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Les réseaux sociaux, cette “arme de destruction massive”

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Henri Quantin - publié le 01/05/24

Devant les effets destructifs des réseaux sociaux sur la jeunesse, la secrétaire d’État chargée de la Ville et de la citoyenneté a beaucoup de conseils techniques pour les parents. La technique pour contrôler la technique n’est peut-être pas la solution, note l’écrivain Henri Quantin.

“Il y a une hypocrisie”, disent mécaniquement certains commentateurs, lorsque la loi continue à interdire ce que beaucoup pratiquent en douce à l’étranger. Euthanasie ou GPA, la chanson ne manque pas de couplets et le refrain est bien rôdé. Argument inepte qui, suivi jusqu’au bout, exigerait d’autoriser légalement le meurtre et le viol au motif qu’il y a des assassins et des violeurs en liberté. Un législateur qui a pour seule boussole les habitudes de son temps devrait changer de métier et s’en tenir aux sondages d’opinion.

Les réseaux sociaux

Si la dénonciation de ces supposées hypocrisies n’a guère de sens, l’appel à un peu de cohérence politique en a en revanche beaucoup. Chez les membres d’un gouvernement, cela pourrait commencer par une attention à la crédibilité des formules utilisées. “Il faut protéger la jeunesse des réseaux sociaux qui sont une arme de destruction massive” a déclaré la secrétaire d’État chargée de la Ville et de la Citoyenneté, Sabrina Agresti-Roubache. Qu’il s’agisse de suicides après cyberharcèlement ou de guet-apens pour passage à tabac, l’arme est diablement efficace, sans même parler d’une destruction tout aussi massive des esprits : perte de toute liberté à l’égard des modes et des emballements collectifs, atrophie des capacités d’expression nuancée, incapacité à l’émerveillement devant les beautés qui ne passent pas, perpétuel encouragement aux réactions compulsives avec pouces levés ou langues tirées.

À l’heure, néanmoins, où la fabrique du crétin digital est de plus en plus démontrée, gouvernants comme parents auraient tout intérêt à s’interroger sérieusement sur la possibilité d’une jeunesse sans téléphone.

Face à cette “arme de destruction massive”, la secrétaire d’État a ajouté qu’elle ferait disparaître les réseaux sociaux, “si elle avait une baguette magique”. Manière de rejoindre les adolescents sur le terrain d’Harry Potter ou aveu que la politique est entièrement impuissante ? À défaut de baguette, Sabrina Agresti-Roubache prône l’installation de “contrôles parentaux” sur les téléphones. Comme toujours, cela revient à demander à la technologie de résoudre les problèmes dus à nos renoncements face à son emprise. Chercher le remède dans le mal est certes un pis-aller qui n’est pas nécessairement inefficace. Toutefois, quand la secrétaire d’État ajoute que “les parents ont le droit de fouiller le téléphone de leur enfant”, on est une fois de plus frappé par son silence sur une solution jamais envisagée : ne pas leur offrir de portable.

La fabrique du crétin digital

J’entends d’ici les cris d’effroi : oui, mais la vie sociale… oui, mais la pression de l’entourage…, oui, mais ma fille qui doit m’appeler en sortant de l’école… oui, mais vivre avec son temps… Certes. À l’heure, néanmoins, où la fabrique du crétin digital est de plus en plus démontrée, gouvernants comme parents auraient tout intérêt à s’interroger sérieusement sur la possibilité d’une jeunesse sans téléphone. On objectera qu’il ne faut pas confondre l’outil et l’usage qu’on en fait. Reste que si les réseaux sociaux sont vraiment une “arme de destruction massive”, installer un contrôle parental après avoir mis un téléphone dans les mains de son enfant revient à lui donner les clés d’une armurerie, puis de se rassurer en ajoutant un petit verrou à la porte. Autrement dit, c’est donner les codes nucléaires à ses enfants, puis déclarer horrifié qu’il serait temps de les changer.

Avant de proclamer le droit à fouiller le téléphone de son enfant, on peut rappeler le devoir de ne pas lui mettre un téléphone dans les mains.

Consciente que fouiller un téléphone a peu de chance de passer pour une action éducative louable, Mme Agresti-Roubache a précisé : “Ce n’est pas se mêler pour se mêler. Bien sûr que chacun a droit à son petit jardin secret.” Le recours à l’image du jardin secret fait sourire, tant la présence d’un petit reste de rapport à la nature ne relève plus que de la métaphore ancienne. “Une clé USB secrète” rendrait sans doute mieux compte de ce dont il s’agit.

Indigne de vivre sans portable

Dans son tout récent roman LeMiracle de Théophile (Le Cherche Midi), nourri de Rutebeuf, Baudelaire, Heidegger ou encore Vigny, Jérémie Delsart met brillamment en scène un monde dans lequel la déité Technique a rendu le diable lui-même presque inutile. À propos du jeune professeur stagiaire de lettres dont il conte les déboires, l’auteur propose cette formule ironique parfaite : “Car qui vit sans portable est indigne de vivre.” L’un des premiers rôles d’un éducateur pourrait bien être désormais de faire mentir cette maxime. Avant de proclamer le droit à fouiller le téléphone de son enfant, on peut rappeler le devoir de ne pas lui mettre un téléphone dans les mains. En bons éducateurs, bien sûr, parents et gouvernants peuvent donner eux-mêmes l’exemple d’un usage aussi restreint que possible de l’arme de destruction massive. 

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