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“Comme des sentinelles du Seigneur”, des religieuses contemplatives en plein cœur de Paris

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© Cécile Séveirac

Religieuses du monastère Notre-Dame de la Présence de Dieu à Paris.

Cécile Séveirac - publié le 03/03/24

En plein cœur de la capitale, des religieuses de la Famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno mènent une vie de contemplation, à l’abri (ou presque) de l'agitation parisienne. Comment vivent-elles cette “vocation dans la vocation” ? Reportage.

Il est 7h, Paris s’éveille… Au monastère Notre-Dame de la Présence de Dieu, des hymnes s’élèvent déjà depuis l’aurore. Cela, les Parisiens ne le savent sans doute pas, tout comme ils ignorent certainement l’existence de ce monastère niché en plein cœur de la capitale, dans le 16e arrondissement. Pourtant, une fois passées les portes de l’église, les curieux ou les habitués auront la chance de dire un adieu momentané au vacarme incessant du monde citadin. La Famille monastique de Bethléem de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno compte treize monastères en France. La majorité d’entre eux sont isolés, en pleine nature, mais c’est ici, à Paris, que 14 religieuses âgées de 36 à 91 ans vivent leur vie monacale. “Une vocation dans la vocation”, comme la décrivent les petites sœurs de Bethléem. 

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Adoration eucharistique après la messe du jeudi matin.

Pour certaines, ce fut une évidence, à l’image de sœur Félicité, 38 ans, entrée en 2011 dans la Famille de Bethléem. “Je venais de commencer à travailler dans la finance, à la Défense”, confie-t-elle à Aleteia. “Mais j’avais un désir de vocation contemplative très fort. Lorsque je suis entrée dans cette église, j’ai tout de suite été attirée par le Saint Sacrement et j’ai ressenti l’appel à rester là, aux pieds du Seigneur.” L’adoration eucharistique est l’un des piliers de la vie monastique de la communauté de Bethléem. Celle-ci naît peu de temps après la proclamation par Pie XII du dogme de l’Assomption, en 1950. Les nouvelles recrues puisent ensuite chez les Chartreux la spiritualité des pères du désert transmise par saint Bruno. Elles sont envoyées en Orient, notamment dans des monastères grecs, dont elles rapportent la liturgie byzantine avec ses hymnes et ses gestes, principalement les métanies (gestuelle consistant à s’abaisser vers le sol et à se relever dans un même mouvement, ndlr). “Nous avons reçu l’appel de l’Église à être comme un pont entre la tradition monastique d’Orient et celle d’Occident. Pour respirer à deux poumons, comme aimait le dire Jean Paul II.”

Les moniales de Bethléem vivent avant tout dans la solitude et dans le silence. Elles entament leur journée par un temps de prière dans leur cellule. Sur l’ensemble des offices, deux sont ouverts au public : les mâtines et les vêpres, en plus de la messe dominicale. Les fidèles peuvent venir adorer le Saint-Sacrement tous les jours sauf le lundi, exposé tous les après-midi dans un gigantesque ostensoir. Tierce, sexte, none et complies sont suivis par chaque religieuse isolément et simultanément. Entre les offices, les sœurs suivent des temps d’étude et vaquent à leurs tâches : artisanat, accueil, cuisine… 

Le coeur battant du monde

“Ici à Paris, nous sommes littéralement au cœur du monde. Les coups de klaxons, les cris, la musique, les pompiers… sont un rappel constant que nous sommes là pour offrir, prier, intercéder pour tous, à travers la faiblesse de nos propres coeurs, la vulnérabilité de nos humanités”, poursuit sœur Félicité. “Quand nous sortons de nos cellules, nous donnons directement sur l’église. Notre vocation est marquée par les lieux. C’est une veille permanente, comme des sentinelles du Seigneur.” Sœur Église-Marie a elle aussi découvert sa vocation à Paris. Étudiante en histoire, elle entre par hasard dans l’église de la place Victor Hugo, en 2007. “J’ai été saisie par la présence de Jésus“, se souvient-elle. D’abord religieuse à Lourdes, où elle reste 13 ans, elle ne revient à Paris qu’en octobre 2023. “Nous vivons la même réalité dans tous les monastères. Le silence, c’est avant tout une présence”, remarque-t-elle. “On peut être entouré par le silence, et avoir son cœur empli de bruit… Le silence, c’est surtout à nous de le créer.” 

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Sœur Félicité.

À peine a-t-elle prononcé ces mots que le téléphone sonne dans sa poche. Comme sœur Félicité, sœur Marie-Eglise est chargée de l’accueil et de l’hospitalité, qui occupent une grande place dans leur vie contemplative. Chaque religieuse est affectée à une tâche particulière entre les différents offices et les temps d’étude. Les sœurs vivent du travail de leurs mains : cierges, bijoux, statues en bois, faïence, et bien-sûr iconographie. Tout comme chez les orthodoxes, l’art de l’icône est considéré comme une véritable forme de prière, raison pour laquelle les sœurs s’isolent dans de petits ateliers afin d’y peindre seules. Soeur Sabine s’occupe de la sacristie. Elle est arrivée à Paris en 1979, huit ans après son entrée au monastère, alors que la communauté prenait ses quartiers dans l’église. “Je suis venue pour faire le ménage et aider à l’installation. Cela devait être seulement un weekend, et puis finalement, j’y suis restée”, rit-elle. 

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Sœur Sabine.

