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Mgr de Moulins-Beaufort, bien plus qu’un homme capable de faire front

Bruno LEVY/CIRIC
Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le nouveau président de la Conférence des évêques de France (CEF).
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En choisissant Mgr Eric de Moulins-Beaufort comme président, les évêques français n’ont pas simplement parié sur les qualités d’un homme. Ils ont aussi misé sur ce qui l’a formé et qu’il incarne.

Mgr Georges Pontier étant arrivé au terme de deux mandats consécutifs comme président de la Conférence des évêques de France au moment où, de l’avis général, l’Église est dans une très mauvaise passe suite à de multiples scandales, l’élection de son successeur avait une importance particulière. Il ne s’agissait pas de trouver un bon gestionnaire ou un homme de consensus, mais quelqu’un capable de faire front. On l’a. On a sans doute même mieux.

Un serviteur

Non que Mgr de Moulins-Beaufort soit sans expérience ni risque de devenir un « patron » qui ferait de l’ombre à ses pairs. S’il a enseigné la théologie pour former de futurs prêtres, il a aussi été curé, et surtout, il a longuement servi sans se mettre en avant : comme premier secrétaire particulier de Mgr Vingt-Trois quand celui-ci est revenu à Paris comme archevêque, puis pendant dix ans comme son auxiliaire, au travail pastoral quotidien dans le diocèse de Paris. Il n’est archevêque de Reims que depuis moins de six mois.

Dans le contexte actuel, son article dans la Nouvelle Revue théologique début 2018 : « Que nous est-il arrivé ? De la sidération à l’action devant les abus sexuels dans l’Église », a pu apparaître comme une des prises de position les plus justes et profondes. Cela a probablement contribué à lui faire confiance pour prendre la barre dans les tempêtes actuelles. Mais son parcours révèle des qualités qui donnent des garanties bien plus intéressantes pour le moyen et le long terme.

Un théologien

C’est d’abord un théologien dont le « maître à penser » a été le P. Henri de Lubac. Le jeune Eric de Moulins-Beaufort a fait sa thèse de doctorat sur les recherches de ce jésuite tant admiré de Karol Wojtyla pendant le Concile Vatican II et il a édité ou préfacé plusieurs volumes de ses œuvres complètes. Cette filiation intellectuelle et spirituelle lui a déjà valu d’être porté, comme une des « têtes » les mieux faites et les plus savantes de l’épiscopat français, à la présidence de sa commission doctrinale. Mais cette compétence donne deux atouts.

Le premier est que le principal représentant de l’Église en France ces prochaines années ne parlera et n’agira pas uniquement comme responsable d’une institution sociale, soucieux de l’image de cette dernière dans l’opinion publique ou de ses résultats statistiques et financiers. Car la théologie est ce qui non seulement permet, mais encore oblige, quand il s’agit d’affaires de politique religieuse ou de questions pratiques de vie chrétienne, à aller jusqu’au fond des choses, c’est-à-dire jusqu’à leur source en Dieu même avec toute la rigueur que requièrent les conceptualisations, puisque la Révélation ne bride pas la raison, mais la stimule, y compris dans sa dimension critique et libératrice des idées toutes faites.

À l’école des PP. de Lubac et Lustiger

L’école du P. de Lubac est par ailleurs une garantie de ce que la théologie n’enferme pas dans un ghetto universitaire, coupé du reste de la culture aussi bien que des réalités du monde contemporain. Le théologien jésuite n’a pas uniquement montré la pertinence que gardent aujourd’hui les Père de l’Église et les penseurs médiévaux. Il a aussi étudié « le drame de l’humanisme athée » (c’est le titre d’un de ses ouvrages les plus marquants). Il a défendu l’ouverture du P. Teilhard de Chardin à la science moderne. Et il s’est aussi intéressé au bouddhisme. Son disciple devenu évêque auxiliaire de Paris, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France est depuis 2000 membre du comité de rédaction de Communio, qui n’est pas une revue théologique pour spécialistes, mais s’efforce de montrer que la foi chrétienne n’est indifférente à aucun des aspects de l’existence humaine.

De plus, Mgr de Moulins-Beaufort est un pur produit du séminaire voulu et mis sur pied par le cardinal Lustiger, qui s’est efforcé d’actualiser le modèle du prêtre en repensant ses raisons d’être pour répondre aux besoins du XXIe siècle marqué à la fois par la sécularisation, par la post-modernité et par la concurrence d’autres religiosités (islam, spiritualités orientales, ésotérismes…). Et le nouveau président de la Conférence épiscopale n’a pas été qu’élève à ce séminaire : il y a aussi enseigné longtemps.

Le sens de l’essentiel

Un des enjeux pour l’Église, dans les années et même les décennies à venir, est peut-être bien justement le rôle du prêtre. Il est capital parce qu’« on n’est pas chrétien tout seul ». Cela ne veut pas dire qu’il faut simplement s’insérer dans une communauté, mais aussi reconnaître que celle-ci ne se constitue pas d’elle-même. Non seulement elle est rassemblée par celui qui se trouve au bout de toute une chaîne de délégations depuis Jésus lui-même, mais encore chacun a personnellement besoin qu’un autre qui ne peut pas être n’importe qui le pardonne et le nourrisse en disant « je » au nom du Christ.

Si la crise actuelle se manifeste par le discrédit du clergé, on n’en sortira pas en restaurant sa crédibilité vis-à-vis de l’extérieur aussi bien que des fidèles qui s’estiment trahis, en excluant impitoyablement les brebis galeuses et en mettant hypocritement quelque bouc émissaire comme le cardinal Barbarin dans le même sac-poubelle non-recyclable. C’est plutôt en redécouvrant à quoi servent les « hommes de Dieu », et en faisant savoir qu’ils sont encore plus nécessaires qu’utiles. C’est un peu de sens de l’essentiel qui est requis pour en prendre ou reprendre conscience. C’est donc sans doute une chance – ou un coup de pouce de la Providence – que celui qui est désormais chargé de donner le ton chez nous soit un théologien – autrement dit quelqu’un qui a réfléchi à fond sur ce qu’il doit dire avant de se demander comment il le dira ou si ce sera bien accueilli par ceux qui n’en ont cure.

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