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[VIDÉO] Gad Elmaleh : « Le catéchuménat est un art martial spirituel »

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Gad Elmaleh.

Agnès Pinard Legry - publié le 15/11/22

Humoriste, comédien et réalisateur, Gad Elmaleh revient au cinéma le 16 novembre avec “Reste un peu”, un film très personnel mettant en scène avec humour et délicatesse son cheminement spirituel. Une belle occasion pour Aleteia d’aller à sa rencontre.

« La conversion de Gad Elmaleh », « Gad Elmaleh en route vers le baptême », « Pourquoi Gad Elmaleh veut-il devenir catholique ? »… Ces titres-là, quel média n’a pas eu envie de les sortir en mettant bout à bout tous les signaux envoyés par Gad Elmaleh laissant deviner un vrai cheminement spirituel. L’humoriste, acteur et réalisateur a d’abord financé la comédie musicale Bernadette de Lourdes dès 2017 puis s’est rendu lui-même dans la cité mariale. Il a aussi assisté en mai 2022 à la canonisation de Charles de Foucauld à Rome avant de se rendre au cours de l’été au sanctuaire de Paray-le-Monial. À la rentrée, ce sont des cours de théologie au collège des Bernardins que l’humoriste a décidé de prendre.

Alors, l’annonce de la sortie de son nouveau film, Reste un peu le 16 novembre, a eu son petit effet. De quoi s’agit-il ? On le voit débarquer soudainement en France chez ses parents – qui jouent leurs propres rôles – après trois années aux États-Unis. Branle-bas de combat chez ces derniers qui lui réservent un accueil digne du fils prodigue. Bien que tout à sa joie de les revoir, c’est pourtant pour une tout autre raison que Gad est revenu : son baptême. « Il est clair que ce qui s’attendent à avoir « Chouchou 5 » ou « Coco 4″, vont être déçus car ce nouveau film ne s’inscrit pas tout à fait dans cette veine-là ! », annonce d’entrée de jeu Gad Elmaleh lorsque nous le rencontrons en cette fin octobre dans un hôtel du XVIe arrondissement. « Mais cela reste une comédie. La foi, la spiritualité, le culte, l’identité… Tous ces questionnements ne doivent pas nous empêcher de rire bien au contraire ! De rire non pas de la foi ou de la religion, mais avec la religion, en créant un pont entre les communautés. » Avec humour et délicatesse, Gad Elmaleh lève un coin du voile sur sa foi. Ou, devrait-on dire, simplement sur ce en quoi il croit. « C’est un film assez autobiographique », reprend-t-il. « Il y a des choses vraies, des choses pas vraies mais je ne vous dirai pas lesquelles », s’amuse-t-il. « À vous de deviner ! »

Aleteia : On vous a découvert dans « La vérité si je mens », « Chouchou », « Coco », dans vos nombreux spectacles, on a beaucoup ri… Et rien ne pouvait laisser penser que votre dernier film, « Reste un peu », porterait sur votre cheminement spirituel. Comment vous est venue l’idée ?
Gad Elmaleh : Vous mentionnez des films que j’aime, que je suis très fier d’avoir faits. Je viens de la comédie, je viens même du film comique. C’est un genre, un exercice que j’aime et qui me convient, ce langage est dans mon ADN. Mais j’ai aussi envie, aujourd’hui, de faire des choses plus personnelles. « Reste un peu » en est l’exemple.

Quelle est la part d’autobiographie et de fiction dans ce film ?
Mes spectacles sont autobiographiques. Quand je me mets à l’écriture, c’est souvent puisé dans quelque chose de vécu. Pour « Reste un peu », on est dans un genre à la limite du docu-fiction. Il y a même des questions auxquelles je ne peux pas répondre puisque ce film est autobiographique et dévoiler des choses sur ma vie et ma spiritualité c’est dévoiler des choses sur le film et sur la fin du film. Il y a des choses vraies, des choses pas vraies mais je ne vous dirai pas lesquelles. À vous de deviner en allant voir le film ! Pour vous donner quand même une réponse, la réalité a été tirée, romancée et scénarisée pour en faire un film. Mais le point de départ du film est totalement vrai.

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Gad Elmaleh et ses parents jouant leurs propres rôles dans le film.

