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Coincé, tourné vers le passé et gentil. C’est cela être chrétien ?

Pascal Deloche / Godong
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Les chrétiens passent volontiers aux yeux du monde pour des coincés nostalgiques, gentiment inoffensifs. Cette vision imaginaire du christianisme rencontre une certaine complicité de la part des catholiques qui renoncent à être le sel de la terre. Pourtant les chrétiens sont attendus et espérés, car ils sont les seuls à pouvoir porter, au nom de leur foi, ce refus sans concession du monde de la consommation généralisée.

L’antichristianisme foncier des sociétés occidentales contemporaines, loin d’être superficiel ou anecdotique, exprime une vérité de fond sur celles-ci. En tout et partout, nos sociétés valorisent l’appropriation des autres et des choses et font de cette appropriation la condition de la sagesse et du bonheur. Mais les chrétiens sont-ils eux-mêmes exempts de toute responsabilité dans cet antichristianisme « de principe » qui s’installe progressivement dans notre monde ?

Là, comme ailleurs, les « intégristes » et les « progressistes » ont des réponses toutes prêtes à cette question. Pour les premiers, l’abandon, quelque part dans le passé, des sains principes et des traditions immuables est responsable de l’antichristianisme contemporain. Les « intégristes » ne voient dans notre présent qu’un anti-passé, et ne réalisent pas que le présent est toujours, même lorsqu’il s’en défend, une conséquence du passé, de sorte que le passé porte toujours sa part de responsabilité dans le présent. Quant aux « progressistes », soit qu’ils assurent que l’Église paie pour ses péchés de jadis, soit qu’ils accusent l’Église d’être toujours en retard sur son époque, l’histoire de ces cinquante dernières années est là pour les contredire. Il semble en effet que plus l’Église accomplit des efforts pour aller dans le sens de l’époque, comme l’on dit, plus elle suscite l’hostilité, agrémentée de moqueries.

Il faut donc se résoudre à abandonner ces deux logiciels également usés et apprendre à voir le problème autrement. Si les chrétiens portent quelque responsabilité dans l’antichristianisme contemporain, ce n’est pas parce qu’ils sont infidèles à un passé mythifié, ce n’est pas parce qu’ils se conforment insuffisamment à un présent idéalisé, c’est surtout parce qu’ils sont ce qu’ils sont et que ce qu’ils sont ne va pas.

Être chrétien aux yeux du monde : coincé et gentil

« Ils sont ce qu’ils sont » : pour comprendre cette expression, il faut s’interroger sur ce qu’être chrétien signifie dans notre monde. La réponse à cette question paraît évidente. Être chrétien, c’est croire au Christ ressuscité. Pourtant, les choses sont ici beaucoup plus embrouillées qu’il n’y paraît. Dans les faits, la foi au Christ ressuscité ne correspond pas du tout à la représentation que notre monde se fait d’un chrétien. Pour le monde, il y a en réalité trois modalités qui expriment, aujourd’hui, l’appartenance au christianisme : la première, c’est l’affirmation, sinon la pratique, d’une morale sexuelle jugée « rigoriste » puisque personne ne s’en réclame en dehors des chrétiens ; la seconde, c’est l’appartenance à une identité culturelle « chrétienne », mélange vague de clochers de village, de messes de minuit et de Requiem de Mozart, autrement dit la mémoire et l’art ; la troisième, enfin, c’est un effort de spiritualisation de la morale des droits de l’homme commune à tous ceux qui se réclament de l’humanisme occidental.

Si l’on veut être polémique, on dira qu’être chrétien aux yeux du monde, et donc à nos yeux un peu quand même, c’est être coincé, tourné vers le passé et sagement gentil ».

Il est bien certain que beaucoup de chrétiens occidentaux échappent au simplisme de cette caractérisation et que, parmi eux, il en existe qui vivent leur foi avec une sincérité et une profondeur admirables. Dieu seul, du reste, connaît le secret des âmes. Mais notre propos porte sur la représentation collective du christianisme dans notre monde et, quelles que soient les approximations et les réductions engendrées par les représentations collectives, celles-ci sont suffisamment puissantes pour imposer leurs lois, auxquelles on finit par se soumettre sans même s’en rendre compte.

Aussi, jour après jour, le christianisme occidental contemporain finit par se confondre effectivement avec la somme des trois modalités que j’ai énoncées plus haut : une morale sexuelle restrictive + une mémoire identitaire + une morale générale de la gentillesse individuelle et collective au service des droits de l’homme. Si l’on veut être polémique, on dira qu’être chrétien aux yeux du monde, et donc à nos yeux un peu quand même, c’est être coincé, tourné vers le passé et sagement gentil.

Ce christianisme imaginaire que notre société confond avec le christianisme réel devient cette figure que l’on aime détester d’autant plus qu’elle n’intimide ni n’impressionne plus personne ».