Avec sœur Paule, elle est l’une des plus anciennes de l’antenne parisienne. “Bien-sûr que c’est différent des autres monastères. Les conditions sont plus difficiles. Mais nous ne sommes pas là pour nous, nous sommes là pour le Christ. Nous apprenons à vivre avec cette réalité particulière, et cela donne une autre dimension à la prière”, assure sœur Paule. 

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Sœur Paule (à droite) et sœur Maroussia (gauche).

Des temps de repos 

Pour permettre aux sœurs de prendre l’air, plusieurs temps de détente sont organisés. Une fois par semaine, la communauté va marcher tôt le matin dans la forêt de Versailles, et non loin de Paris, l’antenne de Poligny (Seine-et-Marne) accueille celles qui veulent prendre leur “jour de désert” (le lundi, jour sans travail ni horaires à respecter, ndlr) à l’écart du tumulte de la ville. Trois semaines par an, le monastère parisien ferme ses portes afin de permettre à ses occupantes de partir en vacances dans l’un des monastères de campagne. “Ce sont de petits aménagements qui sont propres à notre monastère, qui nous permettent de souffler un peu”, sourit sœur Félicité. “Le vendredi, qui est jour de jeûne, nous avons le droit à de petits suppléments comme du fromage ou une banane pour mieux tenir”, poursuit-elle. “Il y a une véritable sagesse et une grande écoute de nos responsables, qui sont attentives à chacune. Elles savent que c’est une situation spécifique et plus fatigante. Il y a des sœurs pour qui c’est insurmontable, dans ce cas elles repartent car elles ont besoin de la nature et de grand calme.”

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Sœur Cécile, doyenne de la communauté.

Du calme, c’est ce que recherchait initialement sœur Cécile, 91 ans et doyenne de la communauté. D’abord salésienne, elle entre dans la Famille monastique de Bethléem en 1986 en se découvrant un désir avide de contemplation, et arrive à Paris peu de temps après. “Oh c’est bien la dernière chose que j’aurais choisie !” reconnaît-elle dans un rire. “J’avais Paris en horreur. Mais j’y suis allée. Et je suis heureuse. Je vis de l’essentiel, je n’ai jamais douté.”  Aux jeunes filles qui se posent la question de la vocation religieuse, sœur Cécile n’a qu’un conseil : “Venez ! Vous verrez bien. Moi, je cherchais Dieu, et je l’ai trouvé. Il faut essayer.”

Découvrez en images la vie de prière des sœurs de Bethléem à Paris :

À propos de la Famille monastique de Bethléem :

La famille monastique de Bethléem naît en 1951 en Bourgogne avec trois sœurs, dont sa fondatrice, Odile Dupont, sœur Marie en religion. Elles sont alors accompagnées du père Ceslas Minguet et présentent le charisme de leur communauté à l’évêque de Sens, Mgr Lamy, de qui elles reçoivent l’habit monastique. Au fur et à mesure que les années passent, de nouveaux monastères s’ouvrent en France et à l’étranger avec l’accord des évêques des diocèses concernés. La communauté est érigée en institut de droit pontifical par décret le 6 octobre 1998, approuvé par Jean Paul II. Toutefois, plusieurs graves accusations d’emprise spirituelle et d’abus d’autorité parviennent aussi bien auprès de la Conférence des évêques de France que du Saint-Siège. 

La dénonciation de ces dérives et dysfonctionnements internes, reconnus en 2021 par la communauté, pousse les sœurs de Bethléem à demander une visite apostolique. Débutée en 2015, elle est menée par le père Jean Quris, prêtre et délégué épiscopal à la vie consacrée dans le diocèse d’Angers, ainsi que l’ancienne mère-abbesse de l’abbaye bénédictine de Jouarre, sœur Geneviève Barrière. Tous deux font le tour des monastères de France pendant deux ans, jusqu’à fin 2016. Les conclusions de l’enquête canonique du Dicastère pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique ont insisté sur la nécessité d’adapter le fonctionnement interne de la communauté afin d’empêcher de nouveaux abus d’autorité. “La conception de la notion d’obéissance n’était pas ajustée”, explique à Aleteia le père Quris. “Ce qui a effectivement mené à des problèmes d’emprise dans certains monastères”. La collégialité est privilégiée, avec la nomination de sœur Emmanuel en 2017 en tant que Prieure générale des moniales par le Dicastère. Elle est assistée d’un conseil permanent de six sœurs. Le père Quris et sœur Geneviève sont nommés administrateurs apostoliques.  Une cellule d’écoute a par ailleurs été mise en place en janvier 2021. Révisées depuis 2018, les nouvelles Constitutions monastiques sont encore en cours d’ajustement et doivent être présentées à Rome dans le courant de l’année 2024. Leur première version a été autorisée par le Dicastère pour valoir règle de vie en attendant la version définitive. “Il y a un réel effort de la part des sœurs de mettre en œuvre les demandes de Rome, et elles sont encouragées dans leur cheminement par le Dicastère. Nous croyons beaucoup à la beauté de leur vocation et en leur capacité à changer leur façon de gouverner”, relève encore le père Quris. 


Monastère Notre-Dame de la Présence de Dieu, Place Victor Hugo. Ouvert dans le 6ème arrondissement de Paris en 1968, il est ensuite déplacé en 1978 dans le 16ème, où 14 religieuses vivent actuellement leur vie de contemplation.
Boutique artisanale : 18 Rue Mesnil, 75016 Paris.
Pour connaître les horaires des offices et de l’exposition du Saint-Sacrement, cliquez ici.

Tags:
contemplationMonastèresParisReligieux
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