Quel est ce point de départ de tout ?
Ma sœur, qui joue donc le rôle de ma sœur dans le film (tous les personnages du film sont joués par les vrais personnages dans la vie, ndlr), raconte l’histoire de cette fois où j’avais 6 ans à Casablanca et où je suis entré dans une église alors que c’était strictement interdit. Je viens et j’ai été éduqué dans une famille juive sépharade traditionnelle et traditionaliste et on nous avait interdit d’entrer dans une église. Ce jour-là, dans cette église de Casablanca, j’ai vécu une rencontre tendre, douce avec la Vierge Marie. Une rencontre lumineuse. Soyons honnêtes, si je suis d’abord rentré dans cette église c’est justement parce que je n’avais pas le droit ! Mais je n’avais rien anticipé de ce qui allait se passer ensuite : cette représentation de la Vierge Marie, cette douceur, cette lumière… Et je me suis alors dit : « C’est pas mal, on est bien ici ! » Tout est parti de là.

La Vierge Marie est la véritable héroïne de mon film n’en déplaise à ma mère !

Entre le jeune Gad de 6 ans et le Gad d’aujourd’hui, du temps s’est écoulé…
Cette rencontre à 6 ans avec la représentation de Marie est vraie, elle m’a accompagné. Quand je vous dis que je viens d’une famille juive sépharade, je viens aussi de l’étude. Très tôt et très jeune j’ai été en contact la spiritualité, les commentaires de la Torah, le Talmud. La perception de ce que je vis aujourd’hui est donc forcément aiguisée par mon éducation. Ça m’a accompagné. Ma venue à Lourdes en 2018 a été un autre déclencheur dans mon rapport à Marie tout comme les gens avec qui j’ai pu discuter. Les échanges que j’ai eu avec juifs et chrétiens quand j’étais à Lourdes n’ont fait que renforcer ma fascination pour Marie ! J’allais dire pour ce personnage mais ce n’est pas un personnage, c’est elle la véritable héroïne de mon film n’en déplaise à ma mère !

« Reste un peu » pourrait-il surprendre certains ?
« Reste un peu » est un film surprenant. J’en ai conscience et j’ai conscience que cela peut déstabiliser certaines personnes qui m’ont suivi jusqu’ici. Ceux qui s’attendent à voir « Chouchou 5 » ou « Coco 4 », qui sont des films que j’aime, vont être déçus car il ne se situe pas dans cette veine-là. Mais cela reste une comédie, c’est important de dire qu’on rigole pendant ce film. La foi, la spiritualité, le culte, l’identité… Tous ces questionnements ne nous empêchent pas de rire. De rire non pas de la foi ou de la religion, mais avec la religion, en créant un pont entre les communautés. C’est mon combat. J’ai envie de créer un pont avec le fond de nos valeurs, pas simplement pour la forme.

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Gad Elmaleh dans « Reste un peu ».

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre film produise chez les gens ?
Ce que j’aimerais, ce que j’espère en tout cas, c’est qu’il fasse en sorte que les gens se parlent, que les communautés se parlent. J’aimerais aussi qu’il fasse réfléchir, ensemble, sur la présence de spiritualité dans nos vies. On a le droit, et je crois même le devoir, d’insuffler cette idée de spiritualité, avec ou sans Dieu, faites ce que vous voulez ! Car dans spiritualité il y a l’esprit, ça aussi entendez-le comme vous voulez !

J’ai réalisé que le catéchuménat était un chemin de vie.

On vous suit dans le film lors de votre préparation au baptême. Avez-vous été catéchumène ?
Je n’ai pas été catéchumène mais je me suis mis en immersion dans le catéchuménat en effet. Le mot est fou d’ailleurs : catéchuménat ! Il y a tout ! Le catéchuménat c’est un art martial spirituel. Je me suis donc rendu à la paroisse Sainte-Cécile, à Boulogne, où j’ai rencontré une femme exceptionnelle qui s’en occupe et qui accueille les catéchumènes. J’ai assisté à ces réunions, pas en tant que catéchumène mais en tant qu’observateur du catéchuménat. Il y a des parcours fous !

