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Comment mettre un terme au vol dans les églises ?

L'église de Melgven
Julien Talec | Julien Talec
L'église de Melgven, dans le Finistère, s'est vue dérober un ciboire en février 2019. Retrouvé par les enquêteurs, et grâce à la photographie d'une paroissienne, l'objet a a pu être restitué à l'église.
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129 vols ont été recensés dans les églises de France en 2018. Un nombre en constante augmentation comme en témoignent les multiples vols et dégradations qui ont été commis cette année dans de nombreuses petites églises et encore, ce lundi 4 novembre, dans la cathédrale d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques). Des actes qui, s’ils provoquent un véritable traumatisme pour les fidèles et les habitants, conduisent de plus en plus souvent à la fermeture des églises. Pourtant, ces vols, aussi éprouvants soient-ils, ne doivent pas être synonymes de fatalité.

Avec un chiffre d’affaire évalué entre six et sept milliards d’euros par an, le marché des œuvres d’art volées figure parmi les trafics les plus lucratifs au monde. Considérée par Interpol comme un véritable grenier, la France est l’un des pays les plus concernés au monde. Parmi les monuments les plus touchés, les églises et notamment celles situées en zones rurales. Davantage isolées et moins fréquentées en raison de la baisse de la pratique religieuse, elle figurent parmi les cibles privilégiées des malfaiteurs. Sculptures, tableaux, orfèvrerie et même cloches… tout ce qui peut, de près ou de loin, se revendre sur le marché de l’art est une manne précieuse pour ces voleurs en quête d’argent facile, également encouragés par les peines de prison encore trop peu dissuasives s’appliquant aux vols d’œuvres d’art.

Quel type de vol et par qui ?

Comme en témoignent les vols qui ont secoué les églises ces derniers mois, le métal est sans conteste l’une des cibles privilégiées des voleurs. Au mois d’août dernier, ce sont plusieurs cloches qui ont été dérobées dans le Var. Avant cela, et pour ne citer que quelques exemples, un ciboire en vermeil a été dérobé au mois de mars dans la basilique Sainte-Eutrope de Saintes (Charente-Maritime) et six chandeliers ont été volés dans l’église Notre-Dame de Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe) en janvier. Ce lundi 4 novembre, ce sont plusieurs objets du Trésor liturgique de la cathédrale d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) qui ont été dérobés au moyen d’une voiture-bélier. Plus facilement revendables que des tableaux ou des sculptures, les métaux sont également non traçables. Une fois fondus, il est quasiment impossible pour les enquêteurs de retrouver leur trace. Agissant individuellement ou en bandes organisées, les malfaiteurs ont des profils très divers, il est donc difficile de dresser un profil type, confiait l’officier de police Éric Blot, détaché au Ministère de la Culture, lors d’une table ronde organisée par la Sauvegarde de l’Art français sur la thématique : « Vol et trafic d’œuvres d’art, comment protéger les églises en zone rurale ? ».

Lire aussi : La cathédrale d’Oloron-Sainte-Marie attaquée à la voiture-bélier

« Il n’y a pas plus de vols dans une église ouverte que dans une église fermée »

Le vol dans les églises serait-il une fatalité ? Voilà une question qui taraude bon nombre de communes françaises aujourd’hui. Impuissants face à ces vols qui se multiplient et dans l’impossibilité, parfois, de mettre en place une surveillance humaine quotidienne, les maires choisissent la plupart du temps ce qui leur semble être la solution la plus efficace : fermer les églises, notamment les plus isolées et les moins fréquentées. « Une erreur terrible », selon Servanne Desmoulins-Hemery, conservateur des antiquités et objets d’art et chef de la mission patrimoine et musées du Conseil départemental de l’Orne. « Il n’y a pas plus de vols dans une église ouverte que dans une église fermée », insiste la conservatrice. « Au contraire, moins l’église est surveillée, plus les voleurs se sentent en sécurité pour agir. Pire encore, quand elle est fermée, on se rend compte, souvent bien trop tard, qu’elle a été victime d’un vol. » Un argument partagé par l’officier Éric Blot. « S’il est évidemment plus facile de pénétrer dans une église ouverte, les malfaiteurs s’habillant parfois en employés municipaux pour mieux se dissimuler et embarquer des œuvres sous les yeux incrédules de certains paroissiens, il n’est pas moins dangereux de fermer une église ». « Il est d’ailleurs inutile de dépenser des sommes coûteuses à la restauration d’une église si celle-ci est ensuite fermée », ajoute Servanne Desmoulins, qui défend avec force l’idée qu’une église fermée est une église qui meurt. Alors comment protéger les églises efficacement en les maintenant ouvertes ?

Prévenir et mettre en place des moyens d’action

« Le premier travail à mettre en place est la prévention », souligne l’officier. « Beaucoup trop de communes ignorent, encore aujourd’hui, les principes de précaution qui doivent être mis en place ». Un guide d’information, accessible en ligne sur le site du Ministère de la Culture, est pourtant mis à disposition de tous les propriétaires privés et publics de biens culturels. Celui-ci liste de nombreux conseils pour limiter le vol et les actes de malveillance. Mettant en avant que le « risque zéro » n’existe pas, ce guide invite tout de même à faire preuve de bon sens en menant, en premier lieux, des actions simples. « Il faut oublier l’idée de cacher la clé de l’église sous un pot de fleur ou de laisser traîner une échelle à proximité « , indique l’officier Blot. « On ne peut évidemment pas obliger les communes à suivre ces principes de précaution mais ils sont essentiels », insiste-t-il.

