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Comment est née la représentation de la crèche ?

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En 2008, Benoît XVI rappelait l’importance de faire une place à la crèche dans nos maisons.

C’est grâce à saint François d’Assise que la représentation de la crèche, du latin « cripia » désignant la « mangeoire » d’un animal, s’est répandue dans les églises puis dans les maisons.

 De la première crèche vivante de saint François d’Assise au XIIIe siècle, à celle que nous connaissons aujourd’hui, les représentations de la Nativité ont évolué, mêlant au fil des siècles le profane au religieux. Au Vatican, c’est Jean Paul II qui a décidé de l’installation d’une crèche grandeur nature et d’un grand sapin illuminé sur la place Saint-Pierre en 1982. Depuis, chaque année, la foule des pèlerins attend dans le froid le moment magique où, peu avant la messe de minuit, la crèche est enfin dévoilée. Devant les santons à taille humaine, on entrevoit alors cette scène de la Nativité, un peu comme les bergers de Bethléem, lorsqu’ils se prosternèrent, il y a plus de 2000 ans, devant cet Enfant-Dieu.

Dans son Évangile, saint Luc décrit la Nativité que saint François d’Assise sera le premier à représenter en une crèche vivante. L’épisode raconte que Marie enfanta au cœur de la nuit : « Elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Très vite, l’Ange du Seigneur répand la nouvelle dans les environs, auprès des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux ». « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple », leur dit l’ange. « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

L’apparition des crèches vivantes

Chaque année, pendant l’Avent, on se plaît, dans les familles et dans les églises, à reconstituer ce moment de la Nativité. La crèche, qui signifie littéralement la « mangeoire » d’un animal, prend au long des siècles des formes variées. En 1223, au cœur de la nuit du 25 décembre, saint François d’Assise aurait, en effet, donné le rôle des personnages de la crèche à des habitants du village de Greccio en Italie. Peu à peu, la coutume s’est répandue et les personnages vivants ont été remplacés par des figurines de cire, de terre cuite, de plâtre et parfois même de mie de pain.

Avant la crèche vivante de saint François, on trouve peu de traces de représentation de la Nativité dans les églises, si ce n’est la mention dans des écrits anciens, dès le VIe siècle, d’une célébration de Noël « ad praesepe » (auprès de la Crèche), autour de reliques de la crèche rapportées de Bethléem dans l’église de Sainte-Marie, future basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. Aujourd’hui, des fragments de bois du berceau de l’Enfant-Jésus sont conservés dans le reliquaire doré de la Confession.

La crèche, inspirée des Écritures

C’est sur la base des Écritures que l’on représente traditionnellement la Nativité : Marie et Joseph encadrent l’Enfant-Jésus. La Vierge, qui vient d’accoucher, est généralement représentée à genoux devant le nouveau-né, dans une attitude d’adoration. Dans les représentations du Moyen-Orient, qui insistent sur l’humanité de Marie, celle-ci est souvent représentée allongée, se remettant des douleurs de l’enfantement

La tradition veut aussi que l’on place dans la crèche l’âne qui aurait transporté Marie enceinte et le bœuf qui, de son souffle, aurait réchauffé le nouveau-né. Certains y voient une interprétation de ce passage de l’Ancien Testament : « Le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Is. 1, 3). Le bœuf représenterait le peuple juif et l’âne, celui des païens, tous réunis en adoration devant l’Enfant-Jésus.

On place aussi dans la crèche les anges et les bergers qui, au moment de la naissance du Sauveur, gardaient leurs troupeaux dans la région. « Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche », raconte encore saint Luc.

Vers des interprétations plus libres

Avec les siècles, les artisans prennent de plus en plus de liberté avec la représentation de la crèche. On considère qu’une des premières crèches comportant des personnages remonte à la fin du XIIIe siècle et qu’elle fut commandée par le pape Honorius IV (1285-1287). Il n’en reste que 5 statues. C’est à Naples, notamment, que les représentations de la Nativité commencent à se diffuser. La première mention d’une crèche dans la capitale du Royaume de Naples remonte à 1205 dans l’église Santa Maria del Presepe (Sainte-Marie de la Crèche).
 À la suite de leur fondateur, les Franciscains diffusent les crèches dans les couvents qu’ils créent sous la protection de la dynastie d’Anjou. Les personnages sont alors en bois peint, parfois à taille humaine.

