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Le retour au pouvoir de Donald Trump donne lieu en Amérique à des psychodrames dont les Européens n’ont guère idée. Il y a dans la mission confiée à Elon Musk un côté épuration. Il ne s’agit pas seulement de faire des économies sur les dépenses de l’État fédéral, mais aussi de punir les complices d’un système détesté parce qu’il fut pendant quatre ans aux mains de l’ennemi. Les provocations verbales du Président révèlent une violence dont on ne finit jamais de se demander ce qu’elle cache de calcul et ce qu’elle révèle de folie. Il arrive d’ailleurs que le calcul poussé à son extrême se fasse folie.
Une question d’argent
En cherchant à comprendre, j’ai d’abord songé que Donald Trump est un homme formé dans l’immobilier. Il veut acheter le Groenland avant que la fonte des glaces y fasse monter le prix du foncier. Il exige, sous menace de préemption, la gratuité de la servitude de passage à Panama. Il rêve d’un Canada annexé, car il y voit une zone d’aménagement différée. Il veut expulser les locataires en situation irrégulière dans ses immeubles. Comme le méchant propriétaire de l’Huissier de Marcel Aymé, il entend "expulser, expulser, expulser" ! Quant à l’Europe, il la regarde comme une colocation de grognons qu’il faut empêcher de trouver l’unanimité en assemblée générale. La Russie est pour lui un voisin agité avec lequel il convient de s’entendre pour isoler un voisin plus gros et plus dangereux, la Chine.
Tout, dans cette vision commerciale et immobilière, se réduit pour finir à une question d’argent. Dites-le avec des fleurs, enseignait la vieille diplomatie. Avec Donald Trump, il faut dire les choses avec des dollars. Ou plutôt avec des canons. La politique de la canonnière, nous connaissons ses effets : elle était à la mode à la veille de la Grande Guerre. Face à une telle rhétorique, le "I want my money back" de Margaret Thatcher nous semble une désuète courtoisie.
L’Europe divisée
Comme rien n’est jamais simple, le discours de ce nouveau Président américain est, sur les sujets sociétaux, entrelardé de considérations de bon sens qui égarent les bonnes volontés chrétiennes. Quand il parle de la famille, quand il met en garde contre l’idéologie du gender, quand il tient des propos identitaires, Donald Trump parle comme Vladimir Poutine. Le discours de J.D. Vance à Munich le 14 février a séduit les Européens du peuple et effaré les Européens de l’élite : ce n’était peut-être pas son objectif, mais ce fut son effet. Les colocataires du Vieux Continent se sont divisés : les riches contre les pauvres, les Allemands contre les Italiens.
Ne soyons pas naïfs. Par les temps qui courent, beaucoup de loups se déguisent en bergers. Face au catéchisme de J.D. Vance, il est urgent de relire Blaise Pascal, véritable père de l’Europe, qui montre magistralement que le vice-président se trompe parce qu’il n’est pas possible de déduire Dieu des lois de la Nature. Ceux qui bâtissent leur foi sur la Nature tombent dans l’athéisme ou le déisme, qui est en réalité la même chose que l’athéisme. Pascal nous a mis en garde avec trois siècles d’avance, nous Français, sur les dangers du totalitarisme déguisé en morale chrétienne. Le nazi Himmler n’a-t-il pas déclaré : "Les lois de la Nature nous donnent la certitude qu’il y a un Dieu" ? Et n’a-t-il pas ajouté, parfaitement logique : "Je ne tolère personne à la SS qui ne croit pas en Dieu" ? Trump et Vance ne sont pas des Nazis, bien entendu. Mais ils sont beaucoup plus éloignés qu’on croit de ce que quinze siècles de chrétienté patiente ont donné à l’Europe, et d’abord à la France, pour affronter le monde.
La véritable indépendance
Au-delà du changement considérable du paysage géopolitique qui s’accomplit sous nos yeux, nous devons donc saisir une opportunité : le moment est venu pour l’Europe de ne plus compter que sur elle-même. Donald Trump peut se révéler l’accoucheur de l’Europe retrouvée dans son indépendance. L’Europe, et d’abord son pivot, l’Allemagne, s’était habituée à vivre dans le confort d’une triple dépendance : dépendance vis-à-vis des États-Unis pour la sécurité, vis-à-vis de la Russie pour l’énergie, vis-à-vis de la Chine pour l’économie. Face à Donald Trump et à l’entente prévisible des trois Empires, et dans un contexte où la liberté n’intéresse plus grand monde, le Vieux Continent doit relever le défi d’une triple émancipation, sécuritaire, énergétique et économique. Il doit se faire gaulliste.
La France dotée de l’arme nucléaire et d’une relative indépendance énergétique montre un chemin. Mais ce chemin n’aura de sens que s’il est aussi un chemin spirituel. La véritable indépendance de l’Europe à construire sera l’indépendance spirituelle. L’identité de la France, et aussi de l’Europe, tient justement à ceci qu’elle ne croit pas à l’idole identitaire. Elle a payé cher pour savoir à quelle folie sanglante conduit un déisme naturel. Dans le siècle à venir, l’Europe pourrait bien se retrouver à nouveau seule capable de témoigner dans le monde d’un Dieu qui n’est pas le Dieu de Donald Trump et des orthodoxes nationalistes du patriarche Kirill, ni le Dieu matérialiste de Xi Jinping, mais le Dieu de Jésus-Christ. Tout le reste serait une coupable naïveté.
