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Pourquoi il y a tant de violence dans la Bible ?

"Judith décapitant Holopherne", par Le Caravage, vers 1598.
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L’histoire d’Israël est l’histoire d’une éducation. Par étapes, Dieu fait sortir son peuple de la violence au nom de Dieu, jusqu’au jour où Jésus a dit : « Heureux les doux ! ».

C’est un fait : beaucoup de pages de la Bible sont extrêmement violentes : « Je les hais d’une haine parfaite » dit par exemple le psaume 138, fort beau par ailleurs. Cette violence est l’un des obstacles à la lecture de l’Ancien Testament. Elle alimente aussi le rejet des religions, en particulier des religions monothéistes : la Bible serait un manuel de fanatisme dont auraient plus ou moins hérité le christianisme et l’islam… 

Situer la Bible

Quand on parle de la Bible, il faut savoir à quel moment de la Révélation on se situe. Sa rédaction s’étend sur les derniers siècles avant Jésus-Christ, mais l’histoire qu’elle raconte s’étend sur deux millénaires. Les premiers chapitres du livre de la Genèse parlent de la Création et des origines de l’humanité. La Création est un acte de puissance, non de violence. L’homme a pour mission, entre autres, de mettre de l’ordre dans ce monde inachevé et imparfait. Sa domination sur le monde créé devrait faire régner la paix. Mais le serpent, le « Malin », dit à l’homme qu’en mangeant le fameux fruit défendu, il deviendra capable de rivaliser avec Dieu. Homme et femme ne s’entraident pas pour résister à la tentation. Au contraire, ils s’entraînent l’un l’autre, ils se laissent tromper : c’est le péché. 

La violence vient du péché

La première conséquence du péché, c’est la violence. Sur fond de rivalité, Caïn tue Abel. Dieu veut stopper le cycle infernal de la violence : il protège Caïn. Mais elle prolifère quand même. Elle atteint un point tel que, dit l’Écriture, Dieu se repent d’avoir créé l’homme : « La terre est pleine de violence à cause des hommes » (Gn 6,13), dit-il à Noé. Que l’humanité prenne alors un nouveau départ, à partir du seul juste que Dieu trouve : Noé ! Le déluge engloutit pécheurs et péchés. Dieu ne se venge pas, mais il ne peut pas laisser indéfiniment se propager le mal, l’injustice, la violence et le péché. Au terme du déluge, en signe d’une nouvelle alliance avec l’humanité, Dieu suspend dans le ciel un arc de lumière multicolore qui réunit l’humanité d’une extrémité de la terre à l’autre.

Cet arc-en-ciel n’envoie pas de flèches qui blessent et tuent. Il annonce un renversement encore plus radical : la mort de Jésus en croix comme source de salut. Bien sûr, ces premiers chapitres de la Bible parlent un langage imagé, mais seuls des esprits superficiels les prendraient à la légère. Ils éclairent la situation de l’homme, de tous les hommes, avant que ne démarre, avec Abraham, l’histoire d’Israël.

Israël est né d’un appel

Pour se faire connaître parmi les hommes, Dieu choisit Abraham et sa descendance. Il l’appelle et le fait sortir de son pays pour qu’il se déplace, en nomade, avec sa famille et ses troupeaux. Il est lui-même un homme de paix et intercède auprès de Dieu en faveur de Sodome, ville gravement pécheresse. Dans le conflit pour l’utilisation d’un puits à Bersheba, il s’arrange avec son rival et conclut même une alliance avec lui. Il est salué par Melchisédeq, roi de Shalem (Jérusalem), mot qui signifie « paix ». Mais si Abraham est plutôt pacifique, qu’en est-il de Dieu ?

Dieu interdit à Abraham de lui offrir son fils en sacrifice et cet interdit demeurera. À Jérusalem, la vallée de la Géhenne est maudite parce que des rois impies ont cru s’attirer les faveurs divines en sacrifiant leurs fils et leurs filles. Dieu condamne, dans le prophète Jérémie, « ce à quoi je n’avais jamais songé » (Jr 7, 31). Mais Dieu est aussi celui qui fait pleuvoir le feu sur Sodome et qui détruit la ville et sa population. Comment le comprendre ? Le chrétien se rappelle que, dans l’Évangile, deux disciples voulaient un jour faire descendre le feu sur un village qui refusait de les recevoir : Jésus le leur interdit. Certaines versions ajoutent : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes » (Lc 9, 55). En rapprochant ces deux scènes, la tentation est grande d’opposer Ancien et Nouveau Testament et de rejeter l’Ancien parce qu’il présenterait un visage de Dieu plus odieux que désirable. Cependant, même quand il détruit Sodome, Dieu ne cède pas à l’arbitraire ou à la démesure, car c’est la ville de Sodome tout entière qui avait péché en manquant à un devoir humain fondamental : l’hospitalité.

Dieu est juste et il protège

Quelques siècles après Abraham, en Égypte, ses descendants subissent la violence : ils sont exploités et menacés d’extermination. Commence alors une autre phase dans l’Histoire sainte : Dieu va sauver les Israélites « à main forte et à bras étendu » (Ps 135). Sous la conduite de Moïse, il les fait sortir d’Égypte, les défend quand ils sont attaqués et les fait entrer en Terre promise.

Nous sommes habitués, au moins sur notre sol, à de longues périodes de paix avec nos voisins. Mais il n’en n’a pas été toujours ainsi : la guerre a été une activité ordinaire – pensons au Moyen Âge. Ainsi, dans la mesure où Dieu s’est confié au peuple hébreu, les guerres d’Israël ont un enjeu sacré : « Dieu Sabaot » est le Seigneur des armées célestes, à savoir les astres innombrables, mais aussi des armées d’Israël qui défendent leur indépendance religieuse. Se mélanger à d’autres peuples faisait courir le risque d’adopter aussi ses dieux. Dans certains cas, ce désir de pureté religieuse a pu mener jusqu’à l’anéantissement de telle ou telle population. Mais il semble que ce genre de conduite, peu fréquent, ait eu des causes beaucoup plus terre à terre : le butin qui est voué à l’anathème, c’est-à-dire abandonné et offert à Dieu pour qu’Israël ne soit pas pris par la convoitise des biens matériels. 

Quant aux institutions d’Israël, celles-ci prévoient la peine de mort pour un certain nombre de fautes, mais il s’agit autant de fautes sociales, comme l’homicide ou l’adultère, que proprement religieuses, comme par exemple, lorsque quelqu’un livre ses fils aux idoles. Tout doit se faire selon le droit, sur la base de plusieurs témoignages, l’accusé ayant la possibilité de se défendre. La « loi du talion », « œil pour œil, dent pour dent », n’est pas un appel à la vengeance, mais une limitation du châtiment.

Un message progressif

À chaque étape de la Bible, Dieu s’adresse à l’homme selon ce qu’il peut comprendre. Cela doit nous donner un peu d’espérance : même si elle est capable de retomber dans la barbarie, la conscience humaine progresse. Des choses qui paraissaient naturelles nous semblent aujourd’hui intolérables. Hélas, il y a aussi des régressions : le meurtre des enfants à naître était considéré comme un crime, il est aujourd’hui considéré comme un droit que certains voudraient faire entrer dans la Constitution… La violence, finalement, ne fait que des victimes. Elle ne sera pas vaincue par une violence opposée, enseigne la Bible. Si la violence vient du cœur de l’homme, c’est le cœur de l’homme qu’il faut guérir. La violence subie doit être transformée en offrande : c’est ce que le Christ a fait. 

Dans son histoire, Israël a été beaucoup plus souvent victime de la violence qu’il n’en n’a été l’auteur. Par les prophètes, Dieu fait progressivement découvrir à son peuple que la violence est certainement une impasse et que même l’exercice de la force ne viendra pas à bout du péché qui est en l’homme. Aussi, l’important est-il cette conversion des cœurs. Le renversement complet des perspectives est annoncé par les prophéties du serviteur de Dieu : « Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes » (Is 53, 11). Le chrétien reconnaît en Jésus-Christ la réalisation de cette prophétie et du renversement de toute violence.

Haïr la violence

L’histoire de la violence dans la Bible est l’histoire d’une éducation. Il est inutile de nier la présence de la violence dans notre cœur, dans notre société et dans notre monde. Il faut d’abord la réguler, en l’empêchant de nous envahir. S’il y a une haine, elle doit être dirigée vers toutes les formes du mal : le refus de Dieu, le mensonge, l’injustice, le mépris de l’autre, de sa dignité et de ses biens. Il faut haïr le péché et aimer le pécheur. C’est ce que désigne l’auteur du psaume cité au début de l’article « Je les hais d’une haine parfaite » (Ps 138). C’est aussi ce que Jésus a réalisé parfaitement et que ses adversaires n’ont pas compris. Et nous, l’avons-nous compris ?