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À Hong Kong, l’avenir incertain de l’Église

HONG KONG MASS
DALE DE LA REY | AFP
Messe à Hong Kong, juin 2020.
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Si les manifestations pro-démocratie se multiplient encore à Hong Kong, la promulgation de la loi de sécurité nationale le 30 juin 2020 et les mesures mises en place face à la pandémie de Covid-19 portent un sérieux coup à la fameuse spécificité de l’ancienne colonie britannique. L’ingérence de Pékin inquiète tout particulièrement la communauté chrétienne de Hong Kong largement engagée dans les manifestations.

Vidé au fil des années de sa substance et de ses prérogatives, le fameux principe « un pays, deux systèmes » de Hong Kong semble désormais qu’un souvenir. La nouvelle « loi sur la sécurité nationale », entrée en vigueur le 1er juillet 2020, vise à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion » dans l’ancienne colonie britannique. Jugée liberticide par les Hongkongais, en particulier une clause permettant aux policiers chinois de mener des enquêtes à Hong Kong, nombreux sont ceux à y voir le début d’une politique répressive de toute dissidence sur l’ensemble du territoire ainsi qu’une menace pour la liberté religieuse.

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Delphia Ip / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Manifestation à Hong Kong contre la loi sur « la sécurité nationale » entrée en vigueur le 1er juillet 2020.

« Pékin ne supportait plus qu’il puisse y avoir sur le territoire chinois un lieu de contestation du parti communiste chinois aussi claire et visible », explique à Aleteia un prêtre vivant à Hong Kong qui souhaite garder l’anonymat. « Quatre caractères chinois sont utilisés par les manifestants depuis le début de la contestation en mars 2019. En français on pourrait les traduire par : « Que le Ciel détruise le parti communiste chinois ». C’était intolérable pour les autorités chinoises qui ont donc agi afin d’éviter que ce qui se passe à Hong Kong ne contamine le continent ».

Si la pandémie de Covid-19 et les mesures sanitaires mises en place afin d’y faire face ont mis un frein aux manifestations ces derniers mois, le mouvement de contestation qui traverse l’archipel depuis plus d’un an a été dès le début largement soutenu par la communauté chrétienne. En témoigne l’hymne entonné par des millions de hongkongais dans les rue en juin 2019, « Sing Hallelujah to the Lord ». « Dans tous les mouvements qui tendent à exprimer les désirs de liberté, que ce soit de pensée ou d’action, vous aurez toujours le soutien des mouvements chrétiens présents dans le pays. Et il n’y a pas d’exception à Hong Kong », rappelait de son côté le père Rémy Kurowski, aumônier de la communauté francophone de Hong Kong, en septembre 2019. « Les chrétiens sont à l’image de la société : il y a bien sûr différentes opinions mais ils sont, comme la majorité des hongkongais, remontés contre le gouvernement », confie le prêtre. Pour mémoire, un peu plus de 5% de la population hongkongaise est catholique, soit 400.000 personnes sur 7,4 millions d’habitants.

Et qu’en est-il des responsables catholiques ? « Là encore il y a des positions différentes. Le cardinal Zen va dénoncer ouvertement ce qui se passe et n’a pas peur de critiquer tandis que le cardinal Tong Hon, administrateur apostolique du diocèse de Hong Kong, va jouer la carte de l’apaisement et ne souhaite pas faire de vague ». Et entre les deux, « il y a toute une panoplie de comportements ». Ancien évêque de Hong Kong (de 2002 à 2009), le cardinal Joseph Zen n’a cessé de dénoncer le comportement de Pékin tout en étant très critique envers le silence du Vatican. « Nous sommes très inquiets et avons besoin d’un miracle du ciel ! », lançait-il en juin, rappelant que « les communistes n’accordent jamais rien, ils veulent juste contrôler ». « Pour lui on ne peut pas négocier avec Pékin qui prend tout et ne négocie rien », assure le prêtre qui vit à Hong Kong. Lui-même chinois, le cardinal Zen « est très soutenu en Chine et à Hong Kong mais n’est pas en odeur de sainteté à Rome et à Pékin ».

