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Quand les temps sont durs, vivre l’Église comme mystère de communion

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Communion lors d'une messe célébrée à Notre-Dame de Toute Grace du Plateau d'Assy.
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Ce qui sera déterminant pour apaiser la soif d’espérance et de vérité de nos contemporains, ce sera l’enracinement des chrétiens dans la tradition de l’Église dont le mystère s’incarne dans des relations de communion.

Nous vivons une période passionnante, mais pourtant difficile. Il y a des problèmes partout. C’est notre tâche de chrétiens de les affronter avec une grande espérance. Acceptons que les temps soient durs. Non pas pour hausser les épaules mais avec l’intention de saisir les problèmes et de nommer les écueils de notre époque. Sans dramatiser ni banaliser les situations, mais avec l’intention d’être le plus objectif possible. Cela pourrait aider à aller de l’avant dans une plus grande paix. Quel type de réflexions théologiques et spirituelles sur les difficultés et les promesses du monde contemporain, et quelles attitudes relationnelles peuvent nous aider, nous chrétiens, hommes et femmes, à assumer nos responsabilités dans le monde d’aujourd’hui et aider les jeunes qui vivent autour de nous à faire de même ?

S’il faut poser les questions qui habitent nos contemporains désorientés, il faut ensuite leur donner les réponses qui les orientent vers le visage du Christ. C’est ce dont ils ont soif. L’avenir est toujours chez les jeunes et chaque génération risque de s’enfermer dans des problématiques qui ne concernent pas la génération suivante. Les jeunes sont de plus en plus cabossés, leur équilibre anthropologique est fragilisé, ils doutent de leur identité. Ils ont donc besoin de trouver face à eux des adultes sûrs de leurs convictions et de leur foi, et qui proposent des repères naturels et religieux structurants. Nos contemporains ont soif d’espérance et de vérité. Ils sont ivres des hypothèses hasardeuses qui ne font qu’augmenter leur anxiété. Ce qui sera déterminant pour apaiser leur soif, ce sera notre enracinement dans la tradition de l’Église.

Construire la communion

Dans l’avenir, la communion entre les différentes communautés chrétiennes et entre les différentes sensibilités chrétiennes sera décisif pour l’annonce de l’Évangile. Quand je parle de « communion », c’est évidemment à l’ecclésiologie que je me réfère : la communion en Église. Notion difficile à cerner ! Je ne dirai que ceci : entre une réalité humaine, purement humaine, et le mystère de l’Église, il y a place pour une parole qui exprime ce que chacun perçoit, pour une rencontre en présence du Christ, et pour une réflexion théologique et spirituelle qui soutient notre marche vers Dieu. Le mystère de l’Église auquel nous croyons tous se manifeste, s’incarne pourrait-on dire, dans des relations de communion difficiles à mettre en œuvre, mais qu’il est toujours possible d’évaluer. Ce n’est pas un hasard si, au XXe siècle, avant et après le dernier concile, le mystère de l’Église a fait l’objet de débats très vifs.

«Souvent la communion est rompue : ce n’est pas chrétien.»

La foi chrétienne demeure vivante — et demeurera toujours vivante, je le crois — dans le cœur d’hommes et de femmes convaincus. De nombreux jeunes, baptisés ou non, qu’ils en aient ou non une conscience explicite, aspirent à rencontrer le Christ et à vivre en sa présence. Dans l’ensemble, pourtant, beaucoup de communautés vieillissent, l’âge des chrétiens va augmentant. Alors nous ne savons pas très bien comment réagir. Faut-il s’accrocher aux méthodes d’autrefois qui ont porté du fruit ? Oui et non… Faut-il s’enfouir dans la culture contemporaine pour y être comme le levain de l’Évangile ? Oui et non… Nous devons rester en contact avec le monde d’aujourd’hui sans être du monde. Tenir cet équilibre est délicat, donc tous ne sont pas d’accord sur les décisions concrètes à prendre et sur les thèses à défendre. Donc les débats sont vifs, c’est bien. Souvent la communion est rompue : ce n’est pas chrétien.

Éviter la polarisation

Nous ne pouvons nous permettre de briser la communion, mais quand une fissure advient, cela peut être l’occasion d’une croissance spirituelle. Il arrive alors que cela nous touche profondément. Dans ces situations douloureuses, deux trésors précieux nous sont proposés : ce sont des épreuves qui purifient et apprennent à pardonner. C’est douloureux, mais c’est bienfaisant. Avant d’avoir vraiment fait cette expérience, peut-on vraiment se dire chrétien, si « chrétien » signifie « disciple du Christ » ? La révolte, alors, est un risque. En hébreu, le même mot signifie épreuve ou tentation. Épreuve, quand Dieu veut nous faire grandir ; tentation, quand l’Ennemi veut nous faire chuter. Il faut choisir qui nous voulons suivre. Et pour tenir dans de pareilles situations, il faut beaucoup, beaucoup aimer l’Église, avec une foi gardée vivante, grâce à la prière.

Or, c’est un fait d’expérience, les débats entre nous sont polarisés à l’excès. Pourtant, on trouve des germes de vérité dans le cœur des chrétiens radicaux comme dans celui des libéraux. « Radicaux », « libéraux », les mots sont impuissants à exprimer la réalité sans enfermer personne dans des catégories étroites. Disons que certains sont plutôt attirés par des principes traditionnels, d’autres sont plus à l’aise dans ce qui est moderne. Pour que ceux qui sont figés dans des attitudes du passé, et pour que ceux qui se complaisent dans des attitudes libérales sans avenir soient capables d’entendre ce qui, dans leur mode d’agir et de penser manque de mesure, nous devons d’abord entendre ce qui est vrai dans leur soif spirituelle, dans leurs inquiétudes et dans leurs aspirations.

Construire l’avenir

Ce qui construira l’avenir, ce sera notre capacité de fonder des relations, une réflexion théologique et des attitudes spirituelles qui nous permettent, nous les chrétiens, les jeunes qui vivent autour de nous, de vivre ensemble en communion pour témoigner du Christ dans le monde d’aujourd’hui.