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Quand l’enfance de Dieu rencontre l’enfance des hommes

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Fred de Noyelle / Godong

Jacques Gauthier - publié le 24/12/22

Noël, c’est l’enfance de Dieu qui se réfugie dans notre propre enfance. Pour l’écrivain et poète Jacques Gauthier, c’est dans cet enfant toujours vivant au fond de notre âme que surgira l’émerveillement de l’amour qui nous cherche.

La forte charge émotionnelle et symbolique de Noël nous échappe sans cesse. Comment peut-il en être autrement ? Cette fête si riche de sens et de beauté est centrée sur l’attente d’une présence, la naissance de ce qui nous dépasse. Nous éprouvons souvent de la nostalgie ce jour-là, où joie et tristesse sont étroitement entremêlées. Nous ne serons jamais à la hauteur d’un tel mystère d’intériorité et d’adoration, à moins de rester enfants, ou poètes, ce qui revient au même. Nous voulons faire tant de choses alors qu’il suffit d’être. Les réveillons, les cadeaux, les cantiques ne sont pas de taille à rivaliser avec la révélation de l’enfant endormi sur la paille : « Douce nuit, sainte nuit ! / Dans les cieux ! L’astre luit. / Le mystère annoncé s’accomplit. / Cet enfant sur la paille endormi, / C’est l’amour infini. »

L’éternelle enfance

L’enfance n’est pas seulement le point de départ d’une vie, elle en est le germe, la racine durable de l’être. Personnellement, je n’ai jamais vraiment quitté l’enfant que j’ai été, surtout pas à Noël. Plus je vieillis, plus je m’en approche. Gaston Bachelard, philosophe des poètes, a bien illustré ce noyau d’enfance toujours vivant au fond de l’âme et qui lui donne sa dimension universelle (La Poétique de la rêverie, 1984) :

En nous, un enfant vient parfois veiller dans notre sommeil. Mais, dans la vie éveillée elle-même, quand la rêverie travaille sur notre histoire, l’enfance qui est en nous nous apporte son bienfait. Il faut vivre, il est parfois très bon de vivre avec l’enfant qu’on a été. On en reçoit une conscience de racine. Tout l’arbre de l’être s’en réconforte.

Je porte cette enfance permanente comme une alliance au cœur, une empreinte indélébile de l’éternelle enfance de Dieu qui se livre à nous dans le plus grand dénuement, entre Marie et Joseph. Ma foi en l’Incarnation du Christ me dit que le seul lieu où Dieu se tient est là où l’homme vit et meurt. Il ne se tient pas en haut, mais en bas, avec nous et l’enfant de la crèche qui fait trembler les tyrans, chanter les anges et danser les bergers. 

La crèche intérieure

Comment entendre le silence de l’Enfant-Dieu qui veut naître en nous ? Comment apercevoir sa lumière qui illumine la nuit ? Son dépouillement dans la crèche nous invite au recueillement du cœur, à l’émerveillement d’un amour qui nous cherche. On attribue à François d’Assise la création de la première crèche à Greccio en 1223. Son biographe Thomas de Celano rapporte qu’il désirait exprimer le souvenir de l’enfant pauvre de Bethléem en voulant le voir de ses yeux. Il passa « la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie », devenant « enfant avec l’Enfant » écrit Celano. Je revois la crèche de mon enfance, les personnages qui entourent le petit Jésus de cire, le mouton à la patte cassée, le bœuf qui fait toujours le même bruit quand on lui tourne la tête. J’ai toujours aimé m’asseoir devant les crèches, méditer ce grand mystère de l’enfant qui dort « entre le bœuf et l’âne gris », et qui portera toute la souffrance du monde. 

La croix déjà présente dans la crèche

Car la croix se profile déjà à l’horizon. Le roi Hérode cherche par tous les moyens à éliminer l’enfant de Bethléem en massacrant d’autres enfants. Les parents de Jésus doivent s’exiler en Égypte comme tant de migrants d’aujourd’hui. Pourtant, l’espérance d’une résurrection se fraye un chemin de vie dans ces situations de souffrance. Que le Verbe fait chair, qui nous tend les bras de la crèche au Calvaire, nous brûle de son amour, comme l’exprime Léonie Martin, l’une des sœurs de sainte Thérèse de Lisieux.

« Tout se résume à ce seul mot Amour ! et que lui seul demeure éternellement parce qu’il est le Verbe incarné qui a apporté le feu du Ciel sur la terre pour brûler toutes les âmes et faire autant de brasiers qu’il y a de cœur. Ah ! si les hommes voulaient se laisser faire, s’ils comprenaient l’Amour dans cet adorable et tout aimable petit Enfant qui nous tend les bras dans sa crèche comme Il le fera plus tard sur la Croix, la terre serait déjà le Ciel » (Léonie Martin à sa sœur Pauline, 7 novembre 1920).

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