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Mgr Aillet : « Il faut réveiller l’Église dans les âmes et non dans les structures »

Mgr Aillet

Iroz Gaizka / AFP

Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne.

Cécile Séveirac - publié le 25/10/23

À l'occasion de la sortie de son livre "Le temps des saints : ne soyons pas des chiens muets", Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, revient sur la véritable réforme par laquelle doit selon lui passer l'Église : une réforme intérieure. "Je pense que l’Église se réveille dans les âmes et non dans les structures. Il faut redonner les éléments qui fondent la sainteté du peuple de Dieu. Revenir aux fondamentaux de la vie chrétienne est la priorité", confie-t-il à Aleteia. Entretien.

Alors que les regards se tournent en ce moment même vers Rome où se tient depuis le 4 octobre le synode sur l’avenir de l’Église, Mgr Marc Aillet revient pour Aleteia sur les crises que traverse l’Église : crise des abus sexuels mais aussi crise de la foi et de la morale. Pour en sortir, une seule solution selon le prélat : la réforme intérieure. Cette dernière, explique Mgr Aillet, est centrée sur la vocation des baptisés. « Il faut redonner les éléments qui fondent la sainteté du peuple de Dieu. Ces éléments sont la prière, l’eucharistie, la confession, l’écoute de la Parole de Dieu et enfin l’annonce de la Parole. Revenir aux fondamentaux de la vie chrétienne est la priorité », soutient ainsi l’évêque de Bayonne. 

Aleteia : « La crise de l’Église ne fait que commencer », a dit Benoît XVI en 1969, constat que vous rejoignez. Selon vous, quelle est cette crise que traverse l’Église catholique et comment doit-elle en sortir ? 
Mgr Aillet : Je crois tout d’abord que cette crise n’est pas nouvelle. Elle date à mon sens de l’après-Seconde guerre mondiale, qui a créé une fracture profonde dans la société. On peut la définir comme une crise de la foi selon la définition de Benoît XVI, crise de la foi qui a engendré par la suite une profonde crise morale. Je pense que l’on a assisté à une période où la question de Dieu s’est progressivement effacée au profit d’une attention excessive à l’homme, son ressenti, ses émotions. Il y a une sorte d’humanisme excessif qui consiste à vouloir à tout prix adapter l’institution ecclésiale aux évolutions du monde. L’Église peut se retrouver confrontée au risque de devenir trop « gentille ». Or, le Christ n’était pas gentil. Entendons-nous bien : il est toujours miséricordieux et compatissant à l’égard du pécheur, mais il est intraitable avec le mal et le péché en tant que tel, quitte à montrer un visage sévère et exigeant dans les Évangiles. Il élève même la voix quand c’est nécessaire.

Je pense que l’Église se réveille dans les âmes et non dans les structures. La réponse à cette crise se trouve dans ce que Jean Paul II disait lui-même, à savoir une réforme de la sainteté.

C’est là qu’est l’enjeu pour l’Église : il faut faire preuve de charité pastorale avec chacun tout en disant lorsqu’il commet le mal. On laisse aujourd’hui le champ libre à toutes sortes de revendications de réforme. Ce mouvement engendre une grande confusion doctrinale et morale qui inquiète un certain nombre de chrétiens, se sentant déstabilisés. La vérité n’est pas toujours facile à dire et nous contraint parfois à transgresser les lois de la bonne communication qui ne veulent ni froisser ni heurter. D’où l’expression « chiens muets », que j’emprunte au prophète Isaïe (chapitre 56), qui fustige les mauvais bergers d’Israël « incapables d’aboyer » : par désir de plaire, ils n’osent plus dire la vérité qui permet de garder le troupeau, de le protéger. Or, nous ne sommes pas là pour faire plaisir à l’humanité mais pour la sauver à travers le Christ, il faut en être convaincus.

À chaque fois que cela a été nécessaire, Dieu a envoyé des saints pour réformer son Église.

Je pense enfin que cette crise rebondit particulièrement aujourd’hui à la faveur des abus sexuels : face à l’ampleur du drame, beaucoup de fidèles n’ont plus confiance en l’Église et le sacerdoce. Tout cela fait que nous, pasteurs, pouvons avoir tendance à faire profil bas, nous finissons par adopter une posture d’effacement et nous doutons de nous-mêmes. Finalement, nous nous sentons culpabilisés de manière collective, ce qui conduit beaucoup de prêtres à abandonner la posture qui est la leur.

