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Hong Kong : « La mobilisation de l’Église s’incarne d’abord par la prière »

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Michael Hübner / Geisler-Fotopress / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance

Manifestation d'étudiants à Hong Kong, 2 septembre 2019.

Agnès Pinard Legry - Publié le 02/09/19

Depuis trois mois Hong Kong vit sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Alors que la manifestation de ce samedi 31 août a donné lieu à de violents affrontements entre la police et les manifestants le père Rémy Kurowski, aumônier de la communauté francophone de Hong Kong, confie à Aleteia son inquiétude.

Au plus fort de la contestation, ils étaient près de 2 millions à arpenter pacifiquement les rues de Hong Kong. Depuis trois mois l’ancienne colonie britannique se consume intérieurement en raison des démarches répressives opérées par Pékin sur Hong Kong. Ce qui a mis le feu aux poudres : un amendement permettant au gouvernement chinois d’extrader à peu près n’importe qui se trouvant sur le territoire hongkongais. Si le projet de loi d’extradition a été suspendu par le gouvernement, il n’a pas été abandonné. Côté manifestants, la dernière mobilisation de ce samedi 31 août témoigne d’une violence jusqu’alors maitrisée.




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« On pouvait s’y attendre car l’évolution des contestations va dans ce sens », confie à Aleteia le père Rémy Kurowski, aumônier de la communauté francophone de Hong Kong. Au regard du fort nombre de manifestants, il demeure néanmoins frappé par le pacifisme de ces rassemblements. « Ces violences sont les excroissances d’une grande frustration évidente qui n’est pas prise en compte. Mais le mouvement demeure extrêmement pacifique ». Entretien.

Aleteia : Pourquoi les églises chrétiennes sont-elles aussi présentes dans le mouvement de contestation qui a débuté en juin à Hong Kong ?
Père Rémy Kurowski : Dans tous les mouvements qui tendent à exprimer les désirs de liberté, que ce soit de pensée ou d’action, vous aurez toujours le soutien des mouvements chrétiens présents dans le pays. Et il n’y a pas d’exception à Hong Kong.

L’Église catholique se démarque-t-elle des autres églises ?
L’Église catholique est la plus visible même si elle n’est pas majoritaire. 50% des chrétiens sont catholiques et 50% sont des chrétiens de différentes églises. Évidemment cette visibilité est renforcée par la présence d’innombrables écoles catholiques privées qui parsèment le paysage de Hong Kong. Un autre aspect à prendre en compte est la présence de l’Église catholique au travers des activités caritatives. La caritas par exemple est une institution puissante qui emploie plus de 2.000 personnes et qui agit auprès des populations les plus démunies. Enfin, et c’est probablement la raison la plus importante, l’Église catholique est structurée sous forme d’un état, celui du Vatican, avec des représentations partout dans le monde : les nonces. La relation particulière qu’entretien le Vatican et avec la Chine fait que les yeux du monde entier scrutent l’attitude de l’église catholique à Hong Kong. Je pense par ailleurs que la figure du cardinal Zen contribue à médiatiser la position de l’Église.

Concrètement, comment l’Église catholique vient-elle en aide aux manifestants ?
Son aide s’incarne par la prière. C’est notre première obligation, dans toutes les situations difficiles et en dehors de toute considération idéologique. L’Église catholique est partie prenante de la vie de la société par la prière. Concrètement cette prière se déroule dans les églises mais aussi dans les manifestations, dans la rue, des groupes se réunissent avec un prêtre, un évêque…

« L’Église catholique soutient un contre-pouvoir dans la mesure où cela correspond à cette injonction évangélique : ‘Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés’. »

Peut-on dire que l’Église, avec la communauté chrétienne, fait office de contre-pouvoir face à Pékin ?
On voudrait le faire croire. Du point de vue de l’église, de la mission de l’église non, ce n’est pas son objet. Ceci étant dit, elle soutient une certaine forme de contre-pouvoir dans la mesure où cela correspond à cette injonction évangélique : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Si elle n’est pas respectée, l’Église s’engage.

Comment ces événements changent-ils votre mission en tant qu’aumônier de la communauté francophone d’Hong Kong ?
Cela m’arrive de faire une partie d’homélie sur les événements, nous mettons systématiques une prière sur ce qui se passe dans la prière universelle, nous avons des discussions discrètes…




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Quel est votre sentiment quant à l’avenir ?
Je suis assez inquiet pour la suite. On ne voit pas très bien comment les choses vont se dénouer. Imaginez-vous à un moment il y a eu près de deux millions de manifestants ! C’était impressionnant. Pourtant, il n’y a rien eu, aucune réaction de la part du gouvernement. Je partage cette idée selon laquelle on a raté une bonne occasion de dialoguer. Le projet de loi sur l’extradition n’a pas été retiré, le qualificatif d’émeute pour désigner ces manifestations n’a pas été retiré non plus, la chef de l’exécutif ne démissionne pas et il n’y a toujours pas d’élections au suffrage universel. Plus largement, de nombreuses autres revendications viennent se greffer sur celles-là : ce n’est pas seulement la liberté d’expression mais les conditions de vie qui sont en jeu. Les jeunes générations de Hongkongais voudraient vivre normalement, travailler ici, avoir un appartement digne de ce nom, être propriétaire, fonder une famille… mais ils ne peuvent pas, Hong Kong est devenue la ville la plus chère au monde ! Comment ces jeunes issus des classes moyennes peuvent espérer y accéder ? C’est le fond du fond. Cette impossibilité à donner aux générations futures une réponse à leurs aspirations est le fond du problème. Je ne vois pas pour le moment d’issue à ce problème. D’autant plus que si le gouvernement de Hong Kong ne réussit pas à assurer l’ordre social par la police, il peut demander à Pékin de faire intervenir l’armée. Or rien n’est à exclure. On sent la situation complètement bloquée. Je pense que le gouvernement vise l’essoufflement du mouvement mais rien ne laisse pour le moment imaginer un quelconque essoufflement.

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