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Au Bénin, le missionnaire « aux mains d’or »

© FP

Frère Florent en tenue de travail.

Colombe de Barmon - Oeuvres Pontificales Missionnaires - Publié le 06/08/19

Directeur de l’hôpital de Tanguieta au Bénin, frère Florent, médecin et religieux de la famille de l'Ordre des hospitaliers de Saint Jean de Dieu, sert les malades depuis plus de cinquante ans. Cet homme qui ne compte pas ses heures permet des merveilles quotidiennes.

Un sourire qui raye une douce barbe blanche, des yeux bleus pétillants de joie, le tout sur un visage où quelques rides de septuagénaire n’empêchent pas de laisser paraître la jeunesse de l’âme. Voilà l’impression que donne immédiatement frère Florent Priuli, surnommé le « sorcier blanc » ou « l’homme aux mains d’or ». Rien d’étonnant quand on connaît son emploi du temps quotidien. Quand il n’est pas au bloc opératoire, il enchaîne les consultations. En soignant sans cesse du matin au soir, il trouve son bonheur et évangélise.

« C’est merveilleux. En maintenant la vie, nous devenons des coopérateurs de ce Dieu qui donne la vie », confie-t-il à Aleteia. Debout dès cinq heures, c’est bien souvent après minuit que le médecin laisse ses malades pour trouver le repos, tant le nombre de patients et la gravité des situations exigent de travail. « C’est de partout que l’on court à l’hôpital de Tanguieta, tant en premier qu’en dernier recours », explique-t-il. Chaque année, près de 5.000 malades sont opérés, et tous les ans, 20.000 nouveaux patients sont accueillis. Ils viennent du Bénin mais aussi du Togo, du Burkina Faso, du Mali ou encore du Niger.

Les malades comme « maîtres »

Le charisme des frères de Saint Jean de Dieu se trouve là, dans ce rapport profond et respectueux avec les malades. « Je me dois de retenir les malades comme « maîtres », selon les mots de saint Jean de Dieu. Cela veut dire que le bien des malades est au sommet et doit être au sommet de mes préoccupations le jour comme la nuit », note frère Florent. Pour lui, le dévouement n’a pas de limite : « Souvent, nous avons l’impression d’être dévorés par les malades. Au fond, cela est bon et beau car nous devons leur donner le maximum d’attention et de satisfaction ».

Frère florent
© FP
Frère Florent, un stéthoscope autour du cou.

C’est dans la prière que le prêtre puise les forces nécessaires pour garder cette énergie hors norme. Levé chaque jour à 5 heures, il prend le temps de prier avant de débuter sa garde à 7h30. Angélus, oraison, messe puis laudes marquent le début de sa journée bien remplie. Soucieux de garder le contact avec les bienfaiteurs et amis de l’hôpital, il prend aussi le temps de répondre au courrier.


ville de Cuzco au Pérou

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La famille Saint Jean de Dieu, « orientée vers la vie missionnaire dans les services des plus démunis », a très vite conquis le cœur généreux de l’Italien. Encore jeune, il est parti pour l’Afrique où il a vécu d’abord au Togo. Là-bas, il servait à l’hôpital d’Afagnan. En 1979, il est arrivé à Tanguieta, à l’extrême nord du Bénin, et y a trouvé un hôpital très petit et peu utilisé. Il a été la cheville ouvrière du développement de la structure de santé. Alors que l’hôpital disposait seulement de 85 lits en 1979, il en compte aujourd’hui 415.

Évangéliser en soignant les souffrants

Avec 25 % de catholiques, l’annonce de l’Évangile au Bénin est un « beau défi » dans ce pays où l’animisme reste très présent. « Nous sommes appelés à annoncer l’Évangile de la miséricorde et la meilleure annonce est celle du témoignage de cet Amour miséricordieux du Christ et de Dieu pour ceux qui souffrent », s’enthousiasme frère Florent. L’apostolat auprès des malades est le premier levier de l’évangélisation : « Dans la mesure où nous arrivons à être fidèles au charisme de saint Jean de Dieu, je crois que nous faisons la plus belle annonce de l’Évangile car le Christ Lui-même envoyait proclamer la Bonne Nouvelle, guérir les malades, oindre les mourants ».

frère florent
© FP
Frère Florent en pleine conversation dans un bureau.

D’ailleurs, le prêtre entretient de très bonnes relations avec les animistes. D’ailleurs, il n’hésite pas à prescrire à ses patients des traitements issus de la médecine dite « naturelle » ou « traditionnelle » apprise auprès des guérisseurs. Il y voit une « base de connaissance ancestrale parfois fantastique » et juge les traitements efficaces. « Il n’y a pas une maladie que Dieu permet qui n’ait pas un remède, et le remède se trouve souvent dans les plantes, les racines », note-t-il. Frère Florent, grand ami du khalife du Niger, le cheikh Moussa Aboubacar, entretient aussi d’excellents rapports avec les musulmans : « Il me dit souvent que le vendredi d’avant, à la mosquée, il a prié pour moi » confie le « Sorcier blanc ».




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« C’est la transmission qui assurera le futur de l’œuvre, pas seulement de ses murs et équipements mais aussi de l’esprit qui l’anime depuis le début », poursuit-il. Par conséquent, l’hôpital a besoin d’âmes généreuses pour prendre la relève. C’est pourquoi des personnes de nombreux pays — Italie, France, Belgique, Suisse, Espagne ou encore Amérique —, souvent des médecins à la retraite, viennent aider le religieux.

© MATTEO BIATTA
Frère Florent concentré au cours d'une opération chirurgicale.

L’hôpital vit également de dons. Frère Florent raconte l’anecdote touchante d’un vieil homme qui, touché par le « miracle de Tanguieta », a donné toutes ses économies prévues pour sa retraite à l’hôpital, remettant sa vieillesse entre les mains du Seigneur. « C’était un clin d’œil de la Providence », sourit-il. Bien au delà, à travers les merveilles qui ont lieu chaque jour dans cet hôpital, le « miracle de Tanguieta » semble être pour la région un clin d’œil permanent de Dieu.

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