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Scandales sexuels : cessons ce silence faussement compatissant

abus sexuels

Lilian Cazabet / Hans © Lucas / Hans Lucas via AFP

Benoist de Sinety - publié le 29/10/23

Quand le scandale des violences sexuelles dans l’Église paraît ne jamais se tarir, pourquoi avons-nous tant de mal à agir pour que l’on entende le cri des abusés et que l’on y réponde avec netteté, demande le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille.

Au fond du sanctuaire, après avoir traversé les différents espaces qui séparent du commun, ils entraient, nombreux, célébrant fêtes et deuils, les bras lourds de prières à exaucer et de vœux à tenir. Le temple de Sobek et d’Horus, en Haute Égypte, à Kom Ombo, abritait — fait rarissime — le culte de deux divinités. L’une à tête de crocodile était invoquée pour la fertilité, l’autre, à tête de faucon, vainqueur du dieu Seth, est celui qui sauve et qui veut ramener l’harmonie en combattant le chaos. Un temple, deux parties, séparées par un mur, et donc deux sanctuaires. Avec un point commun : dans chacun des deux, les prêtres avaient la possibilité de se cacher dans une petite niche et de là, à l’abri des regards des pèlerins déposant leurs offrandes devant l’autel et les statues colossales, on pouvait murmurer son prénom. L’effet devait être saisissant !

Imaginez le pauvre homme entrant, hésitant et tremblant, plongé dans les affres ou les tourments d’une vie bien lourde. Il vient là, plein d’espoir en ce divin qui s’impose dans la richesse des peintures et l’écrasant de l’architecture. Il avance, dans la foule, cherchant à reconnaître les visages des puissants et les paroles de bénédiction qui les accompagne. Comme un appel à poursuivre son chemin et à ne pas craindre l’issue. Et le voilà parvenu au terme et là, il entend une voix qui sort des profondeurs et qui l’assure de son salut. Ou tout au moins de la vérité de ce dieu vers lequel il s’est avancé.

Un escamotage spirituel pas révolu

La lecture de cet escamotage spirituel peut faire sourire. Nous aurions tort de le penser révolu. Et c’est parce que nous avons voulu le croire — ou le faire croire ? — que nous sommes aujourd’hui collectivement perdus. Après la lecture des énièmes scandales sexuels relatés ces derniers jours en Pologne — il s’agit, pardon du peu, de la démission d’un évêque et d’un prêtre meurtrier, dans un contexte d’orgies et de corruption — une femme m’écrit. Elle a les mots durs de la rage et de la souffrance : “Malheur à cette Église qui s’agenouille publiquement avec des mea culpa larmoyants pour ensuite continuer ses crimes horribles et sans aucun scrupule ! je la vomis de toutes mes tripes de mère, de femme…” Elle poursuit : “Depuis combien de temps le clergé ment-il collectivement ? Combien de générations ? Jusqu’où nous ment-il à nous le peuple des simples croyants ? Jusqu’aux sacrements ? Jusqu’au Credo ? Je ne peux imaginer que les participants à de telles structures de corruption aient la foi.”

Je sais qu’Il n’appelle jamais celui qui se croit juste, qu’il ne peut guérir celui qui se pense bien-portant.

Est-il possible que parmi les prêtres de Sobek ou d’Horus, il y en eut des sincères ? Comment n’ont-ils pu venir à bout de ceux qui truquaient et escroquaient les pauvres gens crédules ? Pourquoi ? Parce que les puissants riaient de tout cela et renvoyaient ceux qui criaient au danger ? Parce que leurs chefs ne voulaient ni bruit ni dérangement d’un ordre proclamé comme naturel et légitime qu’il ne fallait pas brusquer au risque de tout voir disparaitre ? Parce que le scandale chasse toujours le scandale et qu’il restera toujours des gens pour venir déposer leurs dons quoiqu’il puisse se passer ?

Le cri des abusés

Je ne sais la manière dont Dieu parlait aux hommes et aux femmes de l’Antiquité, ni d’ailleurs celle par laquelle il s’adresse à chacun. Je ne connais que la manière — et encore je l’appréhende si mal — dont il s’adresse à moi. Et je sais que ce langage est celui qui, en me dévoilant mon péché et mes fragilités, me console par la miséricorde, me relève par la douceur et me nourrit d’un amour infini. Je sais qu’Il n’appelle jamais celui qui se croit juste, qu’il ne peut guérir celui qui se pense bien-portant. Je sais qu’il interdit de confondre celui qu’il appelle à le suivre avec un tyran ou un dominateur. 

Et je sais que cela, la plupart d’entre nous le savent eux aussi. Comment alors, et pourquoi avons-nous tant de mal à agir avec l’Église entière pour que l’on entende le cri des abusés et que l’on y réponde avec netteté, quelle que soit l’identité de ceux qui se rendent coupables de crimes et de forfaits ? Est-il par ailleurs si difficile pour ceux d’entre nous qui ont ainsi agi de se retirer sans attendre d’être pris ? 

Le don du courage

L’Église n’est pas une cour de justice : on voit parfois combien, selon l’importance des réseaux auxquels vous appartenez, les décisions diffèrent et les sanctions aussi. Certains pensent, nombreux, que tout cela est irréformable. “Enfin, disent-ils, nous sommes tous pécheurs !” Certes, mais pas tous, heureusement, criminels et escrocs. Il ne s’agit pas de chasser les pécheurs mais d’empêcher les autres. Nul ne sait ce que le synode en cours déterminera. Mais il est fort probable que rien ne se décidera avant quelques temps encore. 

En songeant à ce temple, sur les rives du Nil, dont les vestiges colossaux forcent le respect, je m’inquiète, non de ce que deviendront les splendeurs que notre Église sait si bien édifier et plus difficilement entretenir, mais de la vérité du message qu’elle a à porter au monde. Et j’espère que le cri de cette femme, comme les nombreux autres qui s’élèvent un peu partout, ne seront pas engloutis dans le silence faussement compatissant que nous offrons trop souvent à ceux qui osent croire encore que nous pourrions demander à l’Esprit le don de son courage.

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