Quelque chose vous a-t-il interpellé ?
J’ai halluciné sur les parcours de vie ! À partir du moment où tu rentres avec un esprit ouvert, un cœur disponible, il n’y a rien qui correspond à ce que tu sais que tu as imaginé. Ce sont des gens qui sont dans une quête. Ils ne le savent pas encore mais ils ne sont pas dans une démarche pour demander le baptême mais pour demander un point de départ. Le baptême ne suffit pas ! Ce n’est pas un accomplissement, un résultat, c’est un chemin, un point de départ : qu’est-ce que tu vas faire de ce baptême ? C’est le chemin qui est important. En entendant la personne qui s’occupe du catéchuménat, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un chemin de vie. Le catéchuménat n’est pas là pour avoir le baptême à Pâques ! C’est une responsabilité. Une remise en question qui commence une fois qu’ils le reçoivent. C’est talmudique finalement.

Y a-t-il eu une rencontre qui vous a tout particulièrement marqué ?
Plusieurs mêmes ! Mais pour vous en citer une j’ai rencontré à Lourdes sœur Catherine (religieuse de la communauté des Béatitudes qui joue d’ailleurs son propre rôle dans le film, ndlr). Elle est d’une vérité, d’une force, d’une pureté qui m’ont appris beaucoup ! Sœur Catherine est mon petit crush spirituel, amical, fraternel ! C’est intéressant d’ailleurs dans le film il y a deux sœurs, sœur Catherine et ma sœur. Deux amours inconditionnels : celui de ma sœur qui sanctionne, qui juge même s’il y a une ouverture et celui de sœur Catherine qui demande à m’accompagner.

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Sœur Catherine et Gad Elmaleh.

 Quelle est votre image de l’Église catholique ? Qu’est-ce qui vous a plu dans cette religion ?
Les vêtements, la scénographie, la mise en scène, la liturgie… Je suis touché par plein de choses ! Ça vient déjà des personnes, des gens que je rencontre. Je ne suis pas un envoyé du Vatican mais un simple observateur. Quand on me dit que je montre et que je filme le catholicisme avec de la bienveillance et de la lumière, c’est en fait la conséquence de ce que je me suis retrouvé à vivre. Je le dis en rigolant dans mes spectacles mais il y a du beau, du bon, du juste et du lumineux dans le catholicisme. On ne le voit peut-être plus – ou en tout cas moins – quand on a été élevé dedans. Quand on est extérieur on saisit peut-être mieux l’émotion ! Par exemple, quand je vois des gens communier je trouve ça bouleversant. Il y a une fascination pour une forme de solennité même si elle est organisée, mais si elle est mise en scène, ce que beaucoup de catholiques reprochent d’ailleurs. Mais moi j’aime bien. Cela dit les catholiques sont très forts pour faire de l’autodénigrement ! Moi quand je vois l’Église je vois de la Lumière. Là où il y a de la lumière, je vais vers la lumière.

J’aimerais faire une lecture croisée des psaumes avec des artistes de confessions différentes.

Une parole de Jésus qui vous marque-t-elle tout particulièrement ?
J’ai envie de parler de saint Augustin pour plusieurs raisons. L’idée et la notion de « Je crois pour comprendre » et non pas « Je comprends pour croire » me parle beaucoup, quelle que soit la religion et la foi. J’ai des amis qui me disent souvent : « Si je ne comprends pas on peut me raconter ce qu’on veut je n’y croirai pas. » Mais j’ai envie de leur répondre : « Si tu crois tu vas comprendre ! » Et moi je crois à ça. Fais et tu comprendras après. C’est Moïse et le peuple qui perd confiance ! Ils sont en train de suivre un gars, ça fait des années qu’il les traine dans le désert… Fais et tu comprendras après. Et tu entendras. Ce sont des paroles qui me parlent au quotidien. Et puis je pense aussi à Charles de Foucauld. Il s’adresse directement à Dieu et lui demande de faire en sorte qu’il Le découvre. Sa prière d’abandon est bouleversante.

Qu’imaginez-vous après « Reste un peu » ?
Pour l’instant c’est un film tellement important pour moi de parce qu’il raconte, représente, signifie et envoie comme message que je ne pense pas à autre chose. Mais quand je parle de Charles de Foucauld, il me fascine. J’aimerais pouvoir le lire, le transmettre et le partager. Et les psaumes bien sûr. Ce sont mêmes textes pour les juifs et les catholiques. J’aimerais faire une lecture croisée des psaumes avec des artistes de confessions différentes. Je veux continuer à être dans ces projets-là car ils sont dans mon quotidien, dans ma vie. Et continuer à étudier, à lire, à apprendre, à comprendre et à aller vers les autres.  

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