Le Synode sur la synodalité et l’avenir de l’Église pourra-t-il selon vous apporter des réponses durables à cette crise ?
Le synode est une très bonne chose en soi, mais je crains que l’on ne soit un peu trop obsédés par des questions d’organisation et de fonctionnement, qui pourraient bien nous conduire à faire fausse route. Je pense que l’Église se réveille dans les âmes et non dans les structures. La réponse à cette crise se trouve dans ce que Jean Paul II disait lui-même, à savoir une réforme de la sainteté. À chaque fois que cela a été nécessaire, Dieu a envoyé des saints pour réformer son Église : nous ne sortirons pas de cette impasse sans une nouvelle programmation pastorale de la sainteté, une réforme intérieure centrée sur la vocation des baptisés. Concrètement, il s’agit de redonner les éléments qui fondent la sainteté du peuple de Dieu. Ces éléments sont la prière, l’eucharistie, la confession, l’écoute de la Parole de Dieu et enfin l’annonce de la Parole. Revenir aux fondamentaux de la vie chrétienne est la priorité. J’ai bien peur qu’en se perdant dans des réformes de la structure ecclésiale, on brise plus qu’autre chose ce grand élan missionnaire, car elles mènent systématiquement à des luttes de pouvoir entre hommes et femmes, entre laïcs et prêtres… Le pape François a évoqué lui-même ce risque dans son exhortation apostolique du 19 mars 2018 (Gaudete et exsultate). J’y ai vu une indication précise : réformer l’Église oui, mais au risque de remettre en cause l’institution fondée par le Christ lui-même, non.

Au cœur de la crise que traverse l’Église, on retrouve systématiquement la figure du prêtre. Pourquoi celle-ci est-elle à ce point malmenée et qu’en tirer pour l’avenir ? 
La crise du clergé est avant tout due à une évolution de notre société depuis les années 1960. Dans cette dernière, on relève une grande contestation de toute autorité et des revendications démocratiques ayant conduit à interpréter l’enseignement du concile sur l’Église d’une manière très politique. Cette tendance a conduit à réduire la différence entre prêtre et laïc et surtout à une concurrence de pouvoir entre eux. Aujourd’hui, la figure du prêtre est blessée par la médiatisation, nécessaire toutefois, des abus sexuels. Les mêmes qui, dans les années 1960, ont été mus par cette contestation de l’autorité, prennent prétexte de ces abus pour remettre en cause la sacralisation du prêtre.

Nous sommes toujours appelés à la sainteté en vertu de notre baptême : le prêtre ne déroge pas à la règle.

Parce que l’on a choisi – et une fois de plus, c’était nécessaire -, de prendre le parti des victimes, le prêtre et son identité sont désormais constamment victimes d’une forme de suspicion. Il faut au contraire rappeler cette identité configurée au Christ prêtre, tête et pasteur de l’Église. Si le prêtre est mis à part, il n’est pas séparé. Il faut montrer, ce que le concile a très bien précisé, que le sacerdoce ministériel des prêtres et le sacerdoce commun des fidèles ne sont pas en concurrence mais sont complémentaires. Il y a entre eux une grande harmonie. Une différence, certes, mais qui n’est pas une opposition. Ensuite, il faut répéter que le prêtre est toujours un baptisé, et que par-là, il reste un homme pécheur : le sacrement de l’ordre fait de lui un consacré et non un saint. Nous sommes toujours appelés à la sainteté en vertu de notre baptême : le prêtre ne déroge pas à la règle. S’il prend conscience qu’il est l’instrument du Christ et qu’il a le devoir, avec les fidèles, de se convertir, de se sanctifier, les choses s’amélioreront. Saint Augustin disait « pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien » : c’est là le résumé de tout ce que doit être – et demeurer – le prêtre aujourd’hui.

Pratique

Le temps des saints, Mgr Marc Aillet, éditions Artège, octobre 2023, 320 pages, 20.90 euros.
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