AFP
Le cardinal Zen.

À côté de cela, le cardinal John Tong Hon est beaucoup plus modéré. Dans une lettre datant du 28 août, il a appelé les prêtres à « surveiller leur langage » dans leurs homélies et à transmettre « le message de Dieu » et non « les opinions personnelles du prédicateur ». « Soit il a retranscrit ce qu’on lui a demandé, soit il a voulu désamorcer d’éventuelles critiques futures », analyse le prêtre. « Mais cela reste très politique car je ne connais aucun prêtre qui a ouvertement critiqué le régime dans une homélie et, chose étrange, cette lettre a été envoyée alors qu’il n’y a plus de messe publique depuis plusieurs semaines à Hong Kong en raison du Covid-19 ».

Hong Kong sans évêque depuis un an et demi

Ce ‘double-discours’ de l’Église catholique sur place s’explique en partie par le fait qu’il n’y a pas d’évêque à Hong Kong depuis un an et demi. « Mgr Joseph Ha, actuel président de la commission justice et paix et évêque auxiliaire de Hong Kong était légitime pour prendre la suite ». Mais en raison de son implication dans les manifestations et sa participation active aux veilles de prières œcuméniques face au parlement de Hong Kong « Pékin a mis son véto et Rome n’a pas voulu déplaire à Pékin », résume encore le prêtre. « Pourtant il n’était pas dans la critique ouverte : il était certes ferme dans ses propos mais mesuré, toujours enraciné dans l’Évangile ».

La question est désormais de savoir comment ces divergences vont évoluer. « Pour l’instant l’unité du presbyterium tient mais il y a tellement de différences d’opinion que Pékin va tenter de diviser l’Église pour réduire son influence et la contrôler », reprend le prêtre. « À moyen terme les autorités chinoises vont installer des associations patriotiques qui ne feront que limiter et contrôler encore plus l’action de l’Église ».

La société hongkongaise est très imprégnée de culture chrétienne et même si beaucoup ne pratiquent pas, ils sont sensibles au message et aux valeurs chrétiennes.

Quel avenir se dessine pour Hong Kong ? « La nouvelle loi sur la sécurité nationale vient passer au-dessus de la loi fondamentale », rappelle le prêtre. « Les autorités chinoises vont s’attaquer en premier à la liberté d’expression et à celle des prêtres. Ensuite elles vont s’en prendre à l’éducation et aux églises chrétiennes, notamment catholiques ». On ne le mesure pas mais le poids de l’Église catholique à Hong Kong est très important et dépasse largement le nombre de baptisés. Il y a un peu plus de 400.000 baptisés catholiques à Hong Kong, soit 5% de la population. 50% des écoles sont des écoles chrétiennes et même si 90% des élèves qu’elles accueillent ne sont pas chrétiens, la prière y est obligatoire, les élèves entendent chaque jour l’évangile, ils savent prier. La société hongkongaise est ainsi très imprégnée de culture chrétienne et même si beaucoup ne pratiquent pas ou ne sont pas croyants, ils sont sensibles au message et aux valeurs chrétiennes.

« Pékin va donc chercher à diviser l’Église et c’est déjà en marche », déplore le prêtre. Ce dernier est particulièrement inquiet par la présence missionnaire à Hong Kong dans la mesure où les deux tiers du clergé sont des prêtres missionnaires. « En Chine il y a une tolérance, on peut y aller comme touriste mais de manière discrète. À Hong Kong, les prêtres ont des missions officielles et peuvent se balader en col romain. Mais combien de temps encore ? », s’interroge-t-il. « À court et moyen terme on ne voit pas trop comment cela peut s’améliorer… Le contrôle de Pékin est de plus en plus fort sur la société hongkongaise y compris dans l’Église. Mais il faut s’accrocher à la foi, quand il y a la foi, il y a toujours des possibilités ».