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[HOMÉLIE] Ce premier procès de Jésus qui préfigure la Passion

femme adultère

La femme adultère, le Christ écrit par terre, détail d'une aquarelle de James Tissot, Brooklyn Museum

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Norbert Jorion - publié le 05/04/25
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Le Frère Norbert, chanoine prémontré de l’abbaye de Mondaye, commente l’évangile du 5e dimanche de carême. C’est le drame de la Passion qui se trame dès le chapitre 8 de l’évangile de Jean : l’évangile de la femme adultère annonce que l’Innocent va prendre la place des coupables.

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Dans l’évangile de la femme adultère, il y a un procès et une condamnation. Mais ce ne sont pas le procès et la condamnation de qui on penserait spontanément. Car la femme adultère s’en va libre : elle n’est pas condamnée, elle n’est pas lapidée, elle est pardonnée et libérée. "Va, désormais ne pèche plus ", lui dit Jésus (Jn 8, 11). De qui est-ce alors le procès ? Dans cet évangile, il faut voir d’abord que c’est le procès de Jésus qui est orchestré, c’est sa condamnation qui est recherchée. Ensuite, sa Passion est en filigrane de cet épisode évangélique, elle le traverse de part en part. Enfin, Jésus est finaud. Il ne s’en laisse pas conter par la stratégie de ses adversaires, qu’il met en déroute et oblige à battre en retraite, "en commençant par les plus anciens" (Jn 8, 9). Jésus déploie en somme une véritable stratégie juridique, non pour clamer son innocence, mais pour paver le chemin qui lui fera prendre sur lui les fautes des coupables et les péchés des pécheurs.

Un premier procès de Jésus

La confrontation orchestrée au chapitre 7 par les scribes et les Pharisiens entre Jésus et la femme adultère intervient juste après un conciliabule entre les grands prêtres, les pharisiens et les gardes, raconté au chapitre 7. Jésus, enseignant dans le temple, a rapporté à lui-même la parole de l’Écriture proclamant que "des fleuves d’eau vive couleront de son sein " (Jn 7, 38), et les notables — grands prêtres et pharisiens — tiennent conseil contre lui. Ils auraient arrêté Jésus si Nicodème ne s’était interposé, objectant que nul ne peut être condamné sans avoir été entendu au préalable. Ce qui suit directement après, c’est l’histoire que nous avons entendue. La question posée à Jésus de savoir ce qu’il faut faire de la femme prise en flagrant délit d’adultère est donc un test, une sorte d’interrogatoire, un appât lancé à Jésus par ses adversaires, espérant pouvoir l’arrêter, le condamner et continuer à couler des jours tranquilles.

En annonçant la Passion de Jésus, l’évangile de la femme adultère nous rappelle que l’Innocent va prendre la place des coupables. Il ne lapide pas, il risque d’être lapidé. Il ne condamne pas, il va être condamné.

Au cas où cela nous aurait échappé, le narrateur attire explicitement notre attention sur ce point : "Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser " (8,6). En obligeant ses interlocuteurs à s’éclipser, Jésus a gagné le premier round. Mais ses adversaires ne sont pas encore groggy, les voilà qui répliquent et entament un long dialogue rapporté au fil du chapitre 8 de l’évangile de Jean. Le dernier verset du chapitre confirme d’ailleurs notre propos : "Alors, ils ramassèrent des pierres pour les lancer contre lui, mais Jésus se déroba et sortit du temple " (8,59). Le prévenu dont nous assistons au procès, c’est donc Jésus ; la femme adultère n’est que le prétexte de la condamnation de Jésus. Dès le début, c’est lui qui est visé ; à la fin, c’est lui qui est menacé d’être lapidé.

"Et lui, au milieu "

Ce procès de Jésus préfigure la Passion. Vous l’avez entendu au tout début de l’évangile : "Jésus s’en alla au mont des Oliviers " (8,1), la montagne faisant face à Jérusalem à l’Orient, la montagne au pied de laquelle Jésus sera arrêté, la montagne qui signe le commencement de la Passion. Nous tenons là un premier indice. Saint Jean nous en fournit un second, subtil, quand il déclare que Jésus "resta seul avec la femme toujours là au milieu " (8, 9). Où associe-t-on ailleurs dans l’évangile Jésus avec le "milieu " ? Au calvaire. Jn 19, 18 déclare en effet que Jésus est crucifié avec deux autres hommes, un de chaque côté, et lui au milieu. Ainsi, c’est le drame de la Passion qui se trame dès le chapitre 8 de l’évangile de Jean. Les acteurs sont en place, les stratagèmes s’échafaudent, pour que les chefs d’accusation visant Jésus fassent mouche.

Quelle femme adultère vais-je aider à se relever ?

Nous sommes au seuil du temps de la Passion. Dès aujourd’hui, nous pouvons voiler les croix de nos églises, dès demain nous sommes invités à prendre la première préface de la Passion. Or, ce n’est pas pour rien que nous entendons cet évangile au début de ce temps particulier. En effet, en annonçant la Passion de Jésus, l’évangile de la femme adultère nous rappelle que l’Innocent va prendre la place des coupables. Il ne lapide pas, il risque d’être lapidé. Il ne condamne pas, il va être condamné. Il s’apprête même à prendre sur lui les péchés des humains. Il va mourir pour notre salut. Pour que ce temps de la Passion porte du fruit pour nous, et que nous parvenions avec un cœur purifié à la solennité pascale, veillons à nous y préparer tout au long de cette semaine. L’année jubilaire nous enjoint à pratiquer les œuvres de miséricorde : quelle est la femme adultère que je veux aider à se relever plutôt que de lui envoyer une pierre ? Auprès de quel pauvre qui a trébuché suis-je envoyé ?

Lectures du 5e dimanche de carême :

Is 43, 16-21 ; Ps 125 ; Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 1-11
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