de Celui qui vient.

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