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Les trois enseignements sur la grâce de la multiplication des pains

multiplication des pains

Pascal Deloche

La multiplication des pains, église Saint Sauveur In Chora, Turquie.

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - Publié le 24/07/21

Le miracle de la multiplication des pains, associé à celui de l’Eucharistie, nous montre comment Dieu opère pour nous donner sa grâce.

Dans l’Évangile de Jean, la multiplication des pains est le prélude au discours sur le pain de vie, dont il est séparé par une nuit au cours de laquelle Jésus marche sur l’eau. C’est le début du ministère public. Jésus prêche, la foule est nombreuse, et Jésus s’enquiert auprès des disciples du moyen de rassasier tout ce monde : ventre affamé n’a pas d’oreille ; s’il veut être écouté, il faut que son auditoire mange. Cette multiplication des pains préfigure clairement l’eucharistie puisque les mots de Jésus sont ceux que les synoptiques et saint Paul utilisent pour le récit de l’institution : « Il prit les pains, rendit grâces, et les distribua aux convives autant qu’ils en voulurent » (Jn 6, 11). Dès lors, et puisque l’intention des rédacteurs d’associer ces deux réalités — la multiplication des pains et l’eucharistie — est évidente, il y a trois aspects qu’on peut relever.

1Nourrir des corps

D’abord, dans la multiplication des pains, la dimension de réfection de l’eucharistie est très mise en valeur : il s’agit de nourrir des gens qui ont faim. L’Évangile, c’est physique : on touche, on mange, on boit. Cette dimension physique est centrale. Le Christ n’est pas venu sauver des âmes séparées flottant dans l’éther, mais des personnes, âmes et corps. C’est au point même que la béatitude éternelle ne sera achevée au Ciel que lorsque chacun retrouvera son corps à l’état glorieux. Le Ciel n’est pas un théâtre d’ombres où des esprits errent dans une joie fantomatique, c’est un festival de corps glorieux exultant d’une joie d’autant plus spirituelle qu’elle est aussi corporelle. Et ce qui vaut au Ciel commence dès cette terre.

Si les querelles sur le genre d’hostie qui convient pour la célébration de l’Eucharistie ne sont pas très passionnantes, il reste important que l’hostie soit au moins un peu substantielle, qu’on mange vraiment quelque chose.

Parce que le corporel compte, il faut tenir que si les querelles sur le genre d’hostie qui convient pour la célébration de l’Eucharistie (blanche voire diaphane ou plutôt ocre, très fine ou épaisse, etc.) ne sont pas très passionnantes, il reste important que l’hostie soit au moins un peu substantielle, qu’on mange vraiment quelque chose. Sinon, on passe à côté de la dimension de nourriture que le Christ a voulu donner à l’eucharistie. La mystique, ça passe par du physique. D’ailleurs, même lorsque dans la deuxième partie du discours sur le pain de vie, Jean parle sans équivoque du sacrement eucharistique, il utilise le terme trogein (dévorer, mâcher) plutôt qu’esthiein (manger) pour éviter une spiritualisation éthérée.

2Avec l’aide des hommes

Un autre aspect à relever dans la multiplication des pains a trait à son mode opératoire, typique de la manière dont Dieu agit avec les hommes. Bien sûr, c’est lui, Jésus, qui a l’initiative, et c’est lui qui produit le miracle. Il pourrait d’ailleurs tout faire tout seul. À l’occasion, il n’hésite pas à le faire. Mais comme à Cana, il part de ce que les hommes apportent, même infime — cinq pains et deux poissons —. Ensuite il sollicite l’aide des apôtres pour collecter cette participation puis pour distribuer le tout une fois qu’il a réalisé le miracle. Enfin, le miracle se caractérise par sa surabondance : il reste douze paniers une fois que les 5.000 sont nourris.

Dans la vie chrétienne, et jusque dans les sacrements, Dieu procède toujours ainsi. Cette manière honore à la fois la perfection et la primauté de l’agir divin, et la dignité et l’importance de la collaboration humaine. Non pas l’un ou l’autre, ou une répartition plus ou moins équilibrée des rôles entre l’action de Dieu et l’effort humain, pensée sur le mode des vases communicants — ce que je retire à l’un, je le donne à l’autre et inversement —, mais l’un et l’autre, Dieu et l’homme, chacun à son plan, selon une coopération véritable. Dieu qui nous a créés sans nous ne veut pas nous sauver sans nous, aimait à répéter saint Augustin, et cela est vrai dans toute la vie chrétienne. Et de l’indigence de notre participation à son œuvre — cinq pains et deux poissons —, Dieu tire une surabondance de grâce. Parier sur la grâce est toujours l’investissement le plus rentable au monde ! 

3Dans l’Église et pour l’Église

Enfin, les douze paniers qui restent signalent aussi le caractère ecclésiologique de cette préfiguration eucharistique. Il reste douze paniers, comme les douze tribus d’Israël. C’est l’Israël nouveau qu’est l’Église qui est donc le destinataire ultime de l’eucharistie. Ce sont d’ailleurs les Douze, le groupe restreint des Apôtres, qui sont chargés de « rassembler » (synagogein, avec une nuance ecclésiale forte) les douze paniers. Autrement dit, l’Eucharistie, ce n’est pas seulement mon Jésus et moi en union d’amour, mais c’est aussi un acte communautaire, ecclésial, qui suppose d’ailleurs une certaine organisation, avec des ministères et des fonctions bien définis. Mais plus que l’organisation, c’est bien ce caractère ecclésial de l’eucharistie qu’il ne faut jamais perdre de vue. Saint Thomas d’Aquin, à cet égard, distingue deux effets de l’eucharistie : l’union au Christ, et l’édification du corps mystique du Christ qui est l’Église, le premier effet étant subordonné au second.

L’œuvre de Dieu

Ainsi donc, nous avons dans cette multiplication des pains opérée par Jésus pas moins de trois enseignements sur la grâce, dont l’Eucharistie n’est qu’un cas éminent : premièrement, l’œuvre de Dieu passe par la matière. La grâce ne flotte pas en apesanteur sur un vide pseudo-spirituel, c’est le matériel et le corporel qu’elle vient transfigurer. Deuxièmement, l’œuvre de Dieu, qui pourrait se passer de l’homme, choisit par amour de collaborer avec l’homme. Dieu est à l’initiative de l’acte bon, il en suggère l’opportunité, en soutient la réalisation, et lui donne de porter du fruit, mais à chaque étape il sollicite le concours des hommes. Troisièmement, l’œuvre de Dieu ne s’adresse pas seulement à des personnes mais vise à un effet social. La grâce est indissolublement personnelle et ecclésiale, elle bâtit le Royaume. L’Église n’est pas surajoutée au projet de Dieu sur l’humanité, elle est elle-même ce projet, en tant qu’elle est la communauté des saints façonnée par l’Esprit qui lui communique la grâce et la transfigure en vue de la gloire du Ciel.

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