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© SombreSanglier - Wikimedia commons
La dernière cloche de l'église romane de Brue-Auriac a disparu en août 2019.

Mais quels sont exactement ces moyens d’action ? Mettre en place de caméras de surveillance ou des alarmes ? « Il est en réalité illusoire de penser que la sécurité contre le vol peut reposer sur des dispositifs électroniques, aussi sophistiqués soient-ils, souligne l’officier. En réalité, rien ne remplace les moyens mécaniques qui retardent l’action du malfaiteur ainsi que la présence et l’intervention humaine. Si l’on ne peut pas éviter à tout prix les vols, il faut en limiter le risque au maximum », insiste Éric Blot. Empêcher, dissuader et retarder sont donc les maîtres-mots.

Plusieurs actions peuvent ainsi être mises en place : empêcher l’approche des véhicules à proximité ; installer des systèmes de fermeture résistants (porte solide, fenêtre non cassée) ; sécuriser certains espaces intérieurs (sacristie) ; bien veiller au rangement des clés ; sceller les statues avec des fixations au pied ; prévoir des accroches spéciales pour les tableaux et même les cloches… Enfin, faire un état des lieux précis et photographier avec une grande rigueur toutes les œuvres d’art et le mobilier liturgique présents dans l’église. « Sans les photographies, il est très difficile de restituer les objets quand ceux-ci sont retrouvés des années plus tard », insiste l’officier Blot. « Les photos sont essentielles lors des enquêtes car elles sont répertoriées dans la base Interpol et diffusées auprès des conservateurs dans les département concernés ».

Et la technologie dans tout ça ?

« Une fois ces principes de précaution mis en place, l’éventualité d’un renforcement au moyen de dispositifs électroniques peut être envisagé », confie Servanne Desmoulins « mais il ne remplacera jamais la présence humaine », insiste-t-elle. Hervé Philibert, vice-président de la communauté de communes Provence-Verdon en témoigne. Victime de vols de cloches au sein de sa commune, il confie avoir mis en place un système d’alarme relié directement à son domicile. Après plusieurs fausses alertes (dû à des mouvements parasitaires), celui-ci envisage désormais d’abandonner ce système coûteux et visiblement pas toujours efficace. Servanne Desmoulins souligne d’ailleurs la dangerosité d’aller soi-même faire des levées de doute, notamment en pleine nuit. « Si les malfaiteurs sont armés, il est très dangereux pour le maire ou un bénévole d’aller vérifier par lui-même. Il faut privilégier la sécurisation du bâtiment et renforcer la présence humaine en plein jour ».

Lire aussi : « Nos églises vides attirent malheureusement plus les voleurs que les priants »

« Il faut maintenir, dans la mesure du possible, les objets in situ »

Mais que faire lorsque l’église conserve un objet particulièrement rare et précieux ? Le maintenir in situ ? Le transférer dans un musée, que l’on imagine plus sécurisé ? Là encore, Servanne Desmoulins brise les idées reçues. « Un musée ne garantira pas davantage de protection. Preuve en est, en 2017, le Trésor de la cathédrale d’Angoulême a été cambriolé un an après avoir été installé dans un nouvel espace ultra-sécurisé », déplore la conservatrice. « Si après réflexion, rien ne semble permettre d’assurer la protection de l’œuvre dans l’église, il est alors possible d’envisager son transfert dans un musée, mais seulement en dernier recours. Personnellement, je n’y suis pas favorable », insiste la conservatrice. « Il faut maintenir, dans la mesure du possible, les objets in situ. Les objets doivent rester dans les lieux pour lesquels ils ont été créés. Les églises ne peuvent pas être dépouillées des œuvres qui les font vivre », conclut la conservatrice.

« Une église fermée est une église qui meurt »

Sécurisation et présence humaine semblent donc être la clé principale pour prévenir, au maximum, les vols dans les églises. « Le défi de notre temps est de rendre ce patrimoine vivant », confiait il y a quelques mois, à Aleteia, Mgr Dominique Rey évêque de Fréjus-Toulon à la suite du vol des cloches dans le Var. Il faut « ouvrir les églises, y organiser des moments de recueillement, y trouver de nouvelles formes de présence. Faire vivre ces lieux en créant des initiatives culturelles et spirituelles… », insistait-il, encourageant les catholiques à reprendre possession de ces lieux. Et si les initiatives locales ne manquent pas en France, certaines sont cependant parfois freinées par des maires trop frileux qui préfèrent, par facilité, fermer tout simplement la porte.

Lire aussi : « Églises ouvertes », un réseau européen qui s’active pour ouvrir les sanctuaires

Gery de Pierpont, chargé de projets à la Fondation « Églises ouvertes » — réseau européen qui vise à mettre en valeur le patrimoine religieux en maintenant les églises ouvertes — insistait lui aussi, en mai dernier auprès d’Aleteia, sur le rôle essentiel de la réappropriation des églises : « Une église fermée est une église qui meurt. Pour la préserver, il faut la maintenir ouverte. Le plus important c’est la réappropriation. Les jeunes générations vont moins à l’église, c’est un fait. Mais au-delà de la sphère catholique, il faut que les riverains se réapproprient leur patrimoine. Ce sont des lieux magiques, remplis de belles œuvres d’art, mais aussi des lieux de ressourcement où chacun peut y trouver, croyants ou non, le silence et la sérénité ».

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