Les fragilités pulmonaires du Pape sont connues depuis le début de son pontificat et même depuis le conclave de 2005, mais l’information selon laquelle le pontife argentin n’aurait "qu’un seul poumon" est inexacte : il a en réalité bien deux poumons, mais a subi une lourde opération à 20 ans afin de se faire retirer des kystes sur le lobe du poumon droit.
Dans sa récente autobiographie Espère (Albin Michel), le Pape évoque ce souvenir douloureux d'août 1957, dans le contexte aujourd’hui presque oublié de l’épidémie de grippe asiatique "qui devait faire cette année des millions de morts dans le monde", rappelle-t-il. Malade comme tous ses camarades de séminaire, Jorge Mario Bergoglio vit son état se dégrader plus que les autres sans que le médecin de l’institut – violemment surnommé "l’Animal" – ne prenne la situation au sérieux.
Sur une décision tardive du préfet des études du séminaire, le futur pape sera finalement transféré vers l'hôpital syro-libanais de Buenos Aires. "Si j’ai survécu, je le dois principalement à une sœur", raconte le pape François dans ce récit en rendant un vibrant hommage à la religieuse dominicaine Cornelia Caraglio qui donna des ordres au médecin afin qu’il soit opéré et reçoive une double dose de pénicilline.
Un virage essentiel dans la vie de François
"On me sortit un litre et demi d’eau de la plèvre", précise le Pape dans son autobiographie. "Alors commença une lente et incertaine remontée, oscillant sans cesse entre la vie et la mort. Pour me faire une endoscopie des poumons, on me bourra de morphine : le monde m’apparaissait déformé, les gens tout petits : ce fut là aussi une expérience terrible, un aspect du cauchemar dans lequel j’étais tombé", raconte François. "Les camarades du séminaire vinrent me rendre visite, et certains me donnèrent leur sang", poursuit le Pape, reconnaissant pour cette solidarité communautaire. "Peu à peu, la fièvre consentit à lâcher prise et la lumière réapparut lentement", explique-t-il.
Cet accident de santé fut un virage essentiel dans la vie du futur pape. "Le séminaire me plaisait. Et pourtant, j’en sortis. Ou, plus précisément, j’en fus sorti. Sur une civière, à l’article de la mort", se souvient-il. C’est après sa convalescence que Jorge Mario Bergoglio a rejoint la Compagnie de Jésus, l’année suivante, pour une très longue formation qui allait le conduire à l’ordination presbytérale en 1969 et aux vœux définitifs en 1973.
"Jésus a partagé notre souffrance"
Cette expérience de jeunesse a structuré la réflexion du pape François sur la souffrance. Dans son récent message pour la Journée mondiale du malade du 11 février 2025, le pape François insiste sur "l’expérience de la proximité et de la compassion de Dieu qui, en Jésus, a partagé notre souffrance. Il ne nous abandonne pas et nous surprend souvent par le don d’une ténacité que nous n’aurions jamais cru avoir et que nous n’aurions jamais trouvée par nous-mêmes", y souligne François.
"La maladie devient alors l’occasion d’une rencontre qui nous change, la découverte d’un rocher inébranlable auquel nous pouvons nous accrocher pour affronter les tempêtes de la vie", raconte le Pape dans ce message chargé d’une vision positive de l’hospitalisation comme lieu de solidarité et de fraternité.
"Les lieux où l’on souffre sont souvent des lieux de partage, où l’on s’enrichit mutuellement", indique-t-il encore dans ce message. À travers l’ensemble des personnes impliquées dans le soin se croisent ainsi "des ‘anges’ de l’espérance, des messagers de Dieu les uns pour les autres, tous ensemble : malades, médecins, infirmières, membres de la famille, amis, prêtres, religieux et religieuses ; là où l’on se trouve : dans les familles, les cliniques, les centres de soins, les hôpitaux et les dispensaires", explique François.
Lors de l’Angélus du 11 juillet 2021, prononcé exceptionnellement depuis l'hôpital Gemelli où il venait de subir une lourde opération du côlon et des intestins, le Pape avait exhorté à "prier pour tous les malades, en particulier pour ceux qui sont dans des situations plus difficiles : que personne ne soit laissé seul, que chacun puisse recevoir l’onction de l’écoute, de la proximité, de la tendresse et des soins", avait-il exhorté, exprimant ses remerciements aux médecins mais aussi sa compassion pour les enfants malades qu’il avait rencontrés durant son hospitalisation.
Cette expérience de l'hôpital comme communauté de vie se retrouvait aussi, dans une certaine mesure, dans le communiqué de dimanche sur son état de santé. Il était précisé que, durant cette matinée dominicale, dans l’appartement aménagé au 10e étage du Gemelli, le pape François avait "participé à la Sainte Messe, avec ceux qui prennent soin de lui durant ces journées d’hospitalisation". Une façon, jusque dans la souffrance et la vulnérabilité, d’assumer sa fonction pontificale dans une dynamique de foi et de reconnaissance pour le corps médical.
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