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Lorsque le danger ne vient pas du ciel, c'est la terre qui se dérobe. En Birmanie, un puissant séisme de magnitude 7,7 s'est produit vendredi 28 mars et a fait plus de 2.000 morts, selon un dernier bilan établi ce lundi. Près de 4.000 personnes ont été blessées, et des centaines d'autres sont encore recherchées sous les décombres alors que l'espoir de retrouver des survivants s'amenuise de jour en jour. L'état d'urgence a été déclaré dans les six régions de Birmanie les plus affectées par les secousses : Sagaing, Mandalay, Magway, le nord-est de l'État Shan, Naypyidaw et Bago.
Dans un télégramme envoyé vendredi et signé par le cardinal Secrétaire d'État Pietro Parolin, le pape François a tenu à exprimer sa compassion envers la Birmanie et la Thaïlande. Il "offre des prières sincères pour les âmes des défunts et l’assurance de sa proximité spirituelle à toutes les personnes touchées par cette tragédie". Ce drame humanitaire fracture encore plus un pays déjà dévasté par les combats. La Birmanie est en proie à la guerre civile depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 qui a mené la junte birmane au pouvoir. Les Forces de défense du peuple ont organisé un vaste mouvement de désobéissance civile, entraînant des affrontements d'une grande violence qui poussent les civils à fuir et occasionnent de grands déplacements de population. Selon l'ONU, plus de 3.5 millions de personnes se sont déplacées à l'intérieur du pays et plus d'un tiers de la population birmane est en besoin d'aide humanitaire urgente. L'Organisation mondiale de la Santé a lancé un appel afin de réunir 8 millions de dollars soit 7,4 millions d'euros pour prévenir les épidémies au cours des trente prochains jours. Près de trois tonnes de fournitures médicales ont été envoyées depuis Rangoun vers les hôpitaux de Mandalay et de Naypyidaw, où sont pris en charge des milliers de blessés.
Or, cette aide humanitaire pourrait peiner à arriver en raison de l'instabilité dont souffre le pays. Ponts et aéroports détruits ou endommagés, lignes de télécommunication coupées… L'absence totale de sécurité empêche par ailleurs d'évaluer les réels besoins et d'envoyer de l'aide sur place. Malgré le séisme, la junte a en effet continué de bombarder les régions du nord de la Birmanie, provoquant l'indignation des Nations Unies qui ont qualifié ces attaques de "scandaleuses et inacceptables". Le cardinal Charles Maung Bo, président de la Conférence des évêques catholiques de Birmanie et archevêque de Rangoun, a quant à lui plaidé pour l'arrêt des combats et lancé un appel à l'aide pour sauver le plus de victimes possible. "L'aide pourrait être entravée par les troubles causés par les groupes armés", avertit le cardinal Bo dans une interview à Vatican News." J'entends par là toutes les parties des deux côtés. Par conséquent, la réconciliation, le dialogue et la paix seraient la seule solution", poursuit-il.
Appel au cessez-le-feu
"Plus que tout, notre peuple a besoin de paix, et non de l'angoisse provoquée par la crise multidimensionnelle", martèle ainsi le cardinal, pour qui "ce fut une expérience bouleversante de voir la nature s'associer à d'autres forces pour exacerber les souffrances de notre peuple." "J'ai lancé un appel à toutes les parties concernées pour qu'elles apportent d'urgence une aide humanitaire et qu'elles puissent accéder sans entrave aux populations touchées. J'ai lancé un appel sincère au cessez-le-feu à tous les groupes hostiles." Le cardinal était en voiture lorsque le séisme s'est produit. "Alors que nous nous efforcions de circuler parmi les véhicules bloqués, nous avons vu d'énormes cratères se former sur la route", relate-t-il, expliquant avoir été "très angoissés lorsque notre voiture s'est déportée de manière incontrôlée vers les bas-côtés".
Cherchant à délivrer un message d'espérance, Mgr Bo relève que c'est dans ce genre d'événements particulièrement dramatiques, où la mort et la souffrance semblent prendre le dessus, que la compassion et la fraternité sont les plus victorieuses. "Lorsque la nature attaque, les êtres humains oublient toutes leurs différences. Nous survivons en tant qu'espèce parce que nous pouvons être émus par les larmes des autres", assure le cardinal.