Les couvents, au XVIe siècle, et la haute aristocratie, au XVIIIe siècle, rivalisent d’inventivité : la crèche prend ses quartiers au cœur de vie quotidienne napolitaine.

 Au cours du XVIe siècle, la coutume des crèches s’installe dans les églises, notamment par l’intermédiaire des franciscains, des jésuites ou des frères des écoles chrétiennes qui y voyaient un fabuleux moyen d’évangélisation. Les statues restent en bois, les yeux en verre apparaissent. On entre dans la période de la crèche baroque, avec le sens du spectaculaire et du mouvement. Les personnages portent des perruques et sont habillés en fonction de leur condition. On joue sur les perspectives, sur l’éclairage grâce à des lampes et des miroirs, on donne un effet théâtral à une scène en y ajoutant des drapés de tissus.

L’âge d’or des crèches napolitaines

Le XVIIIe siècle (et le début du XIXe siècle) est l’âge d’or des crèches napolitaines. Celles-ci se développent dans la haute aristocratie de Naples qui rivalise d’originalité pour proposer des scènes majestueuses. Les plus grands artistes et artisans, architectes, sculpteurs, peintres, tailleurs, orfèvres, utilisent alors leur savoir-faire pour représenter la Nativité au cœur de la vie quotidienne à Naples.

Les figurines des crèches napolitaines de cette époque abandonnent le bois : elles ont un visage en terre cuite avec des yeux en verre. Le corps est réalisé en fil de fer et en étoupe, permettant de l’articuler pour lui donner la posture voulue. Elles sont habillées d’étoffes précieuses. Ici, la Nativité se mêle aux scènes de la vie quotidienne, dans un décor varié de grottes, de places animées, de tavernes, d’églises… Les animaux sont aussi représentés, au milieu des vendeurs ambulants, dans une ambiance de marché où se croisent le noble et le boiteux, le tavernier et le mendiant, le cortège royal et une marmaille bruyante.

Ces crèches napolitaines ont la particularité d’avoir été exposées dans les demeures aristocratiques où elles pouvaient occuper des pièces entières. C’est à qui présenterait la plus belle et riche composition que chacun pouvait venir visiter et admirer jusqu’au 2 février, jour de la présentation de Jésus au Temple, date à laquelle la crèche est traditionnellement retirée des maisons et des églises.

La Révolution française

En France, la Révolution française réprime toute représentation religieuse dans un lieu public. Les crèches sont retirées des églises et font alors leur apparition dans les foyers. Quelques années après la Révolution,  les santons des crèches provençales s’invitent dans les maisons françaises et rappellent que nous sommes tous appelés à la sainteté.

La crèche provençale

Mêlant le profane au religieux, la crèche provençale prend un certain nombre de liberté avec la lettre de l’Évangile. Dans un décor rappelant les villages du Midi, les villageois, en costume traditionnel, se mêlent désormais à la Sainte Famille. Le garde-champêtre, la fileuse, le brigand, le vagabond, la bohémienne et le ravi deviennent des sujets récurrents. À travers ces santons, petits personnages d’argile peint, on découvre aussi les métiers de l’époque : le bûcheron, la maîtresse d’école, la marchande de savon de Marseille. Avec les années, on repère parfois aussi le père Noël, le bonhomme de neige ou des scènes de la vie quotidienne, tel le Marseillais attablé autour d’un pastis, une partie de cartes en cours.

Si les personnages se sont élargis au fil des siècles, c’est pour montrer qu’aujourd’hui encore, les hommes son appelés à se tourner vers le Christ naissant. Le « santon », du mot provençal « santoun » (« petit saint ») rappelle que chacun de nous, dans son quotidien, est appelé à devenir saint.

Faire une place à la crèche dans nos maisons

En 2008, Benoît XVI rappelait l’importance de faire une place à la crèche dans nos maisons : « Je souhaite, avait-il demandé, qu’un élément aussi important, non seulement de notre foi, mais aussi de la culture et de l’art chrétien, continue à faire partie de cette grande solennité. Au fond, c’est une façon simple et éloquente de se souvenir de Jésus qui, en se faisant homme, est venu habiter parmi nous, et, avec la crèche, habite réellement avec nous ».

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