Irritants mais inoffensifs

Ainsi se dessine un christianisme pour notre temps que notre époque prend sérieusement pour le christianisme. Un « christianisme imaginaire », suffisamment agaçant dans son refus obstiné de ne pas sacrifier aux nouveaux dieux de l’empire, en matière de « libération sexuelle » et de nostalgie du passé notamment, pour provoquer la détestation, suffisamment indigent, sur le plan de l’esprit, pour appeler le mépris. Ce christianisme imaginaire que notre société confond avec le christianisme réel devient cette figure que l’on aime détester d’autant plus qu’elle n’intimide ni n’impressionne plus personne.

Soyons honnêtes : malgré nos efforts pour casser ces représentations et tenter d’expliquer que le christianisme parle de toute autre chose, nous sommes tous, par moment, sinon complices, du moins résignés à cette représentation d’un christianisme décoloré, exsangue, réduit à quelques caricatures, une nostalgie et des bons sentiments. Qui sait ? Peut-être qu’au fond de nous, tout au fond de nous, cette représentation nous convient, tant elle confirme cette aspiration à la médiocrité, qui est la tentation secrète des hommes, lorsqu’ils ne sont pas des héros ou des saints.

Vivre enfin la vraie vie de Dieu

Or, soyons en assurés : rien ne changera dans le processus de déclin du christianisme occidental tant que, vaille que vaille, les chrétiens en Occident se conformeront dans leur ensemble à cette triple assignation. Car celle-ci ressemble à la foi chrétienne à peu près comme des ruines ressemblent à la vie. Je ne choisis pas cette comparaison au hasard. Le christianisme est, en effet, par excellence, la religion de la vie, de la vie de l’âme en particulier, appelée à prendre conscience de ses péchés pour éprouver cette métamorphose inouïe du pardon et du libre amour de Dieu qui lui donne son Salut. Qu’il y a loin de cette vie de l’âme, de cette révélation bouleversante de l’amour de Dieu, au statut officiel que ce monde assigne au christianisme, centré sur la chambre à coucher, les nostalgies d’antiquaires et les platitudes bien pensantes !

Si le christianisme est la religion de la vie, alors il faut le vivre. Pour cela, il faut se désencombrer des soucis qui obsèdent la majorité de nos contemporains, occupés en permanence à s’approprier un bout du monde, le plus grand possible, puisque, selon l’idéologie dominante, plus étendue est l’appropriation des autres et du monde que l’on exerce plus l’on est puissant, et plus l’on est puissant plus l’on existe. Vivre le christianisme, au contraire, c’est, quoi qu’il advienne autour de nous, dépasser les soucis de ce monde, respirer spirituellement, se vider de tout le tohu-bohu hystérique pour permettre à l’Esprit de faire sa demeure en nous et vivre enfin, vivre véritablement, de la vie de Dieu.

Où les chrétiens sont attendus et espérés

Car le véritable clivage entre notre société et la vérité chrétienne est là et nulle part ailleurs : d’un côté, un besoin compulsif de consommer le monde, c’est-à-dire aussi de posséder et de dominer, parce que, croit-on, on ne se réalise, on ne s’épanouit que par la possession et la domination au service de la consommation ; de l’autre, un appauvrissement volontaire de l’âme qui se fait écoute et regard, écoute du verbe divin, regard de reconnaissance pour cet univers qui nous est donné, à condition que nous accueillions ce don sous les auspices de la gratitude.

Les chrétiens sont seuls à pouvoir porter, au nom de leur foi, ce refus sans concession du monde de la consommation généralisée ».

À l’aune de cette lutte entre deux principes opposés, comme les petites controverses sur notre fidélité respective au passé ou au présent s’avèrent soudain dérisoires ! Et comme le site assigné au christianisme par le monde actuel se révèle une ridicule imposture ! Mais pour en avoir conscience, il faut s’échapper résolument de cette prison, pour entrer dans le combat que je viens de décrire et où les chrétiens sont attendus et même espérés, y compris par des esprits très éloignés, en apparence, du christianisme, car les chrétiens sont seuls à pouvoir porter, au nom de leur foi, ce refus sans concession du monde de la consommation généralisée. Face à la machine nihiliste qui réduit l’univers à la marchandise, ils sont seuls à pouvoir opposer la beauté et la gratuité du don, de Dieu aux hommes, des hommes entre eux lorsqu’ils se décident à s’aimer vraiment. Mais voulons-nous vraiment nous opposer à la machine ? Et croyons-nous suffisamment au Christ pour porter ce combat ? Tout est là.

Des lampes dans la nuit

Si, cessant de raser les murs ou de rêver à d’impossibles restaurations, nous faisons ce choix, alors soyons en sûrs : là où, actuellement, l’égoïsme et le culte de l’intérêt personnel font croître le désert, là où, au fur et à mesure que l’on possède, le besoin de posséder tyrannise davantage, on verra renaître la fraîcheur de la reconnaissance et de la charité vraie, et les chrétiens seront à nouveau ces lampes dans la nuit et ce sel dont parlent les Écritures. Qu’ils soient suivis par beaucoup ou par peu, il n’y aura pas, cette fois, maldonne : c’est bien du Christ dont il